Retraites : Annick Coupé (Solidaires) : "Faire monter le rapport de force"

Publié le par dan29000

 

 

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Retraites: «Avec ce gouvernement, il faut faire monter le rapport de force»
TCHAT (Libération.fr)

Grève reconductible ou manifestations au coup par coup? A la veille d'une nouvelle journée d'action syndicale contre la réforme du gouvernement, Annick Coupé, porte-parole de Solidaires, a répondu à vos questions.





 

Pascal. Plutôt que faire des journées d'action ponctuelles, souvent très rapprochées, pénalisant bon nombre de personnes, ne vaudrait-il pas mieux, pour faire plier ce gouvernement, décréter une grève générale et illimitée ?
Annick Coupé. La question de la grève générale, Solidaires la pose depuis pas mal de temps, dans la mesure où nous pensons qu'il faut faire monter le rapport de force avec ce gouvernement. Nous savons qu'à la veille du 23, il y a beaucoup de secteurs où cette question de la grève reconductible se discute.
Evidemment, dans le secteur public, mais je pense aussi au secteur de la chimie. Par exemple, la CGT appelle à la grève reconductible dans les raffineries. La question de la grève générale ne peut pas être décidé par une organisation syndicale toute seule au niveau national, mais c'est une question à débattre avec les salariés dans les assemblées générale le 24. En ce qui concerne Solidaires, nous poussons dans ce sens et nous soutiendrons toutes les grèves reconductibles qui seront décidées.

Fernand. Avez-vous confiance en François Chérèque et Bernard Thibault? De manière générale, pensez-vous sincèrement que les trois centrales syndicales (CGT - FO - CFDT) peuvent appeler à la grève générale ?
Ces trois organisations, au niveau national, ne souhaitent pas développer l'idée de grève générale. Mais nous savons que cette question de grève reconductible est discutée dans beaucoup d'équipes syndicales, et pas seulement dans les rangs de Solidaire.

Christophe. 70% des Français affirment être contre cette réforme. Mais trop endettés, les gens rechignent à faire grève. (...) Ne faut-il pas en conclure que les manifestations devraient se dérouler le week-end pour refléter véritablement le mécontentement populaire?
A Solidiaires, nous pensons, effectivement, qu'il serait utile d'avoir des manifestations le week-end, parce que ça permet d'élargir la participation et de donner un aspect de mobilisation citoyenne, au-delà des seuls salariés.
Nous savons qu'il y a des secteurs où il est très difficile de faire grève; une manifestation le week-end permettrait cet élargissement. Nous pensons que nous pouvons articuler des grèves reconductibles dans les secteurs qui le peuvent avec des manifestations le week-end, les deux ne sont pas contradictoires.

MHR. La grève est difficile pour beaucoup de salariés, pourtant hostiles à la réforme. Quels autres modes d'actions - comme un référendum d'initiative populaire ou parlementaire? - pourraient être envisagés? Sont-ils étudiés par les organisations?
Cela n'est pas discuté par les organisations syndicales, mais plutôt par exemple dans le collectif national qui s'appelle «Exigences citoyennes», un collectif unitaire composé de partis politiques, d'associations comme Attac, et de certains syndicats.
Mais le problème que nous avons, c'est le calendrier, qui est très resserré. Nous ne sommes pas dans la même situation que l'affaire de la Poste ou nous avions plusieurs mois devant nous, où nous avons pu organiser une votation citoyenne massive.
La seule chose que nous pouvons dire aujourd'hui, c'est que si le gouvernement et le président de la République sont sûrs d'eux, ils n'ont qu'à organiser un référendum sur cette réforme.

Deb. Y-a-t-il selon vous des choses à changer dans le système des retraites tel qu'il existe. Est-il encore adapté à une situation où l'emploi précaire se développe, où les inégalités salariales s'accroissent...?
Il est clair que les réformes précédentes de 1993 pour le secteur privé, et 2003 pour le secteur public ont aggravé les inégalités, et déjà fait baisser les pensions. Il faut donc revenir sur ces réformes, mais il faudrait aussi prendre en compte, pour ne pas aggraver les inégalités, les années d'études, la question des femmes qui prennent un congé parental. Il faudrait aussi avoir une autre politique en matière d'emploi, casser le développement de l'emploi précaire et du temps partiel, se doter d'une politique plus offensive en ce qui concerne le taux d'emploi des femmes.
Bien sûr, cela suppose de mettre sur la table le financement de la retraite par répartition, ce qui, pour nous, signifie accepter de discuter de l'augmentation des cotisations patronales ou de la taxation d'un certain nombre de produits financiers. Cela permettrait d'assurer le financement d'un bon niveau de retraite pour tout le monde, dès 60 ans.

Deb. Que pensez-vous de la proposition de la CFDT, soutenue par le PS, de retraites par points?
Nous sommes opposés à cette proposition, parce que nous sommes attachés au système de retraite par répartition, qui est un système de solidarité entre les générations. Un système qui évite que l'argent de la retraite soit utilisé en Bourse par les fonds de pension.

TheArtofYello. Existe-t-il une catégorie de travailleurs qui aurait un intérêt à cette réforme ?
J'ai bien cherché, mais j'ai pas trouvé...

Lolo. Que proposez-vous pour la retraite des femmes? Pensez-vous que les sénateurs pourront amender la réforme sur ce sujet?
Il est clair que ce projet va lourdement pénaliser les femmes, puisqu'elles ont des carrières heurtées. Elles sont beaucoup moins nombreuses que les hommes à avoir le nombre d'annuités nécessaire. Il faut agir dans plusieurs directions, améliorer le taux d'emploi des femmes pour qu'il soit égal à celui des hommes, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, et mener une politique d'égalité professionnelle dans les entreprises. Aujourd'hui, nous avons plusieurs lois, mais qui ne sont pas contraignantes.

Sur la question des retraites, l'une des mesures immédiates serait d'augmenter le minimum vieillesse, puisqu'en majorité, ce sont des femmes qui sont concernées par ce dispositif. Il faudrait instaurer un mécanisme selon lequel les périodes de travail précaire ou de travail à temps partiel soient considérées comme des périodes à temps plein pour les calculs des retraites.

Il y a deux autres mesures importantes: la suppression du principe de décote, qui pénalise particulièrement les femmes, et le retour au 10 meilleures années dans le secteur privé, au lieu des 25 meilleures années, comme actuellement.

Quant au Sénat, c'est d'abord le rapport de force qui existera dans les manifestations de demain et dans les autres initiatives qui seront prises avant le débat à la chambre haute qui feront bouger les choses. Sur la question du report à 67 ans, pour l'instant, le gouvernement ne semble pas vouloir bouger sur cette question.

Véronique. Pourquoi ne pas prendre en considération le nombre d’annuités effectuées, dans mon cas, à 60 ans. J’aurai 42 ans de cotisations et je vais devoir travailler jusqu’à 62 ans. Ces deux années supplémentaires ne m’apporteront aucune surcote, est-ce cela la justice sociale ?
Ça illustre bien que cette réforme est injuste et qu'elle va pénaliser les personnes qui ont commencé à travailler jeunes, et souvent dans des métiers difficiles. C'est pour cela que nous sommes vraiment très attachés à ce que l'âge légal du départ à la retraite reste bien à 60 ans et ne soit pas repoussé.

Lolo. Croyez-vous que les annonces du gouvernement sur les risques d'attentat servent, en partie, à masquer la contestation sociale?
J'ose espérer que le gouvernement ne manipule pas ce genre de questions. Mais on peut se poser la question.

Axiom31. Quand est-ce qu'on va vraiment bloquer le pays? Tous les motifs de mécontentement sont là. Corruption, politique qui tape sur les faibles et enrichit les forts...
Bien sûr que l'on constate qu'il y a un fort climat de mécontentement et de colère dans le pays, qui va bien au-delà de l'affaire des retraites. Il y a le sentiment qu'il y a deux poids deux mesures, qu'il vaut mieux être dans la minorité riche que dans la majorité, celle des salariés.

Effectivement, pour faire reculer le gouvernement, il faudrait un mouvement d'ensemble. Solidaires essaye d'y travailler, mais évidemment, ça ne dépend pas que de nous.

Sudiste. Quand arrêtera-t-on de faire du suivisme derrière les autres centrales syndicales?

Je ne crois pas que l'on fasse du suivisme lorsque nous mettons en avant le mot d'ordre de retrait du projet, et celui de grève générale. Mais dans la construction du rapport de force, nous savons que l'unité joue un rôle important. Elle s'est faite depuis six mois autour de l'idée que cette réforme est injuste et inacceptable. Elle a permis de mettre des millions de personnes dans la rue le 7 septembre.

Nous savons qu'il y a des points de désaccord dans l'intersyndicale sur les revendications en matière des retraites et sur la stratégie d'action. Compte tenu du contexte général, je crois qu'aucun syndicat ne peut prendre la responsabilité de soutenir ce gouvernement.

TheArtofYello. Vous avez participé à plusieurs meetings. Le public vous a-t-il paru particulièrement résigné, comme aiment à le laisser croire certains journalistes ?
Dans les meetings, le sentiment que j'ai eu, c'est que les gens n'étaient pas du tout résignés. Il y a vraiment le sentiment que l'on peut encore gagner, que rien n'est joué mais qu'il faut s'y mettre tous ensemble, très rapidement.

Solidaire. Pourquoi n'y a-t-il pas un élargissement de l'intersyndicale aux lycéens et étudiants ? Après tout, ils seront pénalisés lourdement si cette réforme inique est adoptée.
Pour Solidaires il n'y aurait pas de problème à élargir l'intersyndicale aux organisations de jeunesse, mais ce n'est sans doute pas la position d'autres organisations. Pour qu'il y ait élargissement, un consensus entre les syndicats est nécessaire.

Source : Libération

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