Retraites : et si on parlait des retraites des immigrés post-coloniaux ?

Publié le par dan29000

 

 

 

 

 

 

Indigène jusque dans la retraite : les Chibanis



par Youssef Boussoumah, membre du PIR







Il va sans dire, tout individu normalement constitué dénonce de la façon la plus vive, le projet de réforme du système général des retraites tel que prévu par la loi récemment votée Sarkozy Fillon. Celui-ci imposant un départ à la retraite à 62 ans minimum et évacuant les questions de pénibilité du travail aux seules personnes en incapacité permanente très sévère, mènera à un désastre humain déjà annoncé.

Cependant, profitons de ce remue-ménage social pour oser évoquer un aspect plus particulier de la question, totalement occulté par la plupart des médias. Il s’agit de la situation de ceux pour qui une retraite à 60 ans à taux plein relevait, déjà bien avant l’offensive sarkozienne en cours, de la pure utopie. En effet cette nouvelle loi scélérate pénalisera on s’en doute avant tout les retraités les plus précaires au nombre desquels on trouve les habitants des quartiers populaires et plus précisément les travailleurs immigrés post-coloniaux.

Comment ne pas s’arrêter sur le cas singulier de ces centaines de milliers de travailleurs pour lesquels le moment de la retraite pour autant qu’ils l’atteignaient n’était que le début d’un nouveau parcours du combattant. Et qui avec ce projet vont voir s’aggraver une situation déjà cruellement injuste.

Beaucoup de ces derniers ayant eu des vies professionnelles chaotiques car entrés tard sur le marché du travail français, bien moins rémunérés pour des emplois souvent non déclarés, n’ont pas toujours pu reconstituer leur carrière. Pis un grand nombre d’entre eux ayant occupé les emplois les plus pénibles, ont connu de façon précoce des problèmes de santé liés à leur vie de misère, la longue maladie, l’invalidité, voire la mort dans les travaux les plus exposés. Combien d’entre eux, victimes d’accidents du travail ou de pathologies cancérigènes non reconnus du fait de patrons escrocs n’ayant jamais versé les cotisations d’assurance, du fait d’une méconnaissance de leurs droits, aux prises avec une législation tatillonne qui ne leur fait aucun cadeau ou enfin ayant été jetés à la rue dans la plus grande des précarités, n’atteindront jamais cet âge rêvé qui aurait dû être pour eux celui du retour au pays ou d’un repos bien mérité, que ce soit 60, 62 et encore moins 65 ans ? Plus que les autres travailleurs, les travailleurs post-coloniaux « sont cassés avant d’être usés » et mourront avant les autres. Cependant pour ceux qui auront la chance de durer, la retraite leur posera de nouvelles épreuves. Ayant été touchés les premiers par le chômage de longue durée du fait de la suppression massive des emplois industriels qu’ils occupaient, en général, ils ont de ce fait été chassés du monde du travail plus tôt que prévu. Dans l’impossibilité sociale de rentrer au pays les mains vides et ne pouvant de ce fait prétendre qu’à une retraite misérable, un grand nombre d’entre eux pour lesquels le taux plein reste une chimère, solliciteront alors le minimum vieillesse, l’Asfa. Une sorte de RMI pour vieux travailleurs ayant cotisé insuffisamment. Et se trouveront alors confrontés à un autre problème.

Non seulement, ils ne peuvent en bénéficier qu’à l’âge de 65 ans mais de plus pour y prétendre ils se voient imposer une véritable assignation à résidence. En effet parmi les conditions d’obtention, il y a l’obligation de résider plus de six mois de l’année en France. Et donc de pouvoir y payer un loyer. Comment faire lorsque placés en porte à faux entre le pays d’origine et la France, entre le désir de revoir sa famille au pays et celui de conserver ses habitudes dans le pays d’accueil, on est aussi confronté à l’impératif de ne pas perdre ses droits, notamment aux soins médicaux ? Disons-le, la réforme du régime des retraites aboutit à ne laisser aucun répit à des hommes et des femmes usés prématurément, subissant l’épreuve de l’exil alors qu’ils n’aspirent qu’à vivre dans la quiétude après avoir donné les meilleures années de leur vie à un pays, à une société qui bien souvent en retour ne leur ont accordé au mieux qu’indifférence, au pire, hostilité voire mépris. En résumé, la loi dont Sarko voulait faire un symbole de sa volonté de réforme aggravera pour les travailleurs indigènes la précarité existante dans le cadre d’une société encore plus discriminatoire.

Youssef Boussoumah, membre du PIR


Source : Les indigènes de la république

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