Retraites : Rennes : occupation du Théâtre National de Bretagne

Publié le par dan29000

 

 

 

 

 

« Nous avons besoin de lieux pour habiter le monde »



Le titre que nous avons choisi ici reprend un énoncé de la Coordination des Intermittents et Précaires d’Ile De France (CIP-IDF) pour protester contre son expulsion programmée. Comme nous allons le voir ce qui se dit à Paris résonne singulièrement avec ce qui se passe à Rennes, et sans doute ailleurs.


Hier soir, mardi 26 octobre, le Théâtre National de Bretagne (TNB) a été investi par les membres de L’Assemblée Générale Interprofessionnelle de Rennes. Il faut savoir que l’AGI se tient tous les jours à 18 h dans le froid de la place du parlement de Rennes, parce qu’elle n’a pour l’heure aucun lieu à sa disposition. Plusieurs démarches en vue d’en obtenir, tant auprès de la mairie que des diverses institutions culturelles (y compris le TNB) se sont toutes soldées par un échec. On nous a répondu qu’il était impossible de trouver des locaux, ce qui ne fait même plus sourire aucun d’entre nous.


C’est donc la raison première de notre visite au TNB hier soir. L’objectif, en réalité, était triple.
Premièrement, nous voulions rencontrer les gens qui y travaillaient et les quelques spectateurs qui pouvaient s’y trouver de passage.
Deuxièmement, nous voulions informer le directeur, Monsieur Le Pillouër, que nous considérons désormais le TNB comme un lieu de lutte. Sur les panneaux électroniques qui ornent la devanture du bâtiment, le directeur du TNB et son équipe proclament en effet leur soutien officiel au mouvement de lutte en cours. Nous voulions donc simplement annoncer à Le Pillouër cette bonne nouvelle : le bâtiment est désormais considéré par l’ensemble de l’AGI comme un lieu où peuvent se dérouler à n’importe quel moment, dans le cadre des heures d’ouverture (de 12 h à 24 h) des discussions informelles, des commissions, et, faute de trouver un autre local plus adéquat pour des assemblées de cent ou deux cents personnes, les AG elles-mêmes. Nous avions dit dès le départ qu’il n’était pas question, du moins pour le moment, d’entraver le déroulement des programmes ou d’empêcher l’accès aux spectacles.
Troisième objectif enfin : obtenir de la mairie qu’elle nous concède un lieu, qui pourrait être considéré comme le lieu officiel du mouvement à Rennes, et demander au directeur du TNB d’appuyer notre demande, ou de faire lui-même une proposition concrète.


Concernant le premier objectif, nous devons admettre que nous n’avons pu guère rencontrer d’employés, vu l’heure tardive à laquelle nous sommes arrivés (20 h). Il n’y avait dans le hall que deux agents de sécurité, dont l’un semblait plutôt hostile à notre présence. En revanche, les spectateurs que nous avons croisés étaient plutôt amusés ou intrigués par ces gens qui occupaient le hall, déplaçaient les lourds fauteuils de cuir, étaient plongés dans des discussions pour préparer les actions des jours à venir, ou installaient le matériel pour la projection d’un film (Johnny Guitar, de Nicholas Ray) à l’intérieur du hall. Une spectatrice nous a confié, avant d’aller le dire haut et fort à Le Pillouër lui-même, combien elle était heureuse de voir le hall du bâtiment vivre enfin, lui d’habitude si désolé, si vide, si mort.
Un conseiller de la mairie, membre du Parti radical de gauche, qui nous a fait l’honneur de se déplacer pour venir à notre rencontre, nous a répété qu’il n’existait aucun lieu vide à Rennes susceptible d’être investi par les grévistes, et nous a dit en substance : « vous n’avez plus rien à faire ici, le mouvement est fini », rejoignant ainsi les profondes analyses de François Fillon et de ses proches. Malgré notre intention de quitter les lieux après la projection du film, (nous n’avions pas l’intention de passer la nuit en ce lieu, nous avions mieux à faire), le conseiller a préféré appeler la police. Huit membres de la Brigade Anti Criminalité de Rennes, dont tout le monde connaît la finesse, accompagnés d’une commissaire, sont venus nous dire qu’ils étaient prêts à intervenir si nous ne quittions pas les lieux avant 23 h 30. Il faut noter que tous ces policiers étaient présents à l’intérieur même des locaux, donc dans le hall du TNB et que le directeur avait par conséquent donné son accord pour cette intervention. Nous avons donc choisi d’interrompre la projection du film et nous sommes partis vers 23 h 15.


Nous retiendrons de cette soirée qu’il est toujours aussi difficile pour les gens de culture d’intervenir dans un mouvement de lutte autrement que par le biais de proclamations qui ne sont guère coûteuses, et qui s’avèrent même payantes à l’heure où l’on demande à la culture de retrouver son esprit de « résistance ». Ainsi pouvons-nous voir sur les murs de la ville de Rennes une publicité pour le festival « mettre en scène », qui se déroulera au TNB à partir de la semaine prochaine, et qui annonce « un festival politiquement audacieux ». Mais nous ne savons que trop que cette audace et cette résistance ne sont dangereuses pour personne.
Monsieur Le Pillouër, qui cautionne la présence des agents de la Bac venus empêcher la projection de Johnny Guitar dans le hall du TNB, doit forcément être lui aussi au courant.
Il ne faut pas oublier, à l’heure où nous nous réjouissons de voir partout fleurir le mot d’ordre « blocage de l’économie », que la culture, et c’est singulièrement vrai d’une ville comme Rennes, est aujourd’hui l’un des foyers de l’économie réelle, loin d’être un complément à sa marge. Nous voulions rappeler que ce que le mouvement des intermittents de 2003 avait montré : l’interruption de spectacles ou de festivals est l’un des moyens les plus efficaces pour opérer un blocage de l’économie à l’échelle d’une ville (la fermeture du festival d’Avignon demeure à cet égard emblématique). Nous devrions donc nous souvenir de cette possibilité dans le cadre du mouvement en cours : il est possible de substituer aux spectacles prévus les interventions de quelques « agitateurs », dont nous sommes, qui veulent faire entrer dans les palais de la culture la contestation vivante et la lutte réelle. Ce qui ne signifie pas l’indifférence à l’égard des œuvres qui peuvent importer, même très à distance en apparence des préoccupations du moment, comme nous avons tenté de le montrer hier soir.


Lorsque les scènes démocratiques se raréfient, la culture doit partager les siennes avec le mouvement des luttes.


Post-scritpum :
Aujourd’hui à 14 h, suite à une nouvelle rencontre avec le directeur du TNB et son adjoint, deux d’entre nous ont réitéré les exigences suivantes :
. Obtention d’un local à Rennes pour l’AGI.
. Un texte de soutien aux inculpés du mouvement.
. L’utilisation du panneau électronique pour annoncer les rendez-vous de l’AGI.
. Le versement à une caisse de grève de l’équivalent de la recette d’une séance de cinéma chaque jour.
Nous verrons bien si l’un des principaux représentants de la culture commence à tenir quelques engagements. Une AG du TNB (pour laquelle notre présence n’a pas semblé souhaitable pour la direction) est prévue aujourd’hui.
A suivre…

 
Assemblée Générale Interprofessionnelle de Rennes
Agi-rennes@riseup.net
Contact actions : 07.86.14.88.22

 

 

Source : HNS info 

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