Rêveurs, marchands et pirates, un essai de Joël Faucilhon

Publié le par dan29000

 

 

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Si vous suivez l'actualité de ces deux dernières semaines, Internet est au cœur des informations, aussi bien comme vecteur de l'insurrection tunisienne, que lorsque Moubarak décide de le couper, dans un geste dictatorial assez rare.

Alors il est intéressant de faire un peu le point sur cet outil qui devient peu à peu aussi indispensable que banal dans nos vies quotidiennes.


 

Le livre de Joël Faucilhon est donc nécessaire.

L'auteur est historien de formation, fut, comme le créateur de notre site, libraire mais aussi éditeur. Depuis 2002, il développe l'excellent site "Lekti-écritures.com", associant la revue "Contre-feux" et une librairie en ligne. Il a également participé à un ouvrage collectif intitulé "Le livre : que faire ?".

 

Avec précision et clarté, il réussit à donner des réponses pertinentes à quelques questions que nous nous posons assez fréquemment au sujet d'internet :

 

Quelles furent les logiques de la naissance d'Internet ?

Comment est-il devenu le terrain de jeu favori de sociétés cotées en Bourse ?

Que recouvre le formidable enthousiasme médiatique pour le web 2.0 ?

Internet est-il encore un lieu de partage des savoirs, d'invention participative ?

Le sous-titre du livre nous donne quelques pistes :

Que reste-t-il du rêve de l'Internet ?

 

L'auteur fait le choix de diviser en trois parties distinctes son propos :


L'invention de l'Internet

Portrait de l'Internet marchand à l'âge de Google

Les communautés de pirates ou la ré-appropriation de l'Internet

 

La première partie nous rappelle qu'Internet a 40 ans, la date de référence étant le 29 octobre 1969, jour où le professeur Kleinrock parvint à transmettre un court message entre deux ordinateurs, l'un étant sur le campus de l'Université de Californie, l'autre à l'Institut de recherche de Standford, à 500 kilomètres de là.

La première phase se nomma "Arpanet" sous la tutelle militaire et fut lancé discrètement dès 1967. Un fort utile encadré nous permettant de bien comprendre l'avantage certain entre réseaux centralisés et réseaux distribués.

Puis dans les années 80, ce fut Tim Berners-Lee qui permit la naissance du fameux WWW, avec le CERN et la mise au point de l'hypertexte. Mais il fallut encore attendre une décennie et donc les années 90 pour que cela arrive dans le grand public, avec les FAI. En France en 1995, avec Club-internet, et 1996 avec Wanadoo, filiale de France Télécom.

Pour mémoire, en 1995, 19 000 sites étaient accessibles.

En 2009, près de 200 millions !

L'on passa des annuaires aux moteurs de recherche, puis au PageRank, au cœur du système Google. Un autre encadré nous permet de mieux saisir les subtiles différences entre "Free software" et "Open source".

 

La seconde partie s'ouvre sur une citation d'un auteur que nous apprécions particulièrement :

Hakim Bey, auteur de TAZ, "Zone autonome temporaire", paru en 1997

"Comment se fait-il que "le monde chaviré" parvient toujours à se redresser ? Pourquoi la réaction suit-elle toujours la révolution, comme les saisons en Enfer ?"

En une quinzaine d'années, de 1995 à 2010, la nature profonde d'Internet a changé. Le rêve d'un monde en réseau, utopique, au service de la communauté, semble avoir fait long feu.

L'hégémonie de Google, la déferlante publicitaire avec son marketing viral, et le commerce des "liens  entrants" se sont installés. En quelques années, l'Internet devint, comme dans la vraie vie, la mise en concurrence de tous par tous. L'auteur choisit "Amazon" pour étayer ses propos, et il a raison car c'est presque un cas d'école.

Moins connu mais aussi scandaleux, l'IMDb (Internet Movie Database) la plus grande base de données en ligne concernant le cinéma qui réussit à  privatiser le travail bénévole des internautes !

 

La troisième et ultime partie du livre est consacré aux communautés de pirates, ou comment se ré-approprier l'Internet. Sans doute la plus passionnante des trois. Là encore en pleine actualité avec le succès international de Wikileaks et aussi avec les récentes arrestations de membres du réseau Anonymous.

L'auteur revient sur l'histoire des premiers hackers dont le fameux CCC (Chaos Computer Club) né en Allemagne en 1981. Puis quelques pages sont consacrées au phénomène de masse que fut le Peer-to-peer, actuellement en perte de vitesse, notamment en France, avec l'arrivée d'Hadopi.

La vraie question étant de savoir si le droit de la propriété intellectuelle ne fait pas obstacle à la diffusion la plus large possible de la culture et des savoirs.

Enfin émerge tout de même la possibilité de survie du rêve initial, avec les îles en réseaux où se pratiquent une autre logique des échanges culturels .

Exemple, le site Dimeadozen, une communauté de plus de 100 000 membres.

 

En conclusion, l'Internet de l'origine a été assez vite confisqué par le capitalisme, cependant nous pensons avec l'auteur, que l'utopie fondatrice n'est pas totalement morte. L'intelligence collective  de certaines communautés de pirates, et la notion subversive de "libre" permettent encore de dégager, en zones autonomes, des espaces de créations sociales, culturelles ou politiques.

 

Laissons le mot de la fin à l'auteur :

"Le rêve n'a pas cessé de vivre".

 

Dan29000

 

A noter : nous allons faire une exception dans nos habitudes, en chroniquant  dans les jours prochains, plusieurs livres de cet éditeur, vu la richesse de son catalogue, que l'on peut découvrir ICI

 

 

Rêveurs, marchands et pirates

Que reste-t-il du rêve de l'Internet ?

Joël Faucilhon

Editions Le passager clandestin

2010 / 160 p / 14 euros

 


 


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