Revue Contretemps, N°12 : Dossier écologie et capitalisme

Publié le par dan29000

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ContreTemps N°12, quatrième trimestre 2011

Editions Syllepse, Paris 2011, 160 pages, 12 euros

 

Interconnexion des crises sociale et écologique globales générées par la dynamique du capital

 

Le dossier sur Écologie et Capitalisme se compose de :

 

 


  • « Alternatives écologistes au capital » Vincent Gay et Michaël Löwy soulignent les éléments qui rendent illusoire la simple réorientation technologique du capitalisme pour lutter contre les effets cumulatifs de la dégradation de l'environnement. Ils indiquent « On en revient donc à une même logique qui est au cœur du régime énergétique sur lequel s'est fondé le capitalisme, à savoir l'appropriation et la monopolisation du foncier, qui tend à dessaisir les populations de leurs terres et à concentrer les richesses dans les mains de quelques-uns au détriment du maintien des équilibres des écosystèmes et d'une gestion raisonnée des relations entre les sociétés humaines et leur environnement. » Il faudrait plutôt utiliser les termes « d'équilibre dynamique », afin d'évacuer les conception fixistes et intemporelles des environnements. Les auteurs présentent les quatre dimensions de la dette écologique « la dette du carbone liée au fait que les pays les plus pauvres subissent les conséquences des émissions de gaz à effet de serre produites par les plus riches ; la biopiraterie qui consiste en un vol des savoirs traditionnels, notamment quant à l'utilisation des semences et des plantes ; le poids de l'exploitation passée des richesses naturelles ayant souvent provoqué des dégâts environnementaux irrémédiables ; l'utilisation toujours actuelle des terres des pays pauvres pour y déverser toutes sortes de déchets et de polluants. » Il faut donc une « réappropriation collective et démocratique », une collaboration « à un devenir commun entre peuples ». Les auteurs écosocialistes insistent, à juste titre sur la cause de la crise systémique : le système capitaliste lui-même, c'est à dire un mode de production historiquement construit et non une responsabilité transcendantale de l'humanité. Ils nous proposent d'agir ensemble pour repenser l'émancipation « extension de la gratuité, prédominance de la valeur d'usage sur la valeur d'échange, réduction du temps de travail et des inégalités sociales, élargissement du 'non-marchand', réorganisation de la production selon les besoins sociaux et la protection de l’environnement, etc. »

  • « La Grande Ruée sur la nature » Laurent Garrouste analyse « l’interconnexion des crises sociale et écologique globales générées par la dynamique du capital » et insiste sur « les effets cumulatifs de la destruction écologique capitaliste ». Il y a bien congruence entre le système énergétique (énergies fossiles) et caractéristiques fondamentales du mode de production capitaliste, ce qui rend illusoire les constructions autour du capitalisme vert. Depuis la fin de la seconde guerre mondiale il y a eu un « saut quantitatif et qualitatif dans l'exploitation des écosystèmes et la perturbation des grands cycles biogéochimiques, dont celui du carbone. » Et cela continue, loin des légendes sur la « dématérialisation » de l'économie. L'auteur revient sur la ruée actuelle sur les terres et montre que le pillage qui se développe est « un des mécanismes socio-économiques fondamentaux déterminant de la crise écologique globale. » Laurent Garrouste termine son article sur la « réparation écologique » qui sera nécessairement au cœur du socialisme. Ce qui implique une coordination démocratique à l'échelle planétaire « La construction de mouvements coordonnés à l'échelle planétaire est donc impérative, ces mouvements ne pouvant être subordonnés aux intérêts d'un quelconque gouvernement, fût-il révolutionnaire » .

  • « Les inégalités, moteur de la crise écologique » (Hervé Kempf) L'analyse, sur la réduction de l'impact des activités sur la biosphère, montre que cela ne pourra pas se faire sans réduire les inégalités et créer les conditions d'un engagement majoritaire en ce sens. Il est dommage que l'auteur indique « que c'est à l'ensemble des classes moyennes occidentales que doit être proposée la réduction de la production matérielle », car derrière la non définition de ces « classes moyennes », ce qui existe réellement c'est une majorité de salarié-e-s, qui ne sauraient être assimilé-e-s aux privilégié-e-s. La réduction de la production matérielle nécessaire implique une refonte/révolution de l'ensemble de vie (et donc de production), non un serrage de ceinture mais une amélioration qualitative immédiate de la vie de l'immense majorité de la population même si le we are 99% est un peu exagéré.

  • « L'agriculture productiviste, état des lieux d'un processus contre nature » (Roxanne Mitralias). L'auteure analyse le modèle agroalimentaire industriel et en particulier trois de ses aspects fondamentaux « le gaspillage des ressources (l'eau et l'énergie), la dangerosité (pour le climat, l’environnement, les travailleurs et les consommateurs) et enfin l'uniformisation qu'il induit (des territoires et de la biodiversité). » Elle termine sur les agricultures paysannes et la souveraineté alimentaire, en prenant comme exemple les actions de Via Campesina. (voir aussi Via Campesina: Une alternative paysanne à la mondialisation néolibérale, CETIM, Genève 2002, http://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2010/05/29/quiconque-meurt-de-faim-meurt-d%E2%80%99un-assassinat/

  • « Pour un socialisme gourmand » (Paul Ariès) L'auteur argumente autour de la proximité des positions entre « anticapitalistes » et « décroissants ». Au « socialisme du nécessaire », au « socialisme de la grisaille » et contre « les passions tristes », il oppose une belle formule « un socialisme gourmand » pour « se contraindre à penser en dehors des clous, c'est refuser de soumettre nos, discours et nos pratiques d'émancipation aux paradigmes de la domination et de l'apolitisme. » J'indique juste quelques unes des problématiques à discuter : revenu garanti (même sous forme démonétarisée) versus hausse du pouvoir d'achat, conception non définie des classes moyennes, articulation entre amélioration matérielle immédiate nécessaire pour la grande masse de la population et refus du gaspillage et du consumérisme. Paul Ariès souligne aussi à juste titre que « Le capitalisme ne manipule pas seulement nos désirs, il nous donne à jouir »

  • « Qu'est ce qu'une écologie politique de gauche ? » (Emilie Hache). L'auteure nous propose de « Politiser la nature », de rompre avec une « épistémologie de disqualification et de répartition des êtres sur une échelle de valeur ». Il me semble que l'approche de la nature reste cependant « naturalisante », non historiquement située (qu'est ce que l'on entend par nature aujourd'hui après plusieurs millénaires de « civilisation »?). En référence à la Déclaration de Cochabamba, l'auteure met en exergue « L'équilibre avec la nature n'est possible que s'il y a équité entre les êtres humains. »

En complément possible de ces textes :

Nouveaux Cahiers du socialisme N°6 : Ecosocialisme ou barbarie !

http://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/category/revue/nouveau-cahiers-du-socialisme/

Daniel Tanuro : L’impossible capitalisme vert (Les empêcheurs de penser en rond / La Découverte, Paris 2010) http://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2010/09/28/crise-historique-de-la-relation-de-lhumanite-et-son-environnement/

Michael Löwy : Ecosocialisme. L’alternative radicale à la catastrophe écologique capitaliste (Les petits libres, Mille et une nuits, Paris 2011 )

http://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2011/06/12/refuser-le-dilemme-entre-une-belle-mort-radioactive-et-une-lente-asphyxie-due-au-rechauffement-global/

Cahiers de l’émancipation : Pistes pour un anticapitalisme vert. Coordination Vincent Gay (Editions Syllepse, Paris 2010)

http://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/2010/04/06/operer-une-revolution-culturelle-dont-lanticapitalisme-a-besoin/

 

Outre le dossier, je signale le texte de Stathis Kouvélakis « Grèce : coup d’État européen face au soulèvement populaire » qui met à la fois l'accent sur les fortes résistances sociales et les difficultés pour les anticapitalistes à s'unir et proposer des perspectives politiques. Je reste cependant dubitatif sur le classement comme anticapitaliste du KKE (parti communiste).

L'auteur analyse la situation présente et souligne trois principaux déterminants :

  • « une montée des mobilisations, qui prennent l'allure d'un véritable soulèvement populaire »

  • « l'accentuation de la crise du système politique et sa transformation en crise de l’État »

  • « le rôle néocolonial de l'Union Européenne devenue acteur de premier plan de la scène politique du pays »

Si la cessation du paiement de la dette, en vue de sa renégociation n'est défendue que par une partie des anticapitalistes cités, l'annulation de la dette détenue par les banques françaises pourrait se combiner avec le nécessaire moratoire et les audits citoyens de la dette en France.

 

ContreTemps N°12, quatrième trimestre 2011

Editions Syllepse, Paris 2011, 160 pages, 12 euros


Didier Epsztajn

http://entreleslignesentrelesmots.wordpress.com/

 

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