Rien de personnel, film ambitieux, sur la souffrance au travail

Publié le par dan29000

La société Muller organise une réception à l'occasion du lancement d'un nouveau produit. Durant la soirée, on va découvrir qu'il s'agit en réalité d'un exercice de coaching pour les cadres de l'entreprise. Des rumeurs de rachat prochain se confirment et chacun tentent alors de sauver sa place. On le comprend le film traite d'une certaine forme de souffrance au travail, celle des cadres, il traite aussi de la manipulation des uns par les autres, le mensonge érigé en institution. Le film aborde plus d'un thème et c'est l'une de ses richesses.
La peur et l'angoisse comme stratégie de management, tout le monde contre tout le monde. Même les rapports de couple sont entamés, dans une sorte de tragi-comédie inhumaine bien représentative du capitalisme dans les grandes entreprises.
C'est le premier long métrage de Mathias Gokalp. Né en 1973, il a suivi des études de lettres modernes à Paris et de réalisation en Belgique. Travaille pour la télévision et réalise des documentaires et plusieurs courts-métrages de fiction, dont MI-TEMPS et DROIT CHEMIN, Prix SACD à la Quinzaine des réalisateurs e 2004.
Dans une interview, le réalisateur avoue s'être appuyé sur quelques textes de référence : La misère du monde de Bourdieu, les Carnets d'un inspecteur du travail de Gérard Filoche Il a aussi rencontré des délégués syndicaux et des consultants chargés de restructuration dans les entreprises. Ce qui donne un aspect particulièrement réaliste au film. Même si, au début, la structure narrative choisie peut troubler, avec son aspect "poupées gigognes" avec une répétition des scènes de plusieurs points de vue différents et complémentaires.

"J'essaie de proposer une image du monde différente de celle que propose massivement de nombreux films commerciaux. L'idéal, ce serait d'être aussi militant et aussi distrayant qu'un dessin animé des studios Disney, par exemple."

Enfin, dernière qualité du film, mais pas la moindre, le casting d'une justesse rare, avec un duo Darrroussin-Podalydès, fonctionnant à merveille, aux côtés de Mélanie Doutey, Pascal Greggory et Zabou Breitman.
Un film hélas bien dans l'actualité avec les suicides qui se multiplient dans les entreprises et les plans sociaux qui prolifèrent. Un film juste qui donne à réfléchir et qui, en même temps, nous offre une belle page de cinéma intelligent.

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