Rio +20 : les associations s'énervent, mais pas trop...

Publié le par dan29000

A Rio+20, les associations se fâchent mais ratent leur sortie

| Par Claude-Marie Vadrot

Rio de Janeiro, de notre envoyé spécial


Jeudi matin, ayant convoqué la presse toutes affaires cessantes, les représentants de quelques grandes majors de l’écologie associative mondiale ont expliqué aux journalistes à quel point ils désapprouvaient les décisions de la Conférence de Rio. Celles-ci devaient être annoncées vendredi après leur adoption par consensus, aucun Etat n’ayant réussi à en changer quelques virgules. Tour à tour, les responsables d’ONG comme WWF, Greenpeace ou Oxfam ont dénoncé en termes très vifs les insuffisances et les « trahisons » des résolutions : qu’il s’agisse de l’économie verte, de la gouvernance, de la biodiversité, des océans, de la fiscalité internationale ou du traitement de la pauvreté.

C’est à qui avait, chacun dans sa spécialité, les mots les plus durs ou les plus menaçants. La salle, submergée de mauvaises nouvelles décrites ou chiffrées, retenait son souffle, les caméras tournaient et les micros se tendaient prêts à recueillir les moindres détails de l’esclandre.

Et puis, rien ou pas grand-chose. Alors que beaucoup de militants plus proches de la base le réclamaient, les ténors de la contestation n’ont pas renversé la table ni annoncé qu’ils quittaient la conférence, où leur statut leur permet de s’exprimer et de faire pression. Ils ont simplement affirmé qu’ils allaient « mobiliser » et faire pression pour que, plus tard, les bonnes décisions soient prises. Le même refrain que l’ONU : plus tard... Ce que les uns et les autres répètent à peu près tous les ans...

Ce mauvais sketch joué jeudi à Rio a une première explication. La lecture des quarante pages du document final permet de comprendre que, désormais, la société civile, c’est-à-dire les grandes associations, sera plus étroitement intégrée dans les processus de décision. Les ONG sont quasiment considérées comme des agences des Nations unies à statut particulier. Il leur est donc difficile de remettre en cause cette « intégration » dans la grande tuyauterie internationale officielle. Définitivement « embedded » dans la machine onusienne, ces grands mouvements veulent sauvegarder leurs petits pouvoirs naissants, sans se rendre compte qu’ils se font eux aussi l’instrument du consensus mou qui gouverne les Nations unies et leurs réunions. Donc, elles tapent sur la table, tonnent puis rentrent vite dans les rangs pour continuer à faire partie du club.

 

Mimétisme dangereux

La deuxième explication est tout aussi simple : les responsables internationaux de ces multinationales de la contestation sont bien souvent devenus étonnamment semblables aux hauts fonctionnaires et aux diplomates qu’ils côtoient depuis des années. Ils adoptent de plus en plus le ton, les manières, les prudences et souvent les costumes de ceux qu’ils affirment combattre. Il ne s'agit ni de malhonnêteté, ni de corruption, seulement de mimétisme au terme de longues années de cohabitation. Des experts contre d’autres experts : jamais la ressemblance entre le pouvoir et le contre-pouvoir n’est apparue avec une telle évidence que pendant cette conférence de Rio.


Cette situation, ces dérives qui apparaissent de plus en plus insupportables aux militants ou aux adhérents, posent clairement la question de la représentativité de ces ONG qu’en France nous appelons associations. Cette représentativité est d’autant plus aléatoire que les responsables associatifs qui « négocient », la plupart du temps sans mandat mais seulement armés de leurs certitudes et de leurs prudences, travaillent avec un personnel certes très qualifié, mais qui ne rend plus vraiment de comptes à la base.

En regardant jeudi ces grands fonctionnaires associatifs, dont la sincérité est sans doute grande, s’agiter dans la toile qui les emprisonne, il était possible de comprendre que, comme les Nations unies, ce type de démarche est obsolète. Les écologistes et les environnementalistes devront rapidement en trouver une autre, plus proche des écosystèmes démocratiques et de la “vraie” vie. Sous peine de succomber sous les poids de la respectabilité, notables impuissants parmi d’autres notables impuissants...

 

Source : MEDIAPART

Publié dans environnement

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