Rome : autogestion, squats et logement social

Publié le par dan29000

À Rome, les squatteurs font du logement social

Par Marie Guitton 
 
Photo Wolfgang Sterneck
 

Issue des expériences d’autogestion menées aux Pays-Bas dans les années 1970, l’autorécupération a fait du chemin en Italie. Dans le Latium, une loi pionnière adoptée en 1998 autorise les squatteurs à se constituer en coopérative pour réhabiliter à bas coût les bâtiments publics abandonnés.


Le 14 juillet 1989, une petite révolution s’empare de Rome. Deux cents squatteurs assiègent un couvent abandonné du centre-ville, « non pas dans l’espoir de négocier une sortie acceptable, mais dans le but d’y habiter durablement  », explique Cesare Ottolini, coordonnateur de l’Alliance internationale des habitants. Quelques mois plus tard, douze familles se regroupent au sein de la coopérative Vivere 2000, retapent le bâtiment public et entament des négociations avec la municipalité et la région pour régulariser la situation.

En 1998, la compétence logement est décentralisée et le centre-gauche remporte les élections dans le Latium : une loi régionale d’Autorécupération du patrimoine public est adoptée à l’unanimité. Vivere 2000 remporte son combat. 187 000 logements sont alors inutilisés à Rome, dont 3 000 occupés illégalement. Face à la hausse de la demande en logement social et au désengagement de l’État, la loi de 1998 permet aux squatteurs – pour devenir locataires – de se réunir en coopérative et de présenter, sur la base d’un appel d’offres lancé par la collectivité propriétaire, un projet de réhabilitation à bas coût du bâtiment occupé. À l’issue des travaux, les locataires payent un loyer inférieur ou égal à celui d’un logement social.


Un bien commun


Récup’, recyclage et savoir- faire des « squatteurs-coopérateurs » : la réhabilitation coûte 500 euros le m² dans le centre-ville, contre 2 000 euros en moyenne pour un programme de logement social neuf à 40 km de Rome. « Les coopératives ont réussi à démontrer la rentabilité et la viabilité de leur projet », conclu Cesare Ottolini. Pourtant, l’implantation de nouveaux chantiers s’est ralentie. La droite, qui a repris la mairie de Rome et le Latium, a démantelé le bureau de suivi des coopératives. « Les portes du dialogue se sont fermées, regrette-t-il. En ce moment, la municipalité tente même de privatiser des casernes abandonnées. »

À Rome, l’autorecupero aura quand même permis de loger quelques milliers de personnes  : « Ça n’est pas La solution, reconnaît Cesare Ottolini, mais ça peut montrer la voie.  » En France, le collectif Jeudi noir attend que les élus s’y engagent. « Il manque une loi cadre pour favoriser d’autres modèles d’habitat et reconnaître le logement comme un bien commun  », estime Julien Bayou, son porte-parole. Le 8 décembre, les sénateurs socialistes présenteront une proposition de loi « visant à mobiliser l’ensemble des ressources disponibles pour fournir du logement social en zone tendue, annonce Claude Jeannerot, sénateur du Doubs et président de l’Agence nationale pour l’information sur le logement (ANIL). Par exemple, en échange de leur engagement à le réhabiliter en logement social, l’État pourrait vendre aux collectivités une partie de son patrimoine en dessous de sa valeur vénale. » Mais pour l’heure, pas d’autorecupero à l’italienne. « Peut-être que les Français attendent trop de l’État, remarque Cesare Ottolini. En Argentine, après la faillite de 2001, il y a eu toute une vague d’occupation et d’autorécupération. Je pense qu’au fur et à mesure que la crise avance, les Français eux aussi vont prendre leur destin en main. »

 

 

Source / REGARDS

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