Rouen : Bobines rebelles, premier festival du documentaire social et politique

Publié le par dan29000

 

BOBINES

REBELLES

 

 

bobines_rebelles.jpg« Le documentaire social se distingue du documentaire tout court et des actualités de la semaine par le point de vue qu’y défend nettement son auteur. Ce documentaire social exige que l’on prenne position car il met les points sur les i. S’il n’engage pas un artiste, il engage au moins un homme. Ceci vaut bien cela. Et le but sera atteint si l’on parvient à révéler la raison cachée d’un geste, à extraire d’une personne banale et de hasard sa beauté intérieure ou sa caricature, si l’on parvient à révéler l’esprit d’une collectivité d’après une de ses manifestations purement physiques. Et cela avec une force telle que, désormais, le monde qu’autrefois nous côtoyions avec indifférence, s’offre à nous malgré lui au-delà de ses apparences. Ce documentaire social devra nous dessiller les yeux. »

 

Jean Vigo (1905 – 1934)

Texte écrit en 1930 pour la revueCiné-Club

 

 

Un festival du documentaire social & politique

 

Festival:En programmant, pendant deux journées, une série de films documentaires nous voulons proposer un moment fort permettant de créer une véritable dynamique de réflexion. Un moment qui facilite le contact et la discussion entre le public, les réalisateurs et les organisateurs.

De nombreux festivals de documentaires sont nés ces dernières années, signe que le documentaire a pris une place importante dans nos réflexions et que les médias se diversifient.

 

Documentaire: En revendiquant un point de vue clairement affirmé, le documentaire permet de faire apparaître une réalité qui, d'habitude, nous est cachée. Il favorise une démarche critique et l’émergence d'une conscience politique plus affirmée.

Grace aux progrès techniques, un film est plus facile à réaliser et pour des coûts relativement moindres. La miniaturisation du matériel permet aussi de plus grandes souplesses et facilite l’accès à des endroits où il était impossible d’aller, comme les usines. Cette taille plus humaine permet aussi aux personnes/acteurs de se confier plus facilement, de raconter leurs vies, leurs ressentis, leurs révoltes ou leurs désirs.

 

Politique/Social:A l’heure où les tenants du pouvoir nous imposent une pensée unique associée à une fausse bipolarisation politique, nous voulons partager nos interrogations, confronter nos dissidences. Plus qu'un simple militantisme, nous souhaitons susciter une réflexion qui puisse aboutir à un engagement cohérent. Indépendance politique et autonomie de pensée sont aujourd’hui une exigence sociale.

 

Bobines Rebelles :Plusieurs festivals se sont créés sous ce nom, ces dernières années, avec une même démarche politique et sociale : dans la Creuse, dans l’Aisne et en Seine Saint Denis. D’autres continueront sans doute à voir le jour.

Que chacun suive son chemin et que fleurissent cent festivals documentaires !

Paroles ouvrières / regard de cinéastes.

 

Oh la la ! Je vous vois déjà spectateurs et citoyens blasés souffler et lever les yeux au ciel… Encore un docu sur les prolos, le genre de truc qu’on n'a pas vraiment envie de voir au ciné…

Pourtant, outre dans les rues, lors de conflits, ou sur leurs lieux de travail, c’est bien au cinéma qu’on les voit le mieux. Car si, malgré les plans de restructuration, les ouvriers sont toujours plus de 6 millions en France (et se multiplient dans les pays « émergeants » du monde entier), leur parole n’est pas entendue des médias et des politiques. Comme le dit Christine Thépénier : « Pour avoir d’autres clefs pour comprendre le monde que celles que nous imposent les médias, je crois que c’est important d’aller voir ce qu’il se passe derrière les murs. »

 

Pour ce premier envoi du festival, nous vous convions à voir :

 

  • Au prix du Gaz, de Karel Pairemaure. Le réalisateur a suivi la lutte des New Fabris de Châtellerault. Les salariés avaient menacé de faire sauter leur usine, mais le film ne s’arrête pas là et suit certains et montre les conséquences d’un licenciement.

  • Disparaissez les ouvriers de Christine Thépénier et Jean-François Priester. Les documentaristes sont rentrés dans cette usine de Marseille, Legré-Mante, occupée depuis 150 jours. C’est une réflexion sur cette volonté de modifier le tissu social en se débarrassant des ouvriers.

  • Inventaire avant liquidation de Rémy Ricordeau. Ricordeau en adaptant le livre Putain d’usine, montrait le quotidien au travail dans une usine de produit chimique. Cette fois il s’agit d’engager une réflexion sur le salariat et sur de possibles alternatives.

  • De mémoire d’ouvriers de Gilles Perret. Cette fois il s’agit de s’emparer de l’histoire sociale locale, à savoir la Savoie. De la production d’aluminium aux barrages, pour arriver à l’industrie du tourisme, avec les casses sociales que ça a entrainées.

  • Le chemin noir d’Abdallah Badis. Il s’agit là, peut-être du documentaire le plus personnel, où le réalisateur part de son expérience personnelle pour parler de la sidérurgie en Lorraine (dont il vient) ainsi que de l’immigration.

 

Deux débats auront lieu également, le samedi 26 janvier avec Christine Thépénier et Rémy Ricordeau

 

 

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui.

 

Jean-Pierre Levaray

Ouvriers, militant et écrivain *

 

 

Jean-Pierre Levaray ouvrier chez GPN à Grand Quevilly a écrit, entre autres, Putain d’usine et Tue Ton Patron. Il scénarise également des bandes dessinées (avec Efix) et participe à la Librairie l’Insoumise à Rouen

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