Rroms : la politique sécuritaire de Sarkozy rejetée par les catholiques

Publié le par dan29000

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Roms, Rome et Sarkozy : la polémique

Claire Legros et Anne Guion

Reportage dans les camps de Roms et analyse d’une politique sécuritaire rejetée majoritairement par les catholiques.


« Trop c’est trop », écrivions-nous le 19 août alors que le ton montait chez les catholiques à propos de la politique sécuritaire du chef de l’État. Telle une vague, le mouvement n’a fait que s’amplifier. Des chrétiens de tous bords, dont beaucoup d’entre vous, lecteurs de La Vie, des prêtres, des évêques, ont pris la parole pour refuser une politique de boucs émissaires qui, sans apporter de solutions durables, désigne des populations comme responsables des maux de notre société. Jusqu’à Benoît XVI qui, le 22 août, s’est invité dans le débat en exhortant des pèlerins français à « savoir accueillir les légitimes diversités humaines, à la suite de Jésus ».
Les chrétiens sont dans leur rôle lorsqu’ils défendent les populations fragiles. Du Secours catholique à l’Acat, de la Conférence des évêques à la Fédération protestante, ils se sont maintes fois élevés, aux côtés de citoyens de toutes convictions, contre le sort réservé aux migrants. Comme en 2007, en condamnant le recours aux tests génétiques pour freiner les regroupements familiaux. Angélisme, rétorquent certains, qui oublient un peu vite que les chrétiens sont nombreux aussi à s’engager sur le terrain. Notre reportage témoigne de la précarité des Roms en France comme en Roumanie. Faut-il se satisfaire des camps, bidonvilles indignes aux portes de nos cités ? Non, bien sûr, comme il n’est pas possible d’accepter la violence des expulsions. La solution est à trouver avec les Roms eux-mêmes et nos partenaires européens, dans une concertation ferme et le respect des personnes. Là aussi les chrétiens peuvent être en première ligne, au nom de l’Évangile et des valeurs de la République.
Claire Legros
« On ne peut pas accepter que des humains soient traités comme ça. On ne le peut pas. »

On dirait une scène tirée d’un film de Pagnol. Quelques hommes en marcel assis sur des chaises en plastique jouent au rami. Les anciens prennent le frais à l’ombre de peupliers. À Fleury-Mérogis (Essonne), les Roms se sont installés au bout de la vieille ville. La Francilienne, la voie rapide qui contourne Paris, est toute proche, mais le grondement des voitures est à peine audible. Un après-midi paisible. Et pourtant, le campement est en sursis. La justice s’est prononcée mardi 24 août : le camp sera évacué. Les bulldozers arriveront d’un jour à l’autre. Depuis le 19 août, 194 Roms ont été expulsés vers la Roumanie. Ce sont les premières expulsions depuis l’annonce, le 28 juillet, par Nicolas Sarkozy, de l’évacuation de 300 « camps illégaux ». Il y en aura d’autres. Ce jeudi 26 août un avion devait emmener 160 Roms. « Nous reviendrons de toute façon », lance Alina, 29 ans, une jeune femme au regard doré qui nous invite à prendre le café chez elle : une baraque faite de matériel de récupération, mais qui a tout d’une petite maison avec sa pièce principale chargée de napperons et de peluches. Alina, et son fils Alex, 10 ans, font des allers-retours depuis 2002 entre la France et la Roumanie, pendant que Johnny, 32 ans, son mari, travaille au noir sur les chantiers d’Île-de-France. « Je suis payé 80 € par jour, raconte-t-il. Avec 15 jours de travail environ par mois. Cela me permet d’envoyer 300 à 400 € au reste de ma famille en Roumanie. Mon patron m’a promis de me trouver des papiers dès son retour de vacances. » Certains des hommes ont même des contrats de travail en bonne et due forme, comme Nicolae, la cinquantaine, régularisé et employé en CDD dans une entreprise de jardinage.
C’est le résultat du travail de l’Association de solidarité en Essonne avec les familles roumaines et roms (ASEFRR). Une structure qui réunit à la fois militants du PC et chrétiens. Ses membres se battent depuis 1996 pour la domiciliation des familles, la scolarisation des enfants, l’accès aux soins. Avec acharnement : pas facile, par exemple, de convaincre les Roms de nettoyer régulièrement le campement. Au fond du camp, un tuyau d’arrosage a été branché sur l’arrivée d’eau de la mairie. Il n’y a pas de robinet, alors le liquide coule sans s’arrêter… « Ils ont des défauts, ils en ont tout plein… comme tout le monde », glisse Paquita Ines, une habitante de Fleury qui spontanément est venue donner un coup de main à l’association. Différents, bien sûr. « Ils ont un autre rapport au temps que le nôtre, confie Gregoria Épaillard, la présidente de l’ASEFRR, par ailleurs engagée dans sa paroisse à Massy. Qu’importe, on ne peut pas accepter que des humains soient traités comme cela. Non, on ne le peut pas. »

L’association remporte tout de même quelques succès : une douzaine d’enfants du camp de Fleury étaient scolarisés l’année dernière en primaire et quelques adolescents au collège. Un travail de Sisyphe, car les expulsions remettent régulièrement tout en question. « Les bulldozers arrivent, tout s’écroule. Et il faut recommencer », s’insurge Gregoria Épaillard. Ceux qui étaient prêts à scolariser leurs enfants hésitent et préfèrent parfois les renvoyer en Roumanie, comme Alina et Johnny dont le fils Alex, 10 ans, est reparti, après avoir passé un an à l’école de Fleury en 2008.

Globalement, la situation s’est tendue ces derniers mois. À Fleury, le maire PS David Derrouet a lancé une pétition en février demandant la « délocalisation » du campement. « Mais pour aller où ? s’énerve Grégoria Épaillard. Les méthodes ont changé, les policiers sont plus violents. Lorsque je leur dis ça, ça les rend fous ! Ils me répondent qu’il n’y a jamais de coups ! C’est vrai, mais sortir des enfants en plein hiver à six heures du matin pour des contrôles d’identité, c’est aussi de la violence ! » Le jour de notre visite, une jeune femme du campement a été arrêtée en flagrant délit de mendicité. Elle portait son bébé de 10 mois. « Elle a été incarcérée à la prison de Fleury-Mérogis. L’enfant a été placé. » Un oncle, Nicolae, revient avec la liste des pièces à apporter pour obtenir un droit de visite : une lettre de motivation, la photocopie de la carte de séjour… Mais, si le campement est évacué cette semaine, qu’adviendra-t-il de la jeune mère ?

À quelques kilomètres de là, à Massy, un autre campement, caché dans un bois aux abords d’une voie rapide. Petite boucle d’oreille en or et look soigné, Alin (son prénom et ceux de sa femme et de sa fille ont été modifiés), 30 ans, n’a pas changé. Nous l’avions rencontré il y a deux ans, en septembre 2008, avec sa femme, Madelina, et sa fille de 8 ans, Iliana, lors d’un reportage dans un autre campement : un bout de parking serré dans un nœud autoroutier, près de la gare RER de Massy-Palaiseau. Les photos prises par notre reporter en septembre 2008 passent de main en main rapidement. De tous ceux croisés ce jour-là, il n’y a qu’Alin qui soit encore présent… Mais, sur les clichés, l’un reconnaît son beau-frère, l’autre, sa tante… Pour nous, c’était hier. Pour Alin, cela semble une éternité. Deux jours après notre passage, le campement a été détruit, les Roms de Massy ont été dispersés en Île-de-France. Certains sont repartis en Roumanie. Entre ces deux moments, il y a eu beaucoup d’errance et d’autres évacuations. Presque une routine. « Après la destruction du camp, nous sommes restés deux jours devant la gare du Nord, se souvient-il. Puis quelqu’un a trouvé un terrain à Villeneuve-le-Roi. Nous y avons vécu six mois tranquilles. » Mais la police est revenue. « Cela se passe souvent de la même façon, dit-il. Ils contrôlent les papiers, menacent d’une expulsion. Au bout d’un moment, tu n’en peux plus d’attendre, alors tu pars de toi-même… »

En tout, Alin a effectué seul ou avec sa famille quatre allers-retours entre la France et la Roumanie en deux ans, dont un, contraint et forcé, dans un avion affrété par le ministère de l’Immigration. Il assure qu’il n’a jamais touché l’aide au retour humanitaire – c’est-à-dire les 300 € accordés à ceux qui veulent bien retourner au pays. Arrêté par la police en mai 2009, il a embarqué le jour même pour la Roumanie : « Ils m’ont dit que j’avais un OQTF (ordre de quitter le territoire français, voir encadré) et je me suis retrouvé à l’aéroport de Bucarest… sans avoir pu prévenir ma femme. » Deux semaines plus tard, il est de retour en France. Pourquoi revenir, malgré tout ? « Pour le travail, répond-il, il y en a moins en Roumanie et c’est moins bien payé. » Lors de l’un de ses séjours en Roumanie, Alin s’est ainsi fait embaucher dans une scierie : « J’y suis allé deux semaines et j’ai renoncé : l’usine se trouvait à 200 km de chez moi. J’étais payé 7 € par jour. À Massy, je récolte à peu près 25 à 30 € par jour en faisant des petits travaux au noir chez les gens. » Ajoutez la dizaine d’euros que ramène sa femme Madelina en faisant la manche dans le métro parisien. Alin nous montre sa baraque. Une seule pièce avec un lit. Un nuage de moucherons volette à l’entrée. « Elle était vide quand je suis arrivé. Je l’ai occupée. » Du provisoire. Le 31 août, la justice décidera de l’évacuation du campement de Massy. Dans une semaine, sans doute, il faudra s’en aller. Partir pour revenir. Encore une fois.
Anne Guion


Citoyens européens mais… expulsables

La Roumanie et la Bulgarie, les deux pays d’origine des Roms présents en France, font partie de l’Union européenne depuis 2006. Mais la libre circulation des personnes n’y est pas encore en vigueur.
Des dispositions transitoires y ont été mises en place. Jusqu’en 2014, les citoyens des deux pays concernés ne peuvent ainsi séjourner que trois mois au maximum, sans justification, dans les autres pays de l’UE. S’ils demeurent au-delà de cette date,
ils s’exposent à recevoir un OQTF, un ordre de quitter le territoire français.

Source :  LA VIE

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