Sale temps pour les braves, de Don Carpenter, éditions Cambourakis

Publié le par dan29000

 

 

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  Il y a parfois de grands romans qui demeurent durant des années dans l'ombre. C'est le cas de celui-ci, réédité en 2010 aux Etats-Unis, et qui connut alors un grand succès public, mais aussi critique, ce qui est assez rare pour un premier roman. Etrange parcours que celui de Don Carpenter, né en 1931 qui fit la guerre de Corée, séjourna à Kyoto, tombant amoureux de la culture japonaise. Son premier roman, "Sale temps pour les braves", publié en 1966 fut un succès. Comme souvent pour les écrivains américains de cette époque, il travaille alors comme scénariste pour Hollywood, tout en publiant romans et nouvelles. Celui qui fut l'ami de Richard Brautigan, très malade, mit fin à ses jours en 1995.

 

  Dans ce roman injustement oublié vu ses immenses qualités, l'auteur nous brosse un magnifique portrait de Jack qui fait preuve de malchance dès sa naissance. Celle-ci survenant en pleine crise de 1929. De plus il fut abandonné par ses parents. Mauvais début dans la vie. A 17 ans, il zone dans les rues de Portland, dans l'Oregon frappé par la fameuse crise. Une sorte de garçon sauvage qui, comme d'autres, survit plus ou moins bien, au jour le jour, de la rue aux salles de billard. C'est là qu'il va faire connaissance de Billy Lancing, très doué pour ce jeu qui peut rapporter pas mal d'argent. Dans ces conditions de vie, la ligne blanche est vite franchie, entre marginalité et délinquance.

 

  Le roman va nous permettre de suivre la vie de Jack, une vie débutée par l'orphelinat, et qui va ensuite se diriger vers la maison de redressement, puis l'hôpital psychiatrique et ensuite la prison. Pas facile de survivre dans de telles conditions, surtout que Jack a la rage au ventre, une sorte de rebelle qui refuse de plier face à l'adversité, face à la répression, face aux mauvais traitements qu'il va subir lors de ses enfermements. Cela ira jusqu'à être enfermé, nu, dans l'obscurité complète, dans une petite cellule, durant près de trois mois ! Avec toujours en arrière fond, la volonté de vivre libre qui l'anime. Au fil des chapitres, le lecteur peut difficilement quitter la vie tumultueuse de Jack, et parfois de son ami Billy qu'il va aussi retrouver en prison.

 

  Au-delà du caractère attachant de Jack, la prose de Don Carpenter nous offre un réalisme prenant dans la lignée des meilleurs romans de John Fante, tel "Demande à la poussière"... Sobriété et ton juste au service d'une narration qui permet de partager intimement cette vie pas évidente. A chaque fois, il veut se sortir de cette spirale infernale débutée dès ses premières années. Et plus d'une fois, cela ne marche pas, et pourtant il refuse toujours de courber l'échine, malgré l'injustice du monde, malgré l'injustice de sa propre vie. On comprend alors très vite qu'il y a quelque chose d'universel dans ce parcours chaotique qui peut aussi nous faire songer à la vie de Bukowski par instants.

 

  Que dire de mieux que Georges Pelecanos considérant ce roman comme "le meilleur de la littérature populaire américaine" ? Peut-être remercier l'éditeur pour ce choix qui va sans nul doute permettre à un large public de découvrir Don Carpenter. Il était temps.

 


Dan29000

 

Sale temps pour les braves

Don Carpenter

Traduit de l'anglais (USA) par Céline Leroy

Editions Cambourakis

2012 / 352 p / 23 euros

 

Voir le site de l'éditeur

 

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Presse :

 

« Cet américain est le chaînon manquant entre John Fante et Richard Price. Son premier roman, paru en 1966, est enfin traduit. Une révélation. »
Raphaëlle Leyris – Le Monde

« Grand texte noir injustement oublié, un splendide roman de chair et de sang. »
Etienne Ducroc – Technikart

« Né en 1931 et mort en 1995, Carpenter entrait en littérature au milieu des années 60 avec ce premier roman terrible dont on découvre aujourd’hui, enfin, le cruel réalisme. »
Alexandre Fillon – Livres Hebdo

 

« Sa force, la vérité humaine de ses personnages et la justesse de son écriture en font un livre important de la littérature américaine des années 1960. [...] Les pages écrites par Carpenter sur l’univers carcéral et les rapports entre détenus comptent parmi les plus fortes qu’on ait pu lire sur le sujet. »
Christophe Daniel - Page des libraires

 

« Sale temps pour les braves, c’est la littérature populaire à son meilleur. Le chef-d’œuvre méconnu de Carpenter n’est pas seulement un bon roman, c’est peut-être l’un des romans américains les plus importants des années 60. »
George Pelecanos


« Sale temps pour les braves est un livre unique  ; violent, tendre, inexorable et mélancolique, un roman de la période beat retraçant l’histoire de Garçons sauvages sans l’euphorie de Sur la route, mais d’un fatalisme qui le rend d’autant plus déchirant et palpitant. Les vies ordinaires qu’il raconte sont inoubliables. »
Richard Price


« Sale temps pour les braves est un “autre“ Last Exil to Brooklyn. »
The New York Times

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Extrait :

 

Jack ne manquait pas d’amis. Peu après son arrivée à Portland, il découvrit où se trouvaient les petits voyous du coin, se joignit à eux, et dans le gang, on le considéra comme faisant partie de ceux que rien n’arrêtait, de ces gamins vraiment durs comme Clancy Phipps et son frère Dale, un meneur parce que (du moins c’est ainsi que l’envisagaient les autres garçons et filles) rien n’était jamais trop dangereux pour lui. À Portland, cette bande de gamins coriaces étaient surnommés « le gang de Broadway » parce qu’ils traînaient à l’angle de Broadway et Yamhill. Le gang, qui s’était formé durant la Seconde Guerre mondiale, perdurait. Il était composé de gamins qui n’étaient pas aimés, pas assez désirés dans leur lycée, ou qui détestaient l’école et recherchaient les émotions fortes que promettait le centre-ville ; d’autres avaient des ennuis avec l’école, la police, leurs parents – presque tout le monde – et atterrissaient donc dans ce gang à géométrie variable. Ils étaient environ une cinquantaine, garçons et filles confondus, et la constitution du groupe changeait en permanence ; certains membres s’évaporaient pour rejoindre l’armée, se trouvaient un job ou se mariaient, se faisaient des amis à l’école ou étaient envoyés en maison de correction à Woodburn, quittaient l’État et filaient à New York ou San Francisco ; de nouveaux membres ne cessaient d’apparaître, dont beaucoup comme Jack, qui étaient acceptés et admis dans le groupe sur des critères de dureté, d’absence de morale conventionnelle, de méfiance à l’égard des adultes et de haine de la police.

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Le Bouquineur 17/04/2013 17:47

Un bouquin extraordinaire surtout, parce qu’il brasse tous les grands thèmes, haine et amour, mort et naissance, riches et pauvres, Blancs et Noirs, sexe sans tabous, homosexualité, prison, mariage… N’en jetez plus, la cour est pleine.

Fran 28/06/2012 19:25


Merci pour ce post qui m'a donné envie de découvrir ce livre !

dan29000 28/06/2012 20:14



Tant mieux, on ne saurait trop vous le conseiller, une vraie belle découverte ce roman...! Un éditeur que  nous allons sans doute suivre de près...