Sans-papiers en grève : Plus de 4000, un mouvement qui dure

Publié le par dan29000

VOICI UN BON TEXTE DU SITE :  OUVALACGT

C'est un site des opposants à Thibault dont nous avons déjà parlé.  Si vous avez envie de savoir comment se prépare le congrès de la CGT, qui se déroulera en décembre prochain, c'est là qu'il faut aller, et pas sur le site de la Confédération. Le second mouvement pour la régularisation des salariés sans-papiers s'est installé dans la durée sur de nombreux sites (Voir la carte établie par AL) malgrè déjà plusieurs interventions policières lors d'occupations de bâtiments comme à la Défense. Cette fois le mouvement est lancé de manière unitaire par cinq syndicats et plusieurs associations et réseaux. 
Pour voir le site c'est là :



Depuis le 12 octobre 2009, des milliers de travailleurs sans papiers sont en grève et occupent leurs entreprises ou des lieux symboliques, en vue d’obtenir leur régularisation.
Ce mouvement a été relancé par la CGT, la CFDT, l’Union Syndicale solidaires, la FSU, l’UNSA, La ligue des Droits de l’homme, la Cimade, le Réseau Education sans frontières, Femmes Egalité, Autremonde et « Droits Devant ! » avec de leur côté l’objectif d’obtenir « une circulaire ministérielle afin de permettre la régularisation de tous les travailleurs sans-papiers ».

Deuxième acte donc, après le grand mouvement de 2008 qui n’avait abouti qu’à un maigre résultat.

En quelques semaines, sur 47 sites (liste actualisée régulièrement sur ce site), répartis essentiellement en Ile de France, 4592 sans papiers se mettent en grève, non pas, nous dit-on, pour leur régularisation, dans un premier temps, mais pour obtenir une circulaire de régularisation de tous les travailleurs sans papiers, toutes catégories confondues, y compris ceux qui travaillent au noir, le travail des intérimaires, des femmes dans l’aide à la personne, et les travailleurs sans papiers qui sont au chômage « au noir ».

Du coup, la CGT confirme ainsi sans le dire ouvertement qu’il n’y a en fait jamais eu de circulaire fin 2008 comme elle l’a toujours prétendu pour liquider les premières vagues de grève.
Cette affaire de "circulaire" est révélatrice du rôle que la CGT veut toujours jouer : non pas déclencher un mouvement général pour faire plier le gouvernement, mais faire pression pour obtenir un aménagement « apaisé et harmonieux » de l’immigration selon les besoins de l’économie capitaliste (en parfaite bonne santé comme chacun sait…).
Nos camarades sans-papiers, eux, ne s’embarrassent pas de ces subtilités. Ce qu’ils veulent c’est des papiers, la régularisation, point barre ! Avec ou sans circulaire, la régularisation !

Que s’est-il passé entretemps ?
Et bien le premier semestre a été difficile pour la confédération. Dans tous les domaines, elle a perdu la confiance des militants les plus combatifs. De Thibault à l’Elysée aux Grenelles bidons, des Contis et de Xavier Mathieu jusqu’à la bronca du 22 octobre, la direction confédérale a montré son réformisme. Et concernant les sans-papiers, l’évacuation par un commando de la Bourse du Travail occupée a provoqué dégoût et rejet par nombre de militants et de structures.

Alors, aujourd’hui la Conf’ se prétend l’interlocuteur privilégié et indispensable du Medef et du gouvernement. Si elle perd la confiance des masses combatives, elle va perdre son rôle de partenaire incontournable.
Alors il faut redonner de la voix, donner l’impression de la lutte, à défaut de la mener sérieusement.
Redonner de la voix en multipliant les manifestations.
Et redonner de la voix en relançant le mouvement des grévistes sans-papiers, avec d’autres cette fois pour ne pas porter le chapeau toute seule…
Et bien, sûr, tout cela arrive à point nommé pour redorer son blason pour le Congrès confédéral de décembre.

Nous sommes très circonspects, très méfiants, concernant les motivations de la direction confédérale. C’est le moins que l’on puisse dire.
Mais ce mouvement doit permettre, enfin, une régularisation massive des sans papiers. Pour cela, il faut qu’ils s’emparent de leur mouvement, qu’ils s’investissent, qu’ils débordent le cadre que la confédé continue à leur fixer :
Réunions hebdomadaires des délégués de sites, triés sur le volet (il faut faire « patte blanche » pour entrer à Montreuil), pas de possibilité pour les sans papiers de faire vraiment valoir leur point de vue, puisqu’ils sont exclus des négociations qui ont lieu avec le ministre de l’immigration Besson.
Ainsi, suite à une question posée pendant une de ces réunions, Raymond Chauveau a dit « le délégué des sans papiers ? ben, c’est moi ! ».
Eh bien non ! les sans papiers doivent être acteurs de leur lutte, avec les militants à leurs côtés. Ce sont eux qui sont en grève, ce sont eux qui luttent, qui souffrent. C’est à eux de diriger, et à personne d’autre ! Comment se fait-il ainsi que la Confédération centralise seule la liste des dossiers pour mener seule les négociations de régularisation (avec la fameuse « carte du mouvement » qu’elle délivre), laissant ensuite les conflits se mener comme ils peuvent par les sans-papiers eux-mêmes, aidés par les quelques militants sincères engagés dans le soutien ?

Le mouvement doit s’élargir et avant tout en province, on en voit des frémissements comme en Haute Garonne. En ce sens, le journal de la grève qui va paraître ces jours ci peut beaucoup aider, pour autant que son contenu ne soit pas trop pourri…
Le mouvement doit viser la durée, comme il semble le faire en ce moment. Ainsi, les grévistes évacués par la police du siège de la fédération patronale du bâtiment (FNTP) viennent de réoccuper le chantier de la tour AXA à la Défense, le plus grand chantier d’Europe, avant d'être à nouveau délogés...
Le mouvement doit se mener pour la régularisation, circulaire ou pas !. En ce sens, la pétition proposée à la signature par les organisations (voir ci-contre) n’est pas acceptable.
Le mouvement doit se mener en toute clarté. Et s’il est juste d’organiser des collectes de soutien aux grévistes, la méfiance des mouvements passés nous conduit à refuser une centralisation incontrôlable de l'argent gérée par la Confédération pour transmettre directement les collectes aux grévistes sur les piquets.

Aujourd’hui, ce sont pratiquement une majorité d’intérimaires qui sont en grève parmi les sans-papiers, montrant ce que sont véritablement les sociétés d’intérim : des sociétés écran factices permettant aux donneurs d’ordre d’utiliser en toute tranquillité une main d’œuvre surexploitée. Aucun critère, « apaisé et harmonieux » ou pas ne peut résoudre la précarité du travail et son rôle dans l’économie capitaliste. La seule issue, c’est la régularisation de tous, sans condition, sans aucun critère qui ne produira que division !

Les négociations sont en cours avec les organisations syndicales, c’est Besson qui le dit lui-même dans un communiqué [à lire absolument !] suite à l'annulation par le Conseil d'Etat d'une circulaire précédente de janvier 2008 sur la régularisation par le travail. On y apprend qu’une nouvelle circulaire est ainsi en préparation. Voilà pourquoi nous sommes méfiants ! Va-t-on nous présenter cette circulaire comme une victoire, puisque telle est l’exigence des syndicats et associations concernées ???
C’est aux délégués des sans-papiers de négocier avec le ministre, à personne d’autre. C’est la régularisation que nous voulons, circulaire ou pas !

Nous sommes au moment où tout est possible. Un mouvement qui se développe, qui s’amplifie, obligera le ministre à régulariser d’autant plus largement que les sans papiers seront déterminés et nombreux en face de lui, avec les militants. Il ne faut pas accepter qu’ils se laissent déposséder de leur lutte et que les organisations syndicales signent très rapidement un texte régularisant a minima, avec pour condition l’abandon des occupations.
L’urgence du moment, c’est d’amplifier le mouvement, partout, en donnant aux camarades sans-papiers tous les moyens de diriger eux-mêmes leur grève.

Une régularisation massive est possible et les militants de la CGT y ont toute leur place.

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