CGT / 4 / Sans-papiers : Le grand bond en arrière opportuniste

Publié le par dan29000

Nous poursuivons cette semaine la publication de divers textes CGT, 
alors que le 49e congrès s'ouvre aujourd'hui à Nantes. Celui-ci concerne
plus particulièrement la lutte des sans-papiers où depuis quelques mois,
la CGT est particulièrement critiquée sur ses méthodes, et encore ne 
parlons pas de l'action musclée de son service d'ordre parisien cet étè lors
d'une expulsion de sans-papiers...
Ce texte a été rédigé il y a quelques jours et circule activement dans les 
réseaux de soutien aux sans-papiers, il nous semble éclairant sur le
fonctionnement de la centrale de Thibault.
Le texte suivant, 5, est un texte du responsable du département international de la CGT.

Il est signé par JACQUES GURFINKIEL, secrétaire général du
Syndicat CGT de l'OPH de Paris

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Fraternisation de tous les Sans-Papiers !


La direction confédérale termine le grand combat orchestré pour s¹achever au
49ème congrès de la CGT.
Dans une quinzaine de jours, des délégations réjouies (et sélectionnées) de
sans-papiers régularisés dans le cadre de la loi instituant l¹immigration
choisie, viendront à Nantes témoigner du triomphe d¹une stratégie pourtant
aisément critiquable.
Le combat syndical, avouons-le, a connu de meilleurs mises en scène pour
n¹obtenir que le simple perfectionnement d¹une loi scélérate...
La 13ème résolution de notre 48ème congrès (mars 2006) affirmait que la CGT
était pour la régularisation de tous les sans-papiers. Cette résolution n¹a
cessé d¹être violentée et détournée à des fins opportunistes. Sinistre
exploitation que celle de la misère des centaines de milliers d¹en dehors,
citoyens irréguliers en France.
Le montage théatral réalisé par quelques personnages douteux à la direction
confédérale aura permis :
- de contribuer à une régularisation massive des patrons voyous,
- la fourniture d¹un personnel dévoué et gratuit : des militants
transformés en supplétifs de la préfecture, sélectionnant en ses lieux et
place les dossiers acceptables !
- en surmédiatisant ce bricolage de lutte, de dissimuler tous les combats
sociaux qui n¹ont pas été favorisés par la direction confédérale ;
- en contradiction avec nos principes, les sans papiers grévistes n¹auront
jamais été les acteurs de leur propre lutte. Ils ont été très lourdement
encadrés par un appareil qui a empêché toute velléité d¹autonomie. Jusqu¹à
voir certains délégués sans-papiers ³mis à pied² parce que trop critiques
!...

En deux ans : que de mensonges de la part de l¹appareil confédéral et
notamment de Mme Blanche et de Mr Chauveau

On a parlé d¹une première vague de grévistes en 2008, puis d¹une deuxième
et d¹une troisième qui n¹aura jamais lieu. En vérité, la deuxième vague aura
été donnée par la Préfecture qui expliquera dans un communiqué de presse
qu¹il s¹agissait en fait de dossiers de substitutions accordés en
remplacement de dossiers irrecevables.
Montreuil et ses relais parisiens arrêteront le mouvement sans qu¹on s¹en
rende compte, en affichant un score relativement médiocre : 2000
régularisations, pour une population sans papiers de 200 à 400 000. Il est
d¹ailleurs intéressant de noter que, dans la même période, des petits
patrons, en dehors des grands circuits de syndicats patronaux, ont réussi
eux aussi à faire régulariser des sans papiers (environ 2500).

On apprendra, début décembre 2008, que le ministère de l¹immigration avait
accepté d¹envoyer une circulaire de régularisation dans toutes les
préfectures.. Circulaire au demeurant très peu favorable aux sans papiers,
puisqu¹elle imposait des conditions quasiment inaccessibles pour la majorité
des étrangers en situation irrégulière..
On cherchera vainement pendant un an le texte de ladite circulaire, que
toutes les préfectures interrogées nient avoir reçu et dont on constate bien
au fil de l¹année qu¹elle n¹est pas appliquée, et pour cause !

En effet, au moment du lancement du second mouvement soit un an après, on
apprendra comme d¹aucuns le supposaient et le dénonçaient, que cette
circulaire n¹a jamais existé en que c¹était un mensonge grossier de la CGT
destiné à faire taire ceux qui, à la rentrée 2008, voulaient continuer,
voire étendre la lutte.

Sans aucune logique on nous parlera ensuite d¹un ³second acte² sans
véritable lever de rideau. Constitué par les déboutés de la première vague,
récupérant un bon tiers des occupants de Baudelique, ce deuxième acte fait
dans le spectaculaire mais perd rapidement de son énergie et reste
strictement cantonné à Paris, petite couronne.
Pas de dépôt de dossiers, la mise en place d¹une carte de gréviste, et bien
sûr la menace bidon d¹une généralisation à toute la France... En fait : il
leur faut tenir jusqu'au congrès de Nantes, le 7 décembre.

De même que pour la première vague, ce nouvel épisode se construit sur un
préalable avec le nouveau ministre de l¹immigration : mille à 1500 dossiers
acceptés en échange d¹une amélioration de la régularisation dans le cadre de
l¹immigration choisie. Côté respect absolu de la ³légalité², on n¹aura
jamais fait aussi fort de la part de prétendus soutiens aux sans-papiers !

Avortée l¹an passé par une indiscrétion dont s¹était fait écho un blog
oppositionnel (³où va la cgt ?²), la direction confédérale tente à nouveau
son ³offensive² spectaculaire agrégeant quelques signataires croupions (plus
l¹UNSA et la CFDT habituellement invisibles dans le soutien aux sans
papiers). C¹est la fameuse lettre à Mr Fillon demandant l¹harmonisation des
pratiques préfectorales sur le territoire national !
On ne met surtout plus en cause la loi Sarkozy/Heurtefeux.

Pendant qu¹en Ile de France, le mouvement d¹occupation de sites s¹essouffle
à force d¹expulsions policières, la confédération continue à ne pas chercher
la généralisation du conflit. On demande aux seuls travailleurs sans-papiers
parisiens de se battre pour les travailleurs sans-papiers de toute la France
: un comble !

Par ailleurs, la Coordination des Sans Papiers ne comprend pas que ce
mouvement est largement nourri par ses adhérents et s¹enferme dans
l¹occupation symbolique d¹un ³ministère de la régularisation de tous les
sans papiers² qui, à l¹instar du ³ministère de la crise du logement²,
finira par une évacuation. Elle avait pourtant vocation à permettre la
généralisation du conflit !

Avec encore quelques capacités à mobiliser, l¹Ucij surenchérit sur les
manifestations organisées par la CSP 75 (où l¹on a noté la très faible
présence de soutiens) et rameute ses troupes ce 29 novembre. Elle met en
tête de manif les travailleurs encadrés par la CGT et refoule la CSP bien
loin derrière, provoquant le désengagement annoncé de celle-ci. L¹Ucij ¦uvre
clairement en soutien à la lettre adressée à Mr Fillon.


-Conclusions provisoires-
Ainsi, en deux ans de ³lutte², la CGT a fait un grand pas en arrière :
1 - en diminuant l¹ampleur de la revendication, elle est passée de la
régularisation de tous les sans-papiers à celle des seuls travailleurs
sans-papiers dans le cadre des métiers sous tension.
Il est amusant de constater que la ³circulaire Besson² est quasiment
similaire à celle dont la CGT s¹est prévalue pendant plus d¹un an, comme
dit plus haut.
Cinq ans de présence, 1 an de fiche de paie, un contrat de travail : c¹est
un véritable échec qui ne donnera des papiers qu¹à à peine 1500 des 6000
grévistes annoncés ! Ce qui est proprement scandaleux c¹est d¹avoir marché
dans ce marché de dupes.
2 - en cassant la capacité de lutte autonome des sans-papiers dont le
mouvement est pour un temps devenu un vivier instrumentalisable à ses seules
fins.
La CGT a fait un grand bond en arrière dans le soutien aux sans papiers.
De même, malheureusement, que dans tout un grand tas de domaines : remise
en cause du rôle des Unions locales, des syndicats, du fédéralisme, du
rapport de force...

Il est grand temps que les sans papiers organisent leur grève générale,
maintenant et pas dans un trimestre !
Que les sans papiers, dans toute leur diversité, se mobilisent et montent
avec leurs propres revendications, avec le dossier de leurs souffrances et
de leur peurs, avec leurs espoirs de vivre avec nous, ici !
Qu¹ils montent vers les préfectures pour demander, par dizaines de milliers,
le décret de régularisation massive et non les quelques dossiers que Besson
offrira à la direction confédérale de la CGT !
Qu¹ils sachent que nous serons à leurs côtés, comme nous l¹avons toujours
été...
C¹est le message que nous porterons aux délégués du 49ème congrès de la CGT
et que nous lançons vers tous les sans papiers.

Jacques Gurfinkiel
Secrétaire Général du Syndicat CGT de l¹OPH de Paris

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