Sarko et Cie, la république des copains et des réseaux, de Ian Hamel

Publié le par dan29000

 

 

 

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Alors que la campagne pour les élections présidentielles est presque débutée, il est particulièrement instructif de mieux connaître celui qui gouverne depuis 2007 et va sans nul doute se représenter dans quelques semaines. Qui est vraiment cet avocat d'affaires nommé Nicolas Sarkozy ? Les livres ne manquent pas sur le personnage, mais celui de Ian Hamel est fort éclairant. C'est un livre en forme d'enquête, une enquête qui part de Suisse, car on peut faire aussi le portrait d'un homme politique en faisant la lumière sur ses amis les plus proches. De Johnny Hallyday à Gstaad au milliardaire Guy Wildenstein que l'on soupçonne de planquer des centaines de tableaux de maître dans les ports francs suisses....

 

 Journaliste d'investigation, Ian Hamel est un spécialiste des services secrets et des paradis fiscaux, deux sujets bien évidemment importants lorsque l'on parle de Sarkozy. Auteur de "Et si la Suisse ne servait plus à rien ?" en 2010 chez Larousse, il nous livre ici un vaste reportage tout à fait édifiant sur ce président qui voulait en finir avec les paradis fiscaux. Combien de fois ne répéta-t-il pas qu'il déclarait la guerre aux fraudeurs ? Une posture qui ne put que faire sourire à Genève quand l'on y voit régulièrement tous les amis du chef de l'Etat...

 

 S'il est un homme lié à l'argent, c'est bien Sarkozy, et cela depuis toujours. L'argent, le gros argent est donc le trait commun de tous les proches du résident de l'Elysée...Que cela soit Vincent Bolloré dont les affaires africaines sont bien protégées par son ami le Président, à Bernard Tapie redevenu riche après sa faillitte, en passant par l'infernal couple Balkany. Sans oublier la mise sur orbite un peu trop voyante de son fils Jean avec l'affaire de l'Epad, véritable poule aux œufs d'or.

 

 Instrumentation des services secrets à des fins personnels, ferme volonté de protéger les plus riches en ne les imposant pas trop. Très symbolique de l'homme dans sa fonction, dès le lendemain de son investiture il augmente son salaire de 140 % ! . Sans doute pas un fait d'une importance primordiale dans son mandat, mais un fait qui "parle", qui nous parle. Et cela ne cessera plus. D'ailleurs tous ses biographes sont d'accord sur le fait que sa fascination extrême pour l'argent n'est pas très loin de la pathologie. Neuilly, ville ultra-riche du plus riche département de France, est à son image où il est possible de dépenser 500 000 euros par an, juste pour lutter contre les déjections canines...

 

 En Suisse la prétendue lutte contre les paradis fiscaux fit beaucoup sourire, car nombre de banquiers et hommes d'affaires savaient que depuis bien des années, l'avocat Sarkozy aidait ses riches clients à exploiter toutes les failles du système financier et qu'il fréquentait souvent la société Heyer management, société du riche banquier venu de la Banque populaire suisse, gérant les fortunes de Hallyday, JC Killy ou Belmondo. Heyer qui fut reconnu coupable d'abus de confiance, et condamné à deux ans de prison ferme. Il bénéficiera d'un sursis en raison de retards pris par la procédure pénale !

 

 Toute sa vie va ainsi être marquée par les conflits d'intérêts, s'achevant sur la venue d'un ultra-réactionniare, le célèbre Patrick Buisson issu de la "génération Occident" groupuscule fascisant où l'on trouvait à l'époque Devedjian et Longuet. Ancien directeur de l'hebdo de caniveau Minute, Buisson est actuellement conseillé de Sarkozy. Via ses deux cabinets de conseils, Plubifact et Publiopinion, il inonde l'Elysée de sondages. Certes inutiles, mais bien rémunérés, 1 474 000 euros en 2008 et 963 520 euros en 2009 ! La Cour des comptes trouve ces sondages chers, mais surtout sans appel d'offres, et surfacturés. Une sorte de gouvernance basé sur la communication que même la plainte d'Anticor, présidé par le juge Halphen, ne pourra faire condamner. Des masses d'argent public dépensées en vain alors que le gouvernement ne cesse de demander aux Français de se serrer la ceinture.

 A l'image de Sarkozy...Et des siens, comme Copé, avocat d'affaires aussi, qui collabore à un cabinet 2 ou 3 après-midi par semaine pour la modeste somme de 20 000 euros par mois, soit pour un temps plein un équivalent de 100 000 euros.

 

 Donc un livre vraiment nécessaire et qui tombe au bon moment.

 Saluons le choix judicieux de l'auteur de terminer sur une citation de Séverine Tessier, fondatrice d'Anticor, lors d'un entretien avec Ian Hamel en mai 2011 :

 

"Notre système ne fonctionne plus, toutes les barrières psychologiques ont sauté. il n'y a plus de limites. Les Français ne peuvent plus déléguer l'organisation des pouvoirs à des élus qui trahissent leurs mandats. Il faut instituer un contrôle citoyen."

 

 

  Dan29000

 

Sarko et Cie

La République des copains et des réseaux

Ian Hamel

Editions de l'Archipel

2011 / 336 p / 19,95 euros

 

Voir le site de l'éditeur, ICI

 

Lire aussi ce lundi, notre article sur le dernier numéro de SINE MENSUEL où Ian Hamel écrit...

 

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EXTRAIT / Page 9

 

Inutile ensuite de reprocher au chef de l'État de ne pas être habité par une certaine idée de la France : il n'a tout simplement pas d'idée, et surtout pas de suite dans les idées. Il peut donc en changer du jour au lendemain. Il n'est pas préoccupé par une «idée», qu'il assimile à une idéologie inutile, mais par l'opportunité, synonyme d'action. C'est l'opportunité qui lui tient lieu de vision. L'opportunité a ceci de commode qu'elle légitime par avance tous les changements de direction. Citons le bouclier fiscal, présenté comme le marqueur de son quinquennat, jeté aux orties sans état d'âme. L'élection de Nicolas Sarkozy en 2007 marque une profonde cassure dans l'histoire de notre pays. Si François Mitterrand et Jacques Chirac, ses prédécesseurs à l'Élysée, ne laissent pas forcément le souvenir d'une République irréprochable, ils avaient au moins un sens certain de l'État. Rien de tout cela chez Nicolas Sarkozy. Militant politique et avocat d'affaires, il s'est toujours mis exclusivement au service d'intérêts privés. Les sociologues Michel Pinçon et Monique Pinçon-Chariot constatent que le monde des affaires a pris le contrôle du pouvoir politique. «Le patronat industriel et surtout financier s'est payé un homme de main. Nicolas Sarkozy, qui ne possède pas un bagage intellectuel particulièrement extraordinaire, est à leur service», nous confient-ils.
Muni d'un certificat d'aptitude à la profession d'avocat (Capa) décroché avec un modeste dix sur vingt, Nicolas Sarkozy n'a pas imaginé une seule seconde prendre la défense de la veuve et de l'orphelin. Pistonné par sa mère, elle-même avocate, il entre à vingt-six ans chez Guy Danet, associé d'un grand cabinet parisien, installé dans le XVIIe arrondissement de Paris. Nous sommes en 1981, année de la victoire de François Mitterrand à l'élection présidentielle, et le jeune Nicolas Sarkozy prête allégeance aux riches, aux puissants, aux «people». Comment, un quart de siècle plus tard, une majorité de Français a-t-elle pu croire que cet avocat trivial, cynique, puéril et sans scrupules, soupçonné de «péter les plombs» régulièrement, pourrait bousculer l'ordre établi ? Comment oublier que le maire de Neuilly n'a jamais cessé de trahir ses amis, Florence d'Harcourt, députée des Hauts-de-Seine, Charles Pasqua, président de ce département, Jacques Chirac, candidat à l'élection présidentielle, et sa fille Claude ?

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