Sarkogate, espionnage, DCRI, Woerth, chasse aux Rroms, la démocratie affaiblie

Publié le par dan29000

 

 

Quand l’Elysée utilise le contre espionnage à des fins personnels et politiques

 

 



Vous vous souvenez que déjà, pour une affaire de corne-cul, le château avait plié les services publics et le contre-espionnage à ses désirs de savoir et d’intimider, sinon de punir. On avait parlé à l’époque, via l’étranger qui avait repris une information sans vérification, qu’il y aurait eu des parties de jambes en l’air très peu catholiques hors du lit conjugal pour des personnages à haut statut social et politique. Le sommet, dit en d’autres mots. Aussitôt le sang d’un des intéressés n’avait fait qu’un tour et avait demandé au services de contre-espionnage (allant jusqu’à parler de complot) de savoir d’où venaient ces informations de coucheries exotiques. Les histoires pouvaient prêter à rire, l’utilisation de la DCRI beaucoup, beaucoup moins. On s’était servi du complot parti de l’étranger pour camoufler une illégalité flagrante en défense des intérêts de la France, intérêts qui nécessitaient donc l’intervention du contre-espionnage.
Cette fois-ci le fond a rejoint la forme, et ce qui ne prêtait pas à rire par son utilisation frauduleuse des services de l’Etat au service personnel et politique du premier magistrat de l’Hexagone, aujourd’hui ne prête pas plus à rire car ce travers n’a pas été guéri, mais le fond est tout aussi inquiétant.

Il s’agit en fait de la violation d’une loi qui avait dans son essence un caractère pernicieux et dangereux. Sous prétexte de renforcer le secret des sources des journalistes, le pouvoir actuel a ajouté un cheval de Troye qui lui sert aujourd’hui de paravent pour agir dans la plus parfaite illégalité et surtout dans une dérive autrocratique et policière qui peut faire peur.

Que dit cette loi du 4 janvier 2010 ? :
est considéré comme une atteinte indirecte au secret des sources le fait de chercher à découvrir les sources d’un journaliste au moyen d’investigations portant sur toute personne qui, en raison de ses relations habituelles avec un journaliste, peut détenir des renseignements permettant d’identifier ces sources
il ne peut être porté atteinte directement ou indirectement au secret des sources que si un impératif prépondérant d’intérêt public le justifie, et si les mesures envisagées sont strictement nécessaires et proportionnées au but légitime poursuivi.

Avant de traiter de cette mauvaise aventure, il faut revenir sur ce qui autorise depuis début 2010 à loger la source. Lors du débat de cette loi, des voix s’étaient élevées contre celle-ci car elles estimaient (la preuve en est faite aujourd’hui) que d’une part la loi de 1881 suffisait largement à protéger la presse dans son métier en protégeant ses sources, d’autre part car cette nouvelle loi autorisait le pouvoir à porter atteinte au secret des sources si : un impératif prépondérant d’intérêt public le justifiait. Autant dire que c’est au bon vouloir du pouvoir. Qu’est un intérêt public prépondérant ? A quelle hauteur fixe-t-on cette prépondérance ? Qui la définit ?

Cette fois-ci l’Elysée s’est servi du contre espionnage afin de loger la source du Monde qui ne va pas se laisser faire :
Affaire Woerth : "Le Monde" va déposer une plainte contre X pour violation du secret des sources
Afin d’identifier la source d’informations parues dans Le Monde sur l’affaire Woerth-Bettencourt et de tenter de mettre un terme aux révélations sur cette enquête, l’Elysée a eu recours, courant juillet, à des procédés qui enfreignent directement la loi sur la protection du secret des sources des journalistes. En conséquence, Le Monde a décidé de déposer une plainte contre X pour violation du secret des sources.

[…]
Les 15 et 16 juillet, l’enquête préliminaire sur l’affaire Bettencourt a pris un tour déterminant avec les gardes à vue de Patrice de Maistre, le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, du photographe François-Marie Banier et de l’ex-avocat de la milliardaire, Fabrice Goguel. Ces auditions ont permis de préciser les conditions d’embauche de Florence Woerth par M. de Maistre. Le Monde a fait état de ces informations à la "une" de ses éditions datées 18-19 juillet, sous le titre "Le principal collaborateur de Liliane Bettencourt met Eric Woerth en difficulté", au-dessus d’un article signé de notre collaborateur Gérard Davet.

La publication de ces informations, à quelques jours de l’audition de M. Woerth par les policiers, prévue fin juillet a, selon des sources proches du dossier, particulièrement irrité l’Elysée. Selon plusieurs sources interrogées par Le Monde à la Direction générale de la police nationale (DGPN) ainsi qu’à la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), ordre a alors été donné à la DGPN de mettre fin aux fuites qui avaient abouti à la publication de ces informations dans Le Monde.

L’ACTION DU CONTRE-ESPIONNAGE

Les services de la DCRI, c’est-à-dire du contre-espionnage français, ont été mis à contribution hors procédure judiciaire, une quinzaine de jours avant qu’une enquête préliminaire ne soit ordonnée par le parquet de Paris, le 4 août. Ils ont d’abord cherché à cerner le profil de la source potentielle. Parmi les personnes qui pouvaient avoir accès aux procès-verbaux des auditions, ils se sont arrêtés sur un haut fonctionnaire, David Sénat, conseiller pénal de la garde des sceaux, Michèle Alliot-Marie.

Le téléphone administratif de ce dernier a fait l’objet de discrètes expertises techniques. Les identités des personnes ayant contacté ce membre de l’appareil d’Etat ont été remises à la DCRI par un opérateur téléphonique, sous forme d’un listing. C’est à cette occasion que le nom de Gérard Davet, journaliste au Monde, est apparu. La DCRI – qui a assuré au Monde avoir agi dans le cadre de sa "mission de protection des intérêts de l’Etat " – a transmis, courant juillet, ses conclusions à l’Elysée, pensant avoir identifié la source du Monde.

C’est évidemment gravissime. On ne peut violer la loi ainsi impunément. Mais cela ne s’arrête pas au seul Monde. c’est un message envoyé à toute la presse : 1 - je fais ce que je veux ; 2- vous n’êtes pas à labri de mon pouvoir ; 3- les lois m’indiffèrent ; 4- la justice laisse faire ; 5- si vous êtes une source, vous n’êtes plus à l’abri.

Vous aurez remarqué un détail : Le téléphone administratif de ce dernier a fait l’objet de discrètes expertises techniques. Les identités des personnes ayant contacté ce membre de l’appareil d’Etat ont été remises à la DCRI par un opérateur téléphonique, sous forme d’un listing. Comment un opérateur téléphonique a-t-l pu, donner sans commission rogatoire, sans ordre de la justice, un listing d’appels téléphoniques ? Cela fait furieusement penser aux écoutes illégales de tonton.

L’Elysée dément. C’est vrai que c’est devenu une pétaudière au pouvoir où les démentis pleuvent plus qu’à Gravelotte. Des circulaires qui circulent sans aller jusqu’au bureau d’un des principaux intéressés, qui ignore tout ou ment comme c’est le genre de la maison, puis qui sont soutenues par la langue de vipère, accessoirement boy exécutif aux commandes du parti majoritaire, mais plus tard désavouées par le transfuge nouvellement marié (ont-ils mis, comme le veut la tradition, une série de casseroles accrochées au pare-choc de leur décapotable, j’avais un bon fournisseur à leur proposer ?), des condamnés qui restent ministres tout en approuvant des circulaires honteuses, produits d’un discours honteux mais redoutablement efficace dans l’électorat ciblé : La cote de popularité de Nicolas Sarkozy s’envole chez les sympathisants FN (Le Point).

L’Elysée dément, mais alors comment expliquer alors ceci (Le Figaro) : La Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) a vérifié un renseignement sur des fuites dans la presse concernant l’affaire Bettencourt et saisi le parquet le 2 septembre, en mettant en cause un haut fonctionnaire, a annoncé aujourd’hui le Directeur général de la police nationale, Frédéric Péchenard. Il n’y a que deux solutions : soit ce Péchenard a agi de sa propre initiative, soit on lui a demandé de le faire. De là trois voies : Hortefeux ou Sarkozy ou Sarkozy via Hortefeux. La première hypothèse ne tient pas, ou alors ce Péchenard précède les désirs du Président de la République. Il est donc fort possible qu’à nouveau l’Elysée ait menti. Cette preuve n’est pas apportée, ni par Le Monde, ni par Médiapart, mais par le Figaro, non espionné, non poursuivi (or si le 2 septembre on poursuit un haut fonctionnaire pour avoir informé le Monde, il faudrait en faire autant pour celui qui a informé le Figaro, et qui serait un certain Guéant, avec toutes les implications que cela aurait à la tête de l’Etat).

On peut dire que c’est comme aux galeries Lafayette, au pouvoir, dans le domaine judiciaire, tout les jours il se passe quelque chose.Tapie avec à la clé un parfait mensonge de la marquise cycliste, les révélations quasi quotidiennes sur les activités prolifiques de l’Immaculé Eric, maintenant c’est à l’Elysée de refaire parler de lui. Cette justice avec un procureur Courroye qui ne veut toujours pas lâcher l’affaire, un certain Ouart que l’on retrouve très souvent, comme dans l’affaire Tapie, l’affaire Bettencourt, l’affaire Clearstream sans que rien ne l’atteigne. Une nouvelle fois donc, sans que la justice ne soit saisie, le château utilise illégalement la DRCI. C’est comme ça en Sarkoland. Je veux, je prends. Les règles, les lois, les obligations, tout ce fatras inutile, qui n’a d’autre rôle que de créer et maintenir un état de droit et non une jungle qui autorise tout du pouvoir, est fort déplacé quand il gêne Nicolas Sarkozy. En revanche pas de DCRI, pas de Courroye lançant une enquête préliminaire afin de savoir qui a transmis les PV parcellaires et tronqués de l’audition de Claire T. au Figaro. Rien. Zéro. Nada. Cette fois-ci, il n’en va pas de la défense des intérêts de l’Etat, argument suprême utilisé par l’Elysée pour tout s’autoriser. C’est évidemment un lourd dévoiement de nos institutions et une utilisation abusive des rouages de l’Etat au profit personnel et politique d’un seul, et de ses proches. Ecoutons (lisons) Eva Joly (Le Point) : L’eurodéputée Eva Joly (Europe Ecologie) a évoqué lundi un "Sarkogate" à propos de l’accusation du Monde affirmant que l’Elysée a violé le secret des sources d’un de ses journalistes travaillant sur l’affaire Woerth/Bettencourt, assertion démentie par la présidence.

"Nous avions une affaire Bettencourt qui est devenue une affaire Woerth qui devient Sarkogate", a déclaré l’ex-juge d’instruction à l’AFP.

"C’est extrêmement grave, c’est une atteinte à la liberté de la presse et c’est surtout confondre la notion des intérêts de l’Etat avec les intérêts personnels d’un parti et de quelques hommes comme M. Sarkozy et M. Woerth", a-t-elle poursuivi, demandant que "la lumière soit faite".

Mme Joly a également "tiré un parallèle avec l’affaire Clearstream" dénonçant "l’instrumentalisation de la justice". "Ici, on n’hésite pas à commander ou utiliser les services de l’Etat - en l’espèce la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) - dans l’intérêt contraire à l’intérêt de l’Etat" qui est de "découvrir la vérité".

Pour la députée européenne, "il y a une ligne directe : on souhaite étouffer l’affaire en la confiant à un procureur et pas à un juge d’instruction et on veut aussi étouffer l’enquête journalistique". C’est "un abus manifeste" et cette "nouvelle atteinte à un contre-pouvoir" est "extraordinairement grave", a-t-elle ajouté, dénonçant une "situation inquiétante pour la démocratie".

Rien à ajouter.

Si. Gare, la démocratie va mal, très mal.

 

 

 

Source : AGORA VOX / IMHOTEP 

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