Sarkozy et sa TVA à 7 % pénalise toute la chaîne du livre, tchat avec Liana Levi

Publié le par dan29000

«La TVA à 7% pénalise l'ensemble de la chaîne du livre»

TCHAT

La hausse de la TVA de 5,5% à 7% sur le livre mobilise éditeurs, auteurs et libraires qui militent pour l'abandon de cette mesure. L'éditrice Liana Levi et Yannick Poirier, de la librairie Tschann ont répondu à vos questions.

 

Francoise. La hausse de la TVA à 7% sur les livres sera-t-elle bien reportée au 1er avril?


Liana Levi et Yannick Poirier. Par un amendement présenté par le gouvernement lors du deuxième passage à l'Assemblée, effectivement, il a été décidé de le reporter au 1er avril.

Richard. Pourquoi 7%?

Parce que le gouvernement a proposé, et obtenu, après passage par les chambres, que le taux réduit ne soit plus 5,5% mais à 7%.

Théo. Dans l'univers du livre qui va être le plus pénalisé par cette future augmentation, les auteurs, les éditeurs, ou les libraires?
C'est l'ensemble de la chaîne du livre qui est pénalisée de l'auteur aux lecteurs. L'auteur, le traduction, l'imprimeur, le relieur, l'éditeur, le distributeur diffuseur et le libraire. C'est l'ensemble de la filière qui est fragilisé.

Alice. Le livre est-il un objet de consommation «ordinaire», auquel on peut appliquer des augmentations de TVA comme sur les jus de fruit, ou l'alcool, par exemple, qu'en pensez-vous?
En 81 avant Jésus Christ, les lettrés de l'empire chinois combattaient l'idée convenue de l'empereur, qui s'attaquait aux produits de première nécessité pour financer les guerres contre les Huns. Par retournement de l'Histoire et si nous étions réellement menacés par les Chinois, devons-nous, nous aussi, nous attaquer aux produits de première nécessité?
Oui, bien évidemment c'est un produit de première nécessité comme la nourriture parce que, comme elle, il contribue à la constitution pérenne de l'individu et du corps social. Que serait Bourdieu, sans le livre?

Colibris. Craignez-vous que la loi Lang sur le prix du livre soit remise en question? Ce qui fragiliserait encore plus les librairies indépendants?
Olca123. Cette première mesure de hausse de la TVA ne peut elle pas être également perçue comme un premier pas vers la remise en cause du prix unique du livre ?

Sans remettre en question la loi Lang, on remet en question l'un de ses buts: soutenir la chaîne du livre, et le tissus de la librairie. Nos inquiètudes seraient de voir une loi sans champ d'application. Mais nous nous rassurons, personne depuis Giscard, Chirac, et Mitterrand (François), à droite comme à gauche n'a voulu remettre en question cette loi.

Feuilles. L'augmentation de la TVA peut-elle avoir des incidences paradoxales de revalorisation de ce bien et à quelles conditions ? (il me semble que la question du prix du livre dans l'actualité contribue au livre)
 S'il s'agit d'une revalorisation du prix du livre, oui, bien évidemment. Et nous pouvons craindre une augmentation supérieure au 1,5 de relèvement de la TVA. Or, nous constatons depuis dix ans une grande appétence pour le poche, plus une question de coût qu'une question de goût. D'ailleurs, le panier moyen d'achat en librairie a baissé. Mais l'incidence paradoxale peut être positive, lorsque le livre convie toute la société française à réfléchir à son avenir.

Bruno. Si cette augmentation s'applique comment les libraires vont-ils répercuter cette hausse sur leur stock? Il est impensable qu'ils retournent les livres aux éditeurs, afin que ceux-ci changent le prix sur la couverture? Comment cela va-t-il se passer?
Reparlons de la chaîne du livre. Il y a 1400 imprimeurs, 8000 éditeurs, et 4000 points de vente. De ces 8000 éditeurs, 500 environ sont dans un circuit de distribution professionnelle. Les autres s'autodiffusent, et s'autodistribuent. Dans cette diversité, il est impossible de définir une conduite et de prédire quels seront les comportements.

Anaïs. La profession se mobilise-t-elle? Comment? Avez-vous quelque espoir que cette mesure d'augmentation soit finalement abandonnée par le gouvernement?

Depuis l'annonce par François Fillon du relèvement de la TVA, tous les syndicats de la filière ont manifesté leur désaccord. Quant aux parlementaires, ils se sont tellement interrogés sur cette mesure que certains d'entres eux, Hervé Gaymard et Christian Kert, ont déposé un amendement demandant le maintien de la TVA à 5,5% pour le livre papier, et l'extension de ce taux au numérique. Nous étions ravis de ce dépôt d'amendement de deux députés UMP, preuve que le livre dépasse de loin les clivages politiques. Malheureusement, trois voix ont manquées. La démonstration de cette presque unanimité en faveur de notre filière nous laisse espérer que lors du prochain collectif budgétaire nous serions entendus.

Marco. Concrètement, que représente en euro cette augmentation de 1,5% pour un livre de poche?
La question n'est pas celle de l'augmentation du prix du livre à l'unité, mais de la désorganisation de la chaîne du livre. Si on veut parler chiffre, l'Elysée estime à 50 millions le gain de TVA sur la filière. Nous estimons la perte induite par les dégâts occasionnés par cette même filière à plus de 50 millions. Sans parler du chômage induit. La facture pour l'Etat sera plus lourde économiquement.

Astran. C'est barbare, l'unique domaine où le vendeur ne peut décider du prix qu'il pratiquera, du coup pas de concurence, les livres restent chers...
Depuis la loi Lang l'augmentation du prix du livre est de 1% par an. C'est-à-dire beaucoup moins que l'augmentation du coût de la vie. Vous pourriez croire que laisser aux libraires la possibité d'augmenter lui-même les prix lui permettrait de juguler l'augmentation de ses charges, c'est oublier que sans une loi-cadre le petit libraire aurait disparu sous le dumping de la grande chaîne. L'histoire du disque, il y a trente ans, nous l'a montré.

Yves. Une telle hausse peut-elle réellement mettre dans danger l'objet-livre, au profit du livre numérique, par exemple?
Le marché du livre numérique représente aujourd'hui 3%. Le livre numérique a sa place, mais elle demeurera sans doute marginale.

Marco. Donc, une mesure stupide pénalisant votre filière à court terme quant à sa mise en place effective. Bizarre toutefois que vous n'avez aucune parade pour répercuter la hausse du prix sans que cela vous pénaliser pour autant...
Elle est d'autant plus stupide, qu'elle préconise l'intervention au 1er avril, or des élections vont intervenir au mois de mai. Aussi bien dans la majorité actuelle que dans l'opposition, de nombreuses voix se sont élevées pour la contrer. Patrick Bloche (PS), Hervé Gaymard (UMP), ont demandé tous les deux le maintien de la TVA à 5,5% pour le livre. Le pire des scénarios serait que l'augmentation rentrant en vigueur le 1er avril, après tous les dégâts qu'elle aura occasionnée, soit contrée par la possible future majorité, occasionnant tout autant de dégâts. Le plus sage pour le parlementaire est de ne pas légiférer.

Mais maintenant que la loi a inscrit la date du 1er avril, nous attendons la simplicité d'un décret qui exempte définitivement la filière. Par ce tchat nous avons pu vous rendre compte que la question ne porte pas sur le prix du livre, mais sur la fragilité et la possibilité disparition d'une partie de la filière. Votre intérêt soutenu, nous laisse espérer que chaque citoyen se mobilise, merci à tous. Vous pouvez écrire à vos députés et sénateurs, sinon une pétition est en ligne sur le site de la MEL (Maison des écrivains et de la littérature).

 

Source : Libération

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