Sébastien Leprêtre, maire UMP, l'intolérance et la stigmatisation en deux arrêtés

Publié le par dan29000

 

 

Pauvreté : l’intolérance en version originale

Roms. Près de Lille, un maire UMP a interdit la fouille des poubelles. En roumain et bulgare dans le texte.


Par HAYDÉE SABERAN Lille de notre correspondante

 

 

Comment dit-on «Interdit de mendier et de fouiller les poubelles» en roumain ? Dans la banlieue de Lille, le maire de La Madeleine, Sébastien Leprêtre (UMP), vient de signer deux arrêtés municipaux destinés aux Roms, qu’il traduit en roumain et en bulgare. Il évoque «des actes de mendicité avec des enfants» et une fouille «systématique et organisée» des poubelles. Il parle d’une «réalité visible», résultat de «comportements d’individus d’origine roumaine ou bulgare». Il a fait distribuer ces arrêtés, sauf que «90% des Roms ne savent pas lire», signale Patrick Vigneau, directeur de l’Association d’action sociale auprès des Roms (Aréas) à Lille.


Aubry. A La Madeleine, où Nicolas Sarkozy a recueilli 56% des voix en 2007, l’initiative du maire est souvent bien perçue. Catherine, chef d’entreprise : «Ils éventrent les poubelles, ils ramassent rien. Nous, on paie les taxes sur les ordures ménagères la peau des fesses.» Elle n’aime pas croiser «des femmes qui donnent le sein sur le trottoir». Un homme : «Je leur ai donné une machine à café programmable, état neuf. Je l’ai retrouvée dans la poubelle. Ils auraient préféré 500 euros ? J’étais écœuré.» L’arrêté, il est pour. Pas Nicolas, employé de banque, ni David, réparateur en informatique au chômage, qui le trouve «honteux». Il raconte : «La dame qui venait là avec ses deux petits bouts, on avait lié des liens d’amitié. Elle ne tend jamais la main, toujours souriante.» Il montre une marche : «Je ne vois pas pourquoi, parce qu’elle est roumaine, elle ne pourrait pas s’asseoir là.»


«Je me devais de réagir, mais je ne suis qu’un élu local, commente Sébastien Leprêtre. Il y a une ville limitrophe et un préfet.» Il vise Martine Aubry, maire de Lille. Le campement de Roms est à 300 mètres, côté lillois du boulevard. «Pour une expulsion, il faut une demande du maire, le préfet ne peut pas agir sans. Or, elle a décrété un moratoire…» Il ajoute qu’il n’est pas en «service commandé de l’UMP, de Copé, ni de personne».


A l’Aréas, Patrick Vigneau est «indigné qu’on stigmatise une fois de plus les Roms». Dans la métropole, il distingue «les villes qui mettent à disposition des terrains d’accueil et qui financent des éducateurs» et les villes où les Roms ont «la police municipale sur le dos». Ils mendient ? «Dans leur immense majorité, ils n’ont aucun revenu. Ils mangent une fois par jour.» Ils sont environ 1 400 en «terrain spontané» dans la métropole lilloise, et 80 dans des mobile homes, «des petites unités avec des enfants scolarisés, un travail d’insertion».

«Ficelle». La préfecture accepte de financer d’autres villages, mais avec l’enveloppe de l’hébergement d’urgence, ce que refuse Martine Aubry à la tête de la communauté urbaine. Elle condamne les arrêtés de La Madeleine par la voix de son premier vice-président, Michel-François Delannoy, maire PS de Tourcoing, qui trouve «la ficelle un peu grosse, […] au moment où le gouvernement réduit les moyens du Samu social et refuse d’ouvrir une place supplémentaire d’hébergement d’urgence».

Dans le campement sans eau ni électricité, une cinquantaine de personnes commentent l’arrêté. «On n’a pas les papiers pour travailler et on ne veut pas voler», dit un homme. Une jeune femme : «Si on a un travail, on ne mendie pas et on ne déchire pas les poubelles.»

 

 

Source : Libération

 

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