Servier, le laboratoire à scandales, devrait être mis sous tutelle

Publié le par dan29000

 

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Alors que les juges pourraient mettre en examen les responsables impliqués dans le dossier du Mediator, «Libération» révèle de nouvelles défaillances graves à propos d’un autre médicament.


Par YANN PHILIPPIN, ERIC DECOUTY

 

 

 

 

 

Servier a rendez-vous avec la justice. Les trois juges d’instruction parisiens en charge de l’enquête sur le Mediator ont convoqué les laboratoires, en vue de leur mise en examen. C’est Me Hervé Temime, l’avocat de Servier, qui a lui-même annoncé la convocation. Sans en préciser la date, afin d’offrir un «minimum de sérénité» à son client, pris dans la «tourmente médiatique».

La mise en cause de Servier fait suite aux nouvelles découvertes des juges, révélées hier par Libération. Ils ont recueilli le témoignage de Jean Charpentier, un médecin affirmant que, dès 1973, ses expertises auraient été falsifiées par Servier afin d’obtenir l’autorisation de mise sur le marché (AMM) du Mediator. Le laboratoire est accusé d’avoir modifié ses propres études scientifiques pour que le Mediator soit reconnu comme antidiabétique. Et d’avoir pour ce faire ôté toute référence à l’effet coupe-faim (anorexigène) de sa molécule et à sa parenté avec l’amphétamine.

Relais. «Servier n’a pas trompé les autorités et il n’y a pas eu d’obtention indue de l’autorisation», réagissait à l’aube Me Temime. Alors que, la veille, Servier n’avait pas donné suite aux questions de Libération, le groupe a pris cette fois le relais de son avocat. «L’ensemble des données scientifiques et des études communiquées à l’administration […] n’ont jamais traduit la moindre volonté d’obtenir frauduleusement une autorisation de mise sur le marché», affirmait-il dans un communiqué. Et le labo de renvoyer la responsabilité sur le Dr Charpentier, le signataire des expertises caviardées, devenu son accusateur. «Aucune étude du professeur Charpentier n’a été modifiée. Elles [les études] ont toujours été signées par lui et sous sa responsabilité», indique le communiqué.

Le témoignage de Charpentier, s’il demeure à confirmer, renforce le soupçon de tromperie à l’égard du laboratoire. D’autant qu’un ancien chercheur de Servier qui a travaillé sur le Mediator, Jacques Duhault, a confirmé que la molécule était un coupe-faim. Ce que dément Servier depuis près de quarante ans. Duhault estime aussi que Servier «aurait pu retirer le Mediator [du marché] dès 1999».

Servier va donc avoir l’occasion de s’expliquer devant les magistrats dans le cadre de l’ensemble de l’enquête ouverte «pour tromperie aggravée, homicides et blessures involontaires, et escroquerie».

Irène Frachon, la pneumologue à l’origine de l’affaire du Mediator, a dénoncé la stratégie «diabolique» de Servier : «C’est terrifiant d’apprendre ça et de le lire de la bouche des […] premiers chercheurs du Mediator.»«Ça ne fait que confirmer ce que nous savions. Qu’il y ait eu tromperie, j’en suis persuadé depuis le premier jour», a réagi Dominique Michel Courtois, président de l’association de victimes Avim, qui va déposer «300 nouvelles plaintes» en septembre.

«Confiance». Les politiques ne sont pas en reste. Le socialiste Jean-Marie Le Guen, soutien de François Hollande et médecin, a demandé la «mise sous tutelle du groupe», ainsi que «la mise sous séquestre des biens de M. Servier et de la fondation qu’il a créée», pour garantir l’indemnisation des victimes. De son côté, Eva Joly (EELV) a souhaité que cette mise en examen «permettre de faire toute la lumière sur les conflits d’intérêts qui minent la confiance des Français et des Européens dans leur système de santé».

Le député UMP Arnaud Robinet a appelé Servier «à dire la vérité une bonne fois pour toutes. Nous avons attendu trente-trois ans pour prendre conscience de la catastrophe sanitaire du Mediator, nous ne pouvons perdre plus de temps !»

Un autre front judiciaire menace le laboratoire Servier. Libération révèle les conclusions d’un rapport d’inspection de l’Agence européenne des médicaments sur le système de pharmacovigilance du labo (lire ci-dessous). Il conclut que Servier a caché aux autorités de santé des cas d’effets secondaires du Protelos, médicament contre l’ostéoporose. Ce document accablant est aujourd’hui entre les mains des juges.

 

 

 

Source : Libération

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