Si on taxait l'immobilier de luxe pour lutter contre l'habitat indigne

Publié le par dan29000

 

Taxer l’immobilier de luxe pour lutter contre l’habitat indigne

« Faire participer [les riches acheteurs] au financement des programmes de rénovation de logements insalubres serait une mesure de justice, qui, au-delà du symbole, permettrait d’augmenter considérablement les moyens consacrés à la requalification de l’habitat ». Par Mathieu Hanotin, député PS de Seine-Saint-Denis et vice-président du conseil général.

 

 

 




Quelle est cette société dans laquelle des appartements de luxe se vendent à plus de 10 millions d’euros, quand à quelques kilomètres de là, des gens meurent dans l’incendie d’un immeuble insalubre?

Quelle est cette société où la spéculation immobilière a pris le pas sur le droit de tous à se loger décemment?

Quelle est cette société où des individus dépourvus de scrupules s’enrichissent sur les victimes de la précarité et de la crise du logement?

Il y a quelques semaines, 3 personnes perdaient la vie dans l’incendie d’un immeuble insalubre dans le centre-ville de Saint-Denis. Ce drame insupportable est, une nouvelle fois, la conséquence de la crise du logement qui oblige de nombreuses familles à accepter n’importe quelles conditions pour se loger.

A Saint-Denis, on compte plus de 5 000 logements insalubres. Cela signifie plus de 5 000 familles qui vivent dans un logement qui met leur santé et leur sécurité en danger. Ce sont des enfants qui tombent malades à cause des moisissures ou du plomb. Ce sont des familles qui s’entassent dans des deux-pièces. Ce sont des locataires qui vont chercher de l’eau aux fontaines publiques car ils n’ont pas l’eau courante. Pour ces logements indignes et dangereux, ils doivent payer des loyers exorbitants, parfois plus de 40 € le mètre carré. Ce sont des propriétaires occupants, victimes des agissements des marchands de sommeil qui organisent la dégradation des immeubles pour forcer ceux qui restent à vendre leur bien pour une bouchée de pain.

La spéculation sans entraves sur l’immobilier, et le désengagement du précédent gouvernement quant aux constructions de logements, ont donc abouti à cette situation d’une absurdité dramatique où des millions de gens sont mal-logés, pendant que quelques-uns réalisent de gigantesques profits.

Le secteur de l’immobilier de luxe se porte bien. Les riches acheteurs sont attirés par de magnifiques appartements dans des quartiers prestigieux, par des demeures luxueuses, châteaux, villas… Certains hôtels particuliers à Paris se vendent plusieurs dizaines de millions d’euros, et environ 8 000 ventes par an se font à un montant supérieur à 1 million d’euros. Certains de ces biens se vendent 40 000 euros le mètre carré. Cet affolement des prix, qui ne correspond à aucune réalité, est nuisible à l’ensemble du marché immobilier.

A l’opposé, les opérations de requalification de l’habitat indigne prennent du temps. Les coûts de la rénovation, de la démolition, de la reconstruction et du relogement des occupants sont très élevés. L’urgence de la situation au regard du nombre de logements concernés nécessite un engagement exceptionnel. Le projet de budget pour 2013 permet une augmentation des ressources de l’Agence Nationale pour l’Habitat (ANAH), qui prend en charge une partie de la lutte contre le logement insalubre. Mais on peut aller plus loin, inventer des solutions nouvelles qui permettront d’amplifier l’action de la puissance publique. La lutte contre le logement indigne doit devenir grande cause nationale.

Les acheteurs, très fortunés, de l’immobilier de luxe peuvent être mis à contribution. Beaucoup d’entre eux ne résident pas en France, soit parce qu’ils sont étrangers, soient parce qu’ils sont exilés fiscaux.

Les faire participer au financement des programmes de rénovation de logements insalubres serait une mesure de justice, qui, au-delà du symbole, permettrait d’augmenter considérablement les moyens consacrés à la requalification de l’habitat. Ceux qui disposent de revenus tellement confortables qu’ils peuvent acheter de luxueuses propriétés doivent faire preuve de solidarité à l’égard de ceux dont les conditions de logement sont indignes. C’est le sens de la création d’une taxe sur l’achat d’immobilier de luxe.

Les ressources nouvelles générées par cette taxe iraient entièrement au financement des programmes de rénovation urbaine. Elle toucherait tous ceux qui achètent un logement pour un montant supérieur à un million d’euros. Son montant serait progressif en fonction du prix de vente. On éviterait ainsi les effets de seuil qui constituerait une aubaine pour échapper à la taxe.

Le logement est un droit fondamental. Lorsque tant de personnes sont victimes de mauvaises conditions de logement, c’est la société toute entière qui en souffre. Au laisser-faire qui a prévalu ces dernières années, il faut y substituer la solidarité nationale. C’est la condition pour sortir de la crise du logement et améliorer la vie de millions de nos concitoyens.

 

 

SOURCE/ MEDIAPART

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