Siné en interview pour Paris-Match, tout arrive !

Publié le par dan29000

sine-small-copie-1.jpgPour la première fois, un livre retrace les soixante ans de carrière du trublion qui a agacé de Gaulle, choqué les bonnes mœurs... et retrouvé une seconde jeunesse. 

Interview François Lestavel - Paris Match

Paris Match. Comment est née cette rétrospective ?
Siné. Il y avait eu un tel tapage au moment de ma rupture avec “Charlie Hebdo” que mes éditeurs ont trouvé que c’était l’occasion idéale de faire découvrir mon parcours, et de réaliser des bénéfices ! J’étais connu des gens de mon âge, mais pour les jeunes, j’étais un peu “has been”.

Avez-vous participé à l’élaboration de ce livre ?
Pas du tout, j’ai trop de boulot ! J’ai demandé à un copain, François Forcadell, de s’en charger. Je lui ai donné les clés de chez moi et il a fouillé dans les milliers de dessins que je conserve. Tout est dans une même pièce, entassé en désordre. J’ai juste relu le résultat final pour m’assurer qu’il n’y avait pas d’erreurs.

Pourquoi un anar comme vous a-t-il commencé dans la pub ?
Quand je suis sorti de l’école Estienne, je n’avais pas encore l’idée de faire de l’humour. Comme pour tous les dessinateurs de l’époque, la pub me tendait les bras. Je croyais que j’y terminerais ma carrière. Le déclic a été Saul Steinberg. Il a révolutionné le dessin d’humour, montrant qu’on pouvait faire autre chose que de l’Almanach Vermot. J’ai alors suivi sa voie, mais il m’a fallu cinq ans pour m’imposer.

Ce sont vos fameux chats qui vous ont apporté la célébrité...
C’est dingue ! Tout le monde me parle encore d’eux, des années après. Parfois, ça m’agace car j’ai juste trouvé le gag des charades – chat-noine, chat-sœur – puis pris le dictionnaire. Je ne me suis pas fatigué ! En trois semaines, c’était bâclé, et ça a eu un tel succès que mes félins ont été déclinés en assiettes, en poupées... Si ça s’était passé aujourd’hui, j’aurais gagné un fric fou, alors qu’à l’époque je suis tombé sur des truands qui sont partis avec mes droits d’auteur.
Les vedettes étaient accessibles

Comment avez-vous fait pour rencontrer autant de célébrités dans votre vie ?
J’ai eu du pot car, à l’époque, les vedettes étaient accessibles : il suffisait d’aller au bistrot pour parler avec elles. Avec Prévert, ça a marché tout de suite, il m’a présenté d’autres copains à lui : Raymond Queneau, Boris Vian. J’ai rencontré Jean Genet avec qui j’ai longuement correspondu, et filé des dessins cochons à Michel Simon qui était un fana d’érotisme. C’était un vrai bonheur !

“Siné massacre”, neuf numéros, neuf procès. Vous n’en avez jamais eu marre d’avoir affaire à la justice ?
Non, car je ne risquais pas grand-chose. Les juges n’avaient pas envie de se ridiculiser en s’acharnant sur un humoriste. J’écopais en général d’une amende équivalant à 1 000 euros d’aujourd’hui. Je ne suis passé qu’une fois à la barre pour outrage aux mœurs et Roland Dumas m’a défendu gratuitement. Les dessins en cause étaient stupides, mais ils pourraient passer maintenant dans “Le Figaro” en première page sans susciter d’émotions.

La censure a-t-elle évolué ?
En France, la censure n’existe pas. On publie ce qu’on veut et après on est puni ou pas. Chez nous, jamais un journaliste n’a fait de tôle. A “Siné Hebdo”, on n’a encore eu aucune inculpation, pas même de menace. Pourtant, on est allé loin... On a insulté le président en couverture et c’est passé comme une lettre à la poste.

Avoir été viré de “Charlie Hebdo”, est-ce que cela n’a pas été une chance pour vous ?
C’est ce que tout le monde me dit ! Pourtant, je bosse comme un dingue, mais ça me réussit car je suis sous oxygène seize heures par jour ; c’est euphorisant et ça me donne une pêche incroyable. Parfois, j’en donne un peu à ma femme quand elle se sent mal...

Souhaiteriez-vous que “Siné Hebdo” vous survive ?
Oui. Pour le premier anniversaire, je viens d’ailleurs de confier la couverture à Berth. Delfeil de Ton m’a envoyé un mail inquiet : il croyait que j’étais malade ! Mais désormais, à chaque fois qu’un dessinateur aura une meilleure idée que la mienne, il décrochera la une. J’attaque la deuxième année avec l’envie de passer le relais. Ça me ferait plaisir de rester l’éminence grise du journal, puis de disparaître sur la pointe des pieds.

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