Sortir du nucléaire, la crise : Stéphane Lhomme licencié s'explique

Publié le par dan29000

Réseau "Sortir du nucléaire" :
surmonter de toute urgence la crise interne
Par Stéphane Lhomme


Membre du Réseau "Sortir du nucléaire" depuis 1999, administrateur suppléant puis titulaire
jusqu'en 2002, salarié depuis. Fondateur de l'association Tchernoblaye (Gironde) en 1999.
Le Réseau "Sortir du nucléaire" traverse une grave crise interne. En particulier, certains ont
  voulu me licencier, employant à cet effet des méthodes que l'on croyait impossibles chez nous et n'exister que chez les gens que nous combattons (le lobby nucléaire). Pour autant, il est
  nécessaire - et possible - de remettre notre beau Réseau en état de marche et de reprendre de plus belle notre lutte salutaire contre le nucléaire civil et militaire.


Partie 1 : la crise


  Le 8 décembre dernier, j'ai reçu de Philippe Brousse, directeur administratif du Réseau, une "convocation pour un entretien préalable" dans le but de me licencier.
  Dans la foulée, un groupe de salariés du Réseau, principalement ceux qui travaillent avec Philippe Brousse au local de Lyon, s'adressaient de façon "spontanée" au Conseil d'administration (CA) en ces termes : "Dans le cas où le CA s'opposerait à la démarche de notre directeur et DRH, nous serions conduits à déposer un préavis de grève illimitée". En clair; si je n'étais pas licencié, ils se mettaient en grève illimitée !


Tentative de licenciement express


  Le 16 décembre, au cours d'une réunion téléphonique, Philippe Brousse échoue de peu à obtenir qu'une décision de licenciement soit prise en toute urgence (alors que le CA était encore sous le choc de la démarche des salariés-grévistes). Pour un peu, j'étais "licencié express" par e-mail et téléphone.
Pressions sur le CA
  Pour contraindre le CA à me licencier, un groupe de salarié a donc menacé de se mettre en grève illimitée, et Philippe Brousse a annoncé qu'il mettait "son poste en jeu : si je n'étais pas licencié, il démissionnait… ce qu'il n'a bien finalement fait : il s'agissait donc seulement d'une pression morale sur le CA.
Le CA résiste
  Le 3 janvier, le CA réuni physiquement à Paris décide, après avoir entendu Philippe Brousse puis moi-même, de repousser le licenciement : "Le CA a été surpris d’être mis devant le fait accompli d’une procédure de licenciement à l’encontre du chargé de communication Stéphane Lhomme, engagée par le DRH. Le CA a pris acte que le DRH est soutenu par les salariés qui menacent d’un préavis de grève illimitée. Le CA rappelle qu’il est l’employeur de Stéphane Lhomme et qu’il est seul habilité à décider de son licenciement."


Une grève "historique"


  Neuf salariés se sont alors effectivement mis en grève. Il s'agit peut-être d'un fait unique dans l'Histoire du salariat, pourtant complexe : de mémoire de syndicalistes, il n'y aurait pas de précédent d'une grève de salariés pour faire licencier un autre salarié n'ayant aucun rapport hiérarchique (je ne suis en effet le supérieur hiérarchique de personne dans le Réseau).


Des prétextes pour me licencier
  Pour "justifier" le licenciement, Philippe Brousse a construit un dossier à charge aux ficelles grossières, n'évoquant pas les divergences d'orientation (cf plus loin) et essayant de me faire passer pour un infâme personnage. Un seul exemple : le dossier explique que, le 24 novembre 2009 à 8 h 09, j'ai envoyé un e-mail à Philippe Brousse lui demandant "Tu te crois habilité à agir comme une police politique ?" Le dossier ne précise bien sûr pas que, la veille, Philippe Brousse m'avait accusé d'être un "négationniste climatique".
  Mon "tort" ? Avoir diffusé sur la revue de presse Rezo-actu (dont je suis en charge) un article du quotidien suisse Le Temps évoquant le "Climategate". Cette affaire a d'ailleurs été évoquée sur la plupart des médias…


Les états d'âme de certains salariés
  Pour "justifier" leur participation à la tentative de licenciement contre moi, les 9 grévistes ont prétendu que je les empêchais de travailler quotidiennement (e-mail de Nadège M du 16 décembre à 18h24). Or, il faut savoir que je travaille à mon domicile, en Gironde, à 600 km du siège ! Et que la plupart des grévistes ne sont pas inscrits sur la liste internet "CA" (liste qui regroupe les membres du CA et quelques rares salariés). Or c'est sur cette liste qu'ont effectivement eu lieu des discussions enflammées en particulier à propos de l'appel
  Ultimatum climatique (voir plus loin). Bien sûr, personne ne peut expliquer par quel biais mystérieux je pourrais bien porter tort à ces salariés…


Le fin mot de l'histoire : des divergences de fond…
  En réalité, ce sont des divergences politiques (au sens premier du mot) qui expliquent cette tentative de se débarrasser de moi sous de faux prétextes. En substances, certaines personnes voudraient faire du Réseau "Sortir du nucléaire" une organisation plus policée, plus consensuelle, moins radicale. Quitte à ce qu'elle soit moins antinucléaire. Pour ma part, avec beaucoup d'autres, je considère que la mission première du Réseau est de porter haut et fort le flambeau de la lutte antinucléaire. Ces divergences se sont cristallisées fin 2009 autour de l'appel Ultimatum climatique.… et des salariés surmenés
  En juin dernier, à la demande de Xavier Rabilloud (assistant de direction), les salariés ont été invités à mettre leurs difficultés par écrit. Il en est clairement ressorti un état général de surmenage, un stress permanent, une pression continuelle à travailler dans l'urgence, un épuisement réel. Il n'était alors aucunement question des "tourments" que je serais parait-il en mesure de leur infliger…
Mon contrat de travail est très clair
  Certains salariés me reprochent de bénéficier d'un statut privilégié et demandent à ce que je sois placé sous le commandement de Philippe Brousse. Or mon contrat de travail, signé en 2002, précise bien que je travaille "selon les instructions données par le Conseil d'administration". Il est d'ailleurs plus que jamais impensable que je sois placé sous la tutelle de Philippe Brousse dans la mesure où il vient d'essayer de me licencier. Si certains salariés ne sont pas satisfaits de leur statut ou de leurs conditions de travail, ils n'ont qu'à demander
des améliorations au lieu d'essayer de dégrader ma situation !


  Ultimatum climatique et licenciement
  L'appel Ultimatum climatique demandait à M Sarkozy de "prendre la tête de la lutte contre le changement climatique", mais sans préciser qu'il ne fallait pas utiliser le nucléaire (alors que, justement, M Sarkozy ne cesse de promouvoir le nucléaire pour "sauver la planète"). Des discussions enflammées (pour ou contre signer cet appel) ont eu lieu sur la liste CA en octobre et novembre, à la suite de quoi… Philippe Brousse, favorable à cet appel contrairement à moi, a essayé de me licencier. Par ailleurs, par e-mail du 20/11 à 11h17, la salariée NS écrivait "Nous sommes plusieurs salariés du réseau à être accablés par le retrait du réseau
  d’Ultimatum climatique". Enfin, les deux administrateurs les plus décidés à me licencier ont aussi voté en faveur de cet appel. Il est clair que ce sont les partisans d'Ultimatum climatique (et de façon générale partisans d'un Réseau "soft") qui ont voulu me licencier, sous des prétextes autres (et inventés).


Des échanges enflammés
  La signature de l'appel Ultimatum climatique a été obtenue par la ruse et par des méthodes injustifiables. Il s'en est logiquement suivi des échanges virulents sur la liste CA et lors d'une réunion téléphonique. On m'accuse d'avoir "agressé" mes contradicteurs et "outrepassé mon rôle de salarié". Je rappelle d'abord que la quasi-totalité des salariés grévistes ne sont pas inscrits sur cette liste et n'ont pas participé à cette réunion téléphonique. Qui plus est, ce sont trois salariés (Charlotte M, Philippe B et Xavier Rabilloud) qui ont mené la lutte pour ultimatum climatique. Eux n'auraient pas "outrepassé leur rôle de salariés ?" Pire, ils ont argumenté de façon très agressive.


Surmonter de toute urgence la crise interne
Prendre en charge les débats de fond
  Il est naturel que des désaccords surgissent sur la façon de conduire l'association. Par contre, il est intolérable de chercher à éliminer (au besoin en les licenciant) ses contradicteurs. Il faut absolument que, dans le Réseau "Sortir du nucléaire", soient organisées des discussions démocratiques sur le fond, associant au maximum les groupes adhérents, afin que les orientations mises en oeuvre correspondent à la volonté du plus grand nombre et, si possible, soient élaborées au consensus.


Continuer à travailler ensemble
  Il est évident que c'est mieux d'être amis pour travailler ensemble mais, heureusement, ce n'est pas obligatoire. De fait, bien que certains aient essayé de me licencier, je suis prêt à continuer à travailler avec tous les administrateurs et tous les salariés. Je n'ai d'ailleurs pas cessé de le faire, malgré la période très difficile que j'ai traversée, sous la menace d'un licenciement. Je n'oublie pas ce qui s'est passé, mais il est prioritaire d'aller de l'avant pour faire réussir le Réseau et faire avancer le combat contre le nucléaire.


Continuer à faire connaître le Réseau "Sortir du nucléaire"
  Dans le cadre des mes missions, je continue chaque jour à mettre en avant le Réseau "Sortir du nucléaire", à essayer de le faire connaître le plus largement, en particulier en le faisant apparaître dans les divers médias.
  Cela permet de toucher de nombreux citoyens et, avec d'autres moyens (manifestations, campagnes, etc), d'essayer d'élargir encore notre audience.
  Nous, membres du Réseau "Sortir du nucléaire", sommes dépositaires d'une lutte historique. Nous devons perpétuer le combat de dizaines de milliers de courageux citoyens qui, depuis 50 ans, agissent manifestent, et résistent malgré les coups de matraques, les gaz lacrymogène, les arrestations. Allons de l'avant !


Stéphane Lhomme

 


   
   
 

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