Suicides : France Télécom toujours en ligne de mire

Publié le par dan29000

Suicides : France Télécom en ligne de mire

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Entre 2008 et 2010, 52 suicides et 28 tentatives ont été recensés au sein du personnel de France Télécom Orange.
La souffrance au travail dans l’entreprise a atteint des sommets, quand le 9 octobre 2010, le ministre du Travail saisit la direction départementale du travail pour une inspection générale de France Télécom. Parallèlement, la fédération SUD PTT porte plainte contre France Télécom, les autres fédérations se portent partie civile.

Un rapport accablant
Le rapport de l’inspectrice du travail désignée pour cette enquête est sans appel. L’ex-entreprise publique a connu deux trains de privatisations : une première ouverture du capital en 1997, une privatisation totale en 2003. Dans les deux cas, ces modifications fondamentales de statut se sont accompagnées, au nom de la désormais sacro-sainte règle du dividende maximal, de restructurations de plus en plus brutales et impitoyables.

Le rapport de l’inspectrice du travail souligne : « Ainsi, les effectifs de France Télécom sont passés de 161 700 salariés en 1996 à 103 000 en 2006 »1. Le changement fondamental de culture d’entreprise, le passage des usagers du téléphone aux clients « Orange », l’abandon du service public au profit de la sélection des clients les plus « rentables », la priorité donnée au développement commercial au détriment des métiers techniques, la baisse de qualité assumée au nom de la rentabilité, la dette colossale née d’une bulle spéculative du secteur des télécommunications qui a détruit en se dégonflant des dizaines de milliers d’emplois dans le monde, tous ces éléments sont constitutifs et préparent la crise dramatique des années 2008-2011.

Une organisation du travail délibérément destructrice
Les conclusions du rapport sont décisives : l’inspectrice démontre que l’organisation du travail mise en place notamment avec le plan dit « Next »2 en 2005-2008, est pathogène. Elle souligne une forme organisée de harcèlement moral collectif assumé en tant que tel par la direction de l’entreprise et les individus qui la composent. Les déclarations officielles des dirigeants recommandent à leurs managers une augmentation de la productivité de 15 % en trois ans autour de deux axes : la suppression de 22 000 emplois en France et la priorisation des métiers commerciaux. « Faire vite, faire vite, faire vite », tel est le leitmotiv des dirigeants. 10 000 personnes doivent changer de métier : l’âge moyen, faute de recrutement, est déjà élevé dans l’entreprise. Les salariés qui occupent des métiers techniques ont souvent dépassé la quarantaine, voire la cinquantaine. Ils sont très compétents, connaissent fort bien leur job, sont fiers de leur technicité, de leur savoir-faire, de leur esprit d’équipe. Du jour au lendemain, ils vont se retrouver sur des plateaux de vente par téléphone, où les « consignes » défilent devant leurs yeux, où ils ne sont censés prendre aucune initiative, où ils sont mis en concurrence avec de jeunes recrutés au profil opposé.

« Réussite » des pratiques de la brutalité patronale, le plan Next impose 14 500 mobilités, dont 7 500 vers des métiers prioritaires. Le tout dans une atmosphère de harcèlement dont tous les salariés ont gardé un souvenir effaré dans l’entreprise : une pub par jour sur leurs écrans, les incitant à aller vers un métier prioritaire ou à quitter l’entreprise pour gagner des secteurs de la fonction publique, faire de l’essaimage ou autre plaisanterie. Des chefs débarquant dans les services pour expliquer que le « coût » du travail était insupportable et qu’il fallait supprimer en un an trois MU3 sur les 20 du service.

Alertes répétées des représentants du personnel
Ces mesures ont été mise en œuvre de manière unilatérale : pas de consultation du comité central d’entreprise sur l’ensemble du plan, pas de négociations sur la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences. Un accord signé par la seule CFTC a été annulé du fait de l’usage du droit d’opposition par SUD et la CGT, majoritaires à eux deux. Les attendus mettent clairement en cause la stratégie de la direction de l’entreprise. De nombreuses réunions de CHSCT dans cette période témoignent de l’alerte systématique données par les élus, sur la situation psychologique de détresse des agents, sur les « pétages de boulons » réguliers, sur le stress et ses conséquences en termes de dépressions nerveuses et prises d’anxiolytiques. Les comptes-rendus des CHSCT de l’époque sont accablants.

En 2009, l’inspecteur du travail de Rouen, examinant le document unique d’évaluation des risques professionnels, constate que le risque « en lien avec l’organisation du travail est aussi important que le risque incendie ». Il rappelle alors au directeur régional que celui-ci est tenu de « prendre les mesures nécessaires pour protéger la santé physique et mentale des salariés ».

Ouverture d’une instruction
C’est autour de cette question fondamentale que tourne aujourd’hui l’enquête pénale ouverte contre France Télécom et contre ses principaux dirigeants. Un lien direct est en effet établi entre l’organisation du travail et les suicides. Les risques graves pour la santé des agents avaient été identifiés. Aucune mesure n’avait été prise par les dirigeants pour les éviter. Leur responsabilité est donc pleinement engagée ainsi que celle de l’entreprise.
Le 10 avril 2010, le procureur du tribunal de grande instance de Paris décide d’ouvrir une information judiciaire pour harcèlement moral et désigne deux juges d’instruction spécialisés en santé publique qui devront, après enquête et auditions de salariés de l’entreprise, décider s’il y a lieu ou non de renvoyer les dirigeants de France Télécom devant la justice.

Pour la première fois, la justice considère qu’il y a lieu de mener une instruction qui met en cause directement le caractère pathogène de l’organisation du travail, désigne des responsables et diligente une instruction dont l’une des premières mesures spectaculaire a été, jeudi dernier, la perquisition des locaux de l’entreprise. Un précédent qui doit servir tous les combats pour la reconnaissance des risques psychosociaux dans l’entreprise. La Poste ou Pôle Emploi sont de tristes imitateurs en la matière qu’il faut arrêter le plus vite possible !

Hélène Viken

1. Effectifs comptabilisés sur le territoire français, sachant que par ailleurs, devenue une multinationale, le groupe comprend près de 200 000 salariés dans le monde.
2. Nouvelle Expérience des télécommunications.
3. MU : « moyen utilisé », manière élégante de désigner les salariés.
(Photothèque Rouge/Drean)

 

Source : NPA

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aec 22/04/2012 01:18


 


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