Suisse : De quoi ce référendum est-il le nom ?

Publié le par dan29000

Dimanche dernier, les suisses votaient. C'est une bonne habitude chez eux. Il suffit de recueillir 100 000 signatures et hop, un référendum. Là il y en avait même deux. L'un des deux est d'ailleurs passé à la trappe dans les médias. Faut-il rappeler que les habitants devaient aussi s'exprimer sur le fait d'interdire les exportations de matériel  de guerre. Cela était proposé par un groupe pacifiste existant depuis 1982, appuyé par les socialistes et les Verts. Rappelant par là que la Suisse avait une longue histoire de neutralité et de tradition humanitaire. Là aussi la population a dit NON, pas question de toucher au fructueux commerce des armes de guerre. Que nenni !
Il semble donc que la vue d'un minaret leur fasse plus peur que la vue d'un missile. Certes les missiles, c'est ailleurs, pas pour la Suisse. Mais les minarets, c'est aussi ailleurs. Il n'y en a que quatre dans toute la Confédération !
Alors de quoi est- ce le nom ce résultat de référendum qui sent bon le moisi ?
C'est le nom de plusieurs choses, toutes très vilaines.
C'est d'abord le nom de la peur. La peur symbolique.
Peur d'un objet de culte, le minaret. Les clochés on connait bien, on vit dans leur ombre depuis des siècles, en Suisse ou en France. Le minaret c'est plus étrange, donc plus menaçant, toujours aussi phallique certes, mais c'est une symbolique étrangère. Celle d'une autre culture, et dans autre culture il y a autre, c'est là la difficulté pour ceux qui pensent sans leur cerveau. Alors quand un vague sentiment de peur se fait jour, il suffit qu'une force politique d'extrême droite, telle l'UDC, entre en action pour que la peur se propage par vagues sournoises. 
Et si la peur est toujours mauvaise conseillère, elle construit de "bonnes" majorités. Ecoutons Sarkozy chez nous. Il vient de lancer la campagne électorale sur un triptyque de choc, les trois i : Immigration, insécurité et identité (nationale) ! Bush durant de longues années à jouer aussi avec la peur, rationnelle ou irrationnelle. Au besoin on peut aussi la créer de toutes pièces. Parce qu'avec quatre minarets dans un pays, c'est pas facile d'avoir peur. Et 400 000 musulmans perdus dans plus de sept millions d'habitants, difficile là encore d'avoir peur !
C'est aussi le nom de la xénophobie.
Un cancer qui progresse, lentement mais hélas surement, en Europe depuis quelques années. Le parti italien néo-fasciste, la Ligue du nord, a maintenant des postes dans le gouvernement de Berlusconi. En Allemagne, au début des années 90, plusieurs foyers d'accueil pour immigrés avaient brûlé. Incendies volontaires prouvèrent les enquêtes. Plusieurs grandes villes allemandes connurent aussi des actes racistes mortifères dont la communauté turque était la cible.
Il suffit hélas de déchiffrer les résultats des élections un peu partout en Europe depuis dix ans pour voir que les partis néo-fascistes ou populistes ont le vent en poupe. La xénophobie progresse et la chasse aux Roms, dans plusieurs pays, devient un "sport" barbare courant. Tout cela étant renforcé parfois par une xénophobie d'Etat, dans les discours officiels, dans les circulaires, dans les lois. Et la France des Sarko, Hortefeux, Raoult souffle sur les braises du racisme ambiant, exacerbé par la crise économique mondiale.
C'est aussi le nom du "bouc émissaire".
Une vieille pratique de temps de crise dans le monde entier, et en particulier en Europe. Quand il y a crise importante, le temps n'est pas favorable aux minorités. L'identité de peau, de sexe ou de religion est favorable à être montrée du doigt. Un doigt inquisiteur qui va stigmatiser celui qui n'est pas dans le "mainstream", immigré, homosexuel, dissident ou...épicier à Tarnac. Ou même encore plus surprenant, Prix Goncourt 2009.
Certes on a raison de mettre au ban la Suisse, cette Suisse moisie, dont Ziegler ce matin avait honte sur France Info. Mais, en France, est-on certain qu'un tel référendum ne donnerait pas un résultat identique ?
Certes on ne craint rien de ce côté. Même quand plus de 2 millions de français veulent un référendum sur la Poste, le  pouvoir royal de l'Elysée nous demande de circuler. Rien  à voir. Et puis nous n'avons ici que dix minarets pour 62 milllions d'habitants. Mais nous avons déjà une police qui pratique le contrôle musclé au faciès, et parfois, cela se termine par des insultes ou des décès. Et il n'y a pas vraiment une levée de bouclier dans le pays. C'est la crise, autre chose à faire sans doute.
Alors la Suisse, hélas, n'a pas le monopole du moisi, la France est aussi atteinte et son nom est Hortefeux et Raoult. Même plus besoin des petits mot de la Le Pen family.
Le débat est presque identique quand l'on accepte une commission parlementaire sur la burqua (qui concerne 3 ou 400 femmes en France !) où l'on retrouve bras dessus bras dessous PCF et UMP ! On en reparlera activement en janvier lors de la remise du rapport. Espérons que ceux qui crient au scandale ce lundi contre les votes helvétiques ne seront pas  les mêmes  qui voudront faire une loi de stigmatisation afin de renvoyer dans leurs foyers quelques centaines de musulmanes opprimées.
ILLUSTRATIONS : AFFICHES DE LA CAMPAGNE DE L'UDC

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