Suisse : vers un revenu de base inconditionnel à 2500 francs mensuels ?

Publié le par dan29000

 

Revenu de base inconditionnel à 2500 francs mensuels?

L’idée défendue par l’initiative populaire fédérale visant à introduire un nouvel article 110 a dans la Constitution fédérale est d’instaurer un revenu de base inconditionnel. Chaque personne toucherait de l’Etat une somme minimale (2'500 francs par adulte dès 18 ans, soit le montant maximal de l’aide sociale et 625 francs par enfant), qu’elle travaille ou non. Ce revenu remplacerait toutes les prestations sociales qui s’avéreraient inférieures à cette somme (assurance-chômage, retraite, allocations familiales, rentes d’invalidité). Celles et ceux qui souhaiteraient augmenter leur pécule en exerçant une activité professionnelle lucrative, seraient bien sûr libres de le faire.

 

Quelle définition de « ne rien faire ? »

Cela peut de prime abord apparaître choquant que, par exemple, un couple avec un enfant mineur, reçoive 5'625 francs mensuellement pour « ne rien faire ». Puis, après réflexion, que signifie en réalité « ne rien faire » ? Est-ce que seul le travail rémunéré est un moyen d’agir comme citoyen, ou encore de laisser son empreinte sur terre, ou encore d’avoir la reconnaissance sociale de ses pairs ? Le postulat de l’initiative est de répondre non à ces questions. Je suis séduite par ce changement de paradigme. Pourquoi est-ce que le travail lucratif serait plus valorisé que les compétences sociales bénévoles et altruistes telles que s’investir dans des activités associatives en faveur des personnes âgées, des jeunes en rupture, dans l’éducation de ses enfants, dans l’apprentissage d’un instrument de musique, dans une recherche spirituelle, dans une démarche de réflexion philosophique ? Tout en concédant ma trivialité lorsque je m’exprime ainsi, force est d’admettre que c’est notre modèle de société capitaliste et consumériste qui a érigé le travail comme roi et comme seul manière d’exister et d’être reconnu dans ce monde. De surcroît le travail non pas comme but d’épanouissement personnel et de partage avec l’autre, mais comme seul moyen de percevoir une manne financière nous permettant de survivre dans un monde où tout se paie, tout se vend et tout s’achète.

Le droit à une existence digne et libre intrinséquemment reconnu

Or, depuis des décennies, la Suisse ne connaît plus le plein emploi, bien qu’elle soit encore bien lotie par rapport à ses voisins européens. Or, malgré les multiples révisions de l’assurance-invalidité, force est d’admettre que tous les rentiers ne pourront être intégrés ou réintégrés dans le monde du travail. Or, la rente minimale simple AVS n’atteint pas le montant de 2'500 francs mensuellement, et les allocations familiales en faveur d’un enfant pas davantage que 625 francs, puisqu’elles sont bien en-deça. Or, malgré les nombreuses révisions de l’assurance-chômage, les collectivités publiques cantonales et communales sont contraintes de prévoir des passerelles (revenu minimum d’insertion, emplois temporaires et précaires permettant de reconstituer son droit à l’assurance-chômage) pour les chômeurs en fin de droit «difficilement réinsérables », or les prestations complémentaires sont destinées à faire le joint entre l’AVS et l’AI pour permettre aux bénéficiaires d’atteindre le minimum vital.

 

A quoi bon multiplier le type de prestations sociales pour atteindre un but qui pourrait être atteint par une seule mesure : le revenu de base inconditionnel ? De plus, à la différence des prestations sociales, leurs bénéficiaires n’auraient pas un sentiment d’exclusion et de marginalisation puisque leur droit à une existence digne et libre serait intrinséquement reconnu alors qu’aujourd’hui le sentiment de faire l’aumône et d’être débiteur d’une société implacable car basée sur le travail comme source suprême de ressources financières est courant et difficilement vécu.

 

Nouvelle définition du statut social

Quant au financement, cette question n’est évidemment pas anodine. Cependant, à ce jour déjà, des milliards sont investis dans les assurances sociales et la balance faite entre les économies réalisées par la suppression ou la réduction de ces dernières et l’introduction d’un revenu de base inconditionnel devra d’abord être faite avant que de rejeter d’emblée cette initiative pour le motif grossier de son coût. Je préfère quant à moi la délicatesse de l’utopie d’un statut social fondé non plus sur le travail et l’argent, surtout si cette utopie a des chances de devenir réalité pour les jeunes générations et les futures générations.

 

Source : les quotidiennes, un regard audacieux de femmes sur l'actualité

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