Sukkwan island, un premier roman sidérant de David Vann, chez Gallmeister

Publié le par dan29000

 

 

 

 

 

Sukkwan island couv medicisNous poursuivons notre série d'articles sur des premiers romans, demain mardi avec un auteur colombien actuellement en France, Tomas Gonzalez, et ce lundi avec un jeune auteur américain encore inconnu en début d'année, et qui vient d'obtenir le prix Médicis la semaine dernière. 

Les prix littéraires ne sont pas notre tasse de thé, mais, quand parfois ils réussissent à se dégager des petits arrangements entre gros éditeurs et des renvois d'ascenseur lamentables, il peut arriver que l'on se réjouisse du résultat. Le prix Médicis est sans doute un des meilleurs depuis de longues années.

Et ce prix Médicis étranger (3 livres sont promus, un roman français, un roman étranger et un essai) cette année est en parfaite adéquation avec notre coup de coeur de l'année.

 

 

 

 

David Vann est né en 1966, sur une île en Alaska. Et son roman, le premier, est situé sur une île. Cela aide sans doute. Vann, dont on sait encore peu de choses, et c'est très bien, cela évite d'influencer notre jugement sur son roman, a parcouru 40 000 milles sur les océans. L'homme aime la mer et donc construit lui-même son catamaran afin d'effectuer un tour du monde à la voile en solitaire.

Déjà, quand on lit cela, cela donne envie de lire son bouquin. Un type qui construit son propre catamaran pour partir faire un tour du monde en solitaire, ne pas vraiment écrire de la bouillie germanopratine...

C'est un roman à trois personnages, deux hommes, un jeune et l'autre moins, et une île. En littérature, on le sait depuis bien longtemps, l'île est un lieu privilégié pour une intrigue, policière ou non. D'ailleurs, si demain vous êtes encore ici afin de lire notre article sur Tomas Gonzalez "Au commencement était la mer", il y a aussi une île...

Donc île sauvage il y a, dans le sud de l'Alaska, une île recouverte de forêts et de montagnes. Sur île, Jim le personnage principal, enfin un des deux personnages principaux, car il est vraiment difficile de dire si l'un des deux est plus important que l'autre, a décidé d'emmener son fils de treize ans afin de vivre durant toute une année dans une petite cabane isolée.

Pas courant, et déjà rien que ces prémisses de l'histoire donne vraiment envie... Jim vient de subir quelques reverts dans sa vie, et pense donc que cela sera un nouveau départ pour lui, et aussi pour son fils.

Un fils qu'il ne connait pas vraiment. Passer du temps, beaucoup de temps sur une île déserte devrait favoriser un rapprochement entre eux.

Le gamin, Roy, avait appris le trombone et le foot, avait fréquenté les cinémas et l'école du centre-ville. Comme tous les gamins de Santa-Rosa en Californie.

L'île, elle, était planquée dans un fjord, au large du détroit de Tlevak, au nord-ouest du parc national de South Prince of Wales. Un accès uniquement par bateau, ou par hydravion. Pas de voisin.

Sukkwan island, c'était son nom, elle s'étirait sur des kilomètres, sans route, sans chemin, juste une forêt épaisse, vierge, peuplée d'animaux.

Un endroit un peu irréel, et qui pourtant existait bien.

Au fil des pages vont se dessiner parfaitement les deux hommes perdus dans cette île végétale et inhospitalière. La vie ne va s'avérer facile, celle de l'un par rapport à l'autre, et aussi celle du duo face à la nature sauvage.

Le temps qui s'écoule alors va progressivement donner jour aux failles du père, failles terribles.

Peu à peu, avec un talent surprenant pour un premier roman, l'auteur transforme cette retraite choisie en un angoissant cauchemar aussi terrible qu'imprévu.

Du grand art.

De la grande et belle littérature.

Il est vrai que ce roman a une histoire, celle que nous a rappelé jeudi dernier l'auteur, lors de son passage à " La grande librairie" sur France 5. Un épisode douloureux de sa vie d'adolescent lui inspira ce roman, qui durant une douzaine  d' années chercha son éditeur en vain.

A noter que son roman est dédié à son père, James Edwin Vann (1940-1980) qui mit fin à ses jours.
Enfin il fut publié en 2008, suite à un concours littéraire, par les Presses de l'université du Massachusetts...à 800 exemplaires. Heureusement les critiques du New York lui permettent d'atteindre les 3000 exemplaires. Les droits rachetés par HarperCollins en mars dernier élargirent encore la diffusion.

Mais c'est en France que les fins limiers des éditions Gallmeister publièrent ce roman à la teneur sombre mais surprenante en janvier 2010. Assez vite les libraires firent leur boulot, puis la presse enfonça le clou, et ainsi de suite.

Résultat déjà 80 000 exemplaires vendus, hors clubs.

Bien entendu le prix Médicis va démultiplier ce succès mérité.

Gallmeister, l'an prochain, publiera le second roman de David Vann, on l'attend déjà avec impatience.

Alors si vous n'achetez qu'un seul roman cette année, ce qui serait dommage, il faut acheter "Sukkwan island". Et vous  pouvez aussi l'offrir...

Si les bons vins sont longs en bouche, les bons romans sont longs en mémoire. Celui de David Vann en fait partie.

 

Dan29000

 

Sukkwan island

David Vann

Traduction Laura Derajinski 

Editions Gallmeister

2010 / 200 p / 21,70 euros 

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David_Vann_b_w_credit_Diana_Matar_cropped_-_LOW_RES-210x264.jpgCe livre est l'un des premiers romans les plus marquants de mémoire récente.

Robert Olen Butler

 

EXTRAITS / 

Première partie

 

Ils allaient se coucher le soir épuisés, Roy ne parvenait plus à rester éveillé pour écouter son père et il réussissait parfois à oublier que son père allait mal. Il commença même à imaginer qu'il allait bien, dans la mesure où il ne pensait plus vraiment à lui. Il vivait au jour le jour, chaque journée tout entière consacrée à une activité, puis il se couchait pour se lever à nouveau, et comme il travaillait aux côtés de son père, il imaginait que son père ressentait les mêmes choses.

page 89

 

Roy leva les yeux. Son père était penché en avant, les bras sur les genoux, la tête baissée. Il se frottait le front. Il demeura ainsi longtemps. Roy ne trouvait rien à dire, alors il ne disait rien. Mais il se demandait pourquoi ils étaient là, quand tout ce qui semblait importer à son père se trouvait ailleurs. Cela ne lui semblait pas logique du tout que son père soit venu s'installer ici. Il commençait à se demander si son père n'avait pas échoué à trouver une meilleure façon de vivre.

page 112

 

PRESSE /

 

Une expérience à nulle autre pareille.
Sylvie Granotier,

LIBÉRATION

 

 

Un roman d'une force implacable dont la rigueur de l'écriture évoque celle de Richard Ford et l'intensité celle d'Hemingway. Sukkwan Island est sans conteste le roman noir de ce début d'année. Ce livre marque l'entrée brillante d'une nouvelle voix dans la littérature américaine, celle de David Vann.
Sophie Loubière,

FRANCE INFO
 

La recette Sukkwan Island ? Un père, un fils, l’Alaska et un putain de coup de théatre. Ce succès surprise constitue d’ores et déjà l’un des temps forts de 2010. Merci aux éditions Gallmeister.

TECHNIKART

 

Sukkwan Island est un cheminement bouleversant au cœur des zones les plus douloureuses de l'existence humaine. [Un] beau texte, tragique et sombre...
Yves Le Gall,

LE MATRICULE DES ANGES

Un roman à la brutalité saisissante. [...] Il y a dans ce huis clos primitif et crépusculaire des moments qui rappellent le Richard Ford de Rock Springs ou certaines nouvelles du jeune Benjamin Percy. […] C’est cette douleur d’être homme qu’il restitue dans un style franc, brut, qui saisit et secoue.
Véronique Rossignol,

LIVRES HEBDO
 

 

« Sukkwan Island, d'une noirceur maléfique, porte le trouble à l'incandescence. Magnifique. » Martine Laval,

TÉLÉRAMA

 

« Un roman hallucinant. » André Rollin,

LE CANARD ENCHAÎNÉ


« Il y avait longtemps que je n'avais lu un livre aussi fort dans son dépouillement, aussi limpide dans son
mystère, aussi étranger à toute mode, écrit avec une simplicité qui met à nu les âmes dans la blancheur polaire. » 

Dominique Fernandez,

LE NOUVEL OBSERVATEUR


« Un livre immense. Chef d'oeuvre. » Arnaud Viviant,

FRANCE INTER

 

"Admirable",

NEW YORK TIMES 

 

« Un prodigieux premier roman de l’américain David Vann. Sukkwan Island est l’un des textes les plus bouleversants que j’ai lu cette année. C’est absolument inoubliable. » Bernard Poirette,

RTL

 

Vann transcende les genres pour mieux attraper son lecteur par les tripes. [...] Sukkwan Island distille l'un des suspenses les plus insoutenables qu'il nous ait été donné de lire depuis longtemps. [...] Une découverte à ne manquer sous aucun prétexte. Christophe Greuet,

LE MIDI LIBRE
 

 

« C'est un livre qu'il vaut mieux commencer face à quelques heures de liberté, car son emprise rapide ne vous laissera aucune échappatoire. Un livre terrible, d'une force radioactive, un accélérateur du rythme cardiaque. » Geneviève Welcomme, 

LA CROIX

 

- prix des lecteurs de L'Express 2010 
- prix des Lecteurs de la Maison du Livre de Rodez 2010 
- prix Médicis étranger 2010

- lauréat du Grace Paley Prize et du California Book Award. 

Sélectionné parmi les meilleurs livres de l’année 2008 par le New York Times et le San Francisco Chronicle et parmi les meilleurs livres de l’automne 2009 par le Sunday Times en Grande-Bretagne. 

 

 

 

 

 

 

 

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