Syrie, Hama : des chars contre les manifestants, plus de cent morts

Publié le par dan29000

 

La guerre totale du régime syrien

Analyse

Les chars ont fait irruption, hier, à Hama, foyer de la contestation. Plus d’une centaine de civils ont trouvé la mort, provoquant la réaction des chancelleries occidentales, Washington en tête.


Par JEAN-PIERRE PERRIN

 

 

C’est une guerre, une guerre menée avec des chars, des mitrailleuses, des tireurs d’élite et les shabbiha, des milices de voyous, contre des populations largement désarmées, que le régime syrien a engagée dimanche dans plusieurs villes pour en reprendre le contrôle. Dans la vieille cité de Hama, au moins 100 civils ont été tués, selon la Ligue syrienne des droits de l’homme. Une vingtaine d’autres civils, la plupart touchés à la tête et à la poitrine, ont aussi trouvé la mort à Deir el-Zor, dans l’est du pays, et 6 à Harak, dans le sud. A Homs (centre), 5 autres personnes sont décédées quand des habitants sont descendus dans la rue en soutien à Hama. Le bilan total de la journée s’élèverait à près de 140 morts. «La Syrie est en sang», s’est indigné le site internet SyrianRevolution2011, moteur de la contestation.

Ramadan. La violence de l’attaque a fait réagir les chancelleries. «Je pense qu’on peut dire sans se tromper que le gouvernement syrien est engagé dans une guerre totale contre son propre peuple», a lancé un représentant de l’ambassade américaine à Damas. «Ils tuent leur propre peuple, ils envoient leurs chars dans leurs propres villes. C’est absurde. Cette guerre totale […], je crois, n’est rien d’autre qu’un dernier acte totalement désespéré. D’un côté, vous avez un prétendu mouvement de réformes, et de l’autre côté, la guerre, des attaques sans merci sur Hama et Deir el-Zor, ça n’a aucun sens», a ajouté J. J. Harder, sur la BBC.

L’assaut mené avec des blindés contre Hama, qui était assiégée depuis environ un mois, traduit la volonté de reprendre la ville avant le mois de ramadan, qui débute aujourd’hui, et devrait voir l’insurrection gagner en puissance. Comme le souligne un intellectuel syrien, qui a requis l’anonymat, «pendant le ramadan, c’est comme si chaque jour était un vendredi», le jour de la prière hebdomadaire étant celui où la contestation s’exprime avec le plus de force. Reste que la répression acharnée risque d’avoir l’effet inverse, de jeter l’huile sur le feu, les manifestants ayant montré leur détermination à ne pas arrêter leur mouvement. Des «manifestations de représailles» sont ainsi prévues chaque soir à la sortie des mosquées après les tarawih, les prières nocturnes de ramadan. Derrière l’attaque contre Hama, se devine aussi le bras de fer que le régime a engagé contre les Etats-Unis, qui, début juillet, avaient envoyé leur ambassadeur dans la ville rencontrer les émeutiers. Une façon de montrer que la cité était sous le regard américain et que sa population devait être préservée. Au contraire, Bachar al-Assad a préféré l’épreuve de force, d’où la réaction américaine. Hier soir, Barack Obama s’est dit «horrifié» par la répression qui «démontre la vraie nature du régime syrien» et a rendu hommage aux manifestants «courageux».

Damas a justifié son attaque contre Hama par la présence dans la ville de groupes armés «qui tirent de façon intensive pour terrifier la population». Faux, a rétorqué le diplomate américain : il n’y a qu’«une grande bande armée en Syrie, c’est le gouvernement». «C’est la bande armée qui pille ses propres villes, qui emplit de terreur ceux qui veulent juste manifester pacifiquement», a poursuivi J. J. Harder. Tous les événements qui surviennent à Hama sont suivis avec la plus grande attention par toute la Syrie. La ville est déjà un symbole de la lutte contre le régime depuis l’écrasement d’une révolte des Frères musulmans, qui avait fait 20 000 morts en 1982. Aujourd’hui, la répression vise toute la Syrie, y compris Damas, où 500 personnes ont été arrêtées vendredi dans une opération de ratissage dans le quartier de Qadam. On signale aussi l’enlèvement d’activistes dans les milieux intellectuels, comme Shadi Abou Fakher, chargé de production au sein de l’Office national du cinéma, disparu depuis le 23 juillet.

Piège. Ce qui est patent, c’est que la contestation commence aujourd’hui à s’organiser derrière des mots d’ordre et à coordonner ses actions. Elle a su éviter le piège du régime qui a tenté de monter une guerre confessionnelle à Homs entre sunnites et alaouites, après la découverte des corps démembrés et châtrés de plusieurs membres de cette minorité. «Si ce sont des salafistes qui ont fait ça, c’est qu’ils étaient manipulés par le régime. Le régime a perdu la partie et ne sait plus quoi faire», assure le même intellectuel. L’opposition s’est aussi gardé de répondre à l’appel lancé par une petite faction de l’armée, représentée par sept officiers, qui prétendent avoir fait défection. «Elle ne nous représente pas», a-t-elle fait savoir, craignant une manipulation du régime.

 

Source : Libération

 

Publié dans Monde arabe - Israël

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Mitsuko 02/08/2011 17:45



Et revoici la guerre totale en Syrie ...


Les chars ont  fait irruption à Hama, foyer de la contestation  ...


Je ne pensais pas que l'on pouvait se battre pendant le Ramadan ... ça m'interpelle un peu quand même ...


Il y a déjà une centaine de morts, j'espère que ça n'ira pas beaucoup plus loin ...


Je trouve cela très difficile à accepter ...



dan29000 02/08/2011 18:18



Tu as raison et personne ne doit accepter ces massacres à répétition, et le mois du ramadam qui débute, risque d'en amener hélas d'autres, vu une certaine indifférence de la communauté
internationale, moins pressée que pour la Libye...!