Syrie : portrait de deux résistantes dans la clandestinité

Publié le par dan29000

 

Syrie : deux femmes face au régime

Portrait

Suheir Atassi et Razan Zaitouneh animent dans la clandestinité deux des principaux réseaux actifs dans le pays.


Par Hala Kodmani

 

 

A peine confie-t-elle sur Facebook, ce matin d’août, qu’elle rêve de sortir de sa planque pour «voir sa mère et serrer son fils dans ses bras», que des dizaines de ses «amis» se précipitent sur la page de Suheir Atassi pour lui écrire «Sois patiente notre héroïne !» et lui promettre que «la liberté est proche». Traquée depuis sa libération sous caution en avril, l’opposante acharnée à ce qu’elle appelle «la Républicarchie Al-Assad» n’est pourtant pas loin de sa famille, comme elle le confirme en répondant à nos questions par mail. «Mais, désormais, je suis menacée de mort, et pas seulement de prison, il ne faut pas que mes plus proches sachent où je suis pour ne pas être poursuivis», explique-t-elle. Et pour cause, le mari et le beau-frère de l’avocate Razan Zaitouneh, l’autre icône de la contestation syrienne, ont eux été arrêtés en mai, et leur sort inspire «une profonde préoccupation» à l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’homme, qui affirme «qu’ils sont détenus dans un lieu inconnu pour forcer Razan Zaitouneh à se rendre».

 

Épines. Les visages de ces deux jeunes femmes sont peu connus, y compris des protestataires qui défilent sous les mots d’ordre qu’elles ont souvent lancés. Mais leurs noms, et plus souvent leurs prénoms, sont étroitement associés aux deux principaux mouvements qui mobilisent les manifestants et réclament la chute du régime de Bachar al-Assad. Suheir Atassi, 40 ans, affirme modestement être «juste membre de l’Union des coordinations de la révolution syrienne» ;tandis que Razan Zaitouneh est reconnue par les militants comme «l’inspiratrice» des initiatives communes des Comités de coordination locaux qui essaiment à travers le territoire depuis le début de la révolte, en mars.

Leur combat pour la démocratie avait commencé bien avant. «J’ai une profonde estime pour ces femmes syriennes libres, cultivées et modernes, qui s’exprimaient quand les hommes gardaient le silence !» explique Mohammad, 24 ans, militant d’une banlieue chaude de la capitale syrienne. C’est depuis le premier printemps de Damas, en 2001, que ces deux épines se sont plantées dans les pieds du régime. Le forum Jamal Atassi pour le dialogue démocratique, ouvert par Suheir au nom de son père, psychiatre, écrivain et nationaliste arabe respecté, a accueilli les débats de l’intelligentsia. «L’enthousiasme et l’humour de la maîtresse des lieux ajoutaient à l’intérêt de ces réunions», se souvient l’un des habitués du salon de cette fille d’une grande famille syrienne originaire de Homs, la troisième ville du pays. Quand Bachar al-Assad, encore tout nouveau président, donne à l’été 2001 le coup d’arrêt à un printemps qui n’a duré que quelques mois, plusieurs opposants habitués du forum sont arrêtés, dont Suheir, qui entame son premier séjour en prison.

Razan Zaitouneh, alors 24 ans, tente de les défendre à travers la toute nouvelle Association syrienne des droits de l’homme qu’elle avait créée avec d’autres juristes, mais aussi en publiant des articles courageux dans la presse arabe qui révèlent une opposante acharnée au régime. Interdite de quitter le territoire depuis 2002, la jeune avocate damascène, qui aurait pu aussi vivre confortablement de son métier, s’est consacrée à la défense des prisonniers politiques. Ses actions pour venir en aide aux familles des détenus, pour trouver les fonds afin de payer leurs avocats, pour alerter la presse mondiale sur la situation des opposants lui ont valu plusieurs prix internationaux et surtout l’estime d’une nouvelle génération de Syriens, qui se trouvent aujourd’hui dans les rues. L’un de ses derniers articles, publié par le quotidien libanais Al-Mustaqbal, est un manifeste pour la non-violence. «Oui, il y en a encore qui affrontent des fusils avec des fleurs, écrit celle qui a soufflé cette idée aux manifestants des environs de Damas. Cela peut paraître naïf et utopique à première vue. Mais les porteurs de fleurs voient cela autrement. Ils espèrent que la révolution changera bien plus que le régime.»

Saluant à son tour les manifestants pacifiques, Suheir Atassi évoque de son côté «les branches d’olivier qui défient les armes, démontrant au monde entier que les voix sont plus porteuses que la machine répressive du régime d’Al-Assad».«Je suis impressionnée par la conscience politique de ces jeunes révolutionnaires libres, et surtout par leur capacité à organiser les manifestations, à les filmer avec leurs portables pour poster les vidéos sur le site de sa coordination et aux agences de presse avec les précisions de date et de lieu», ajoute Suheir qui, cachée avec son ordinateur, envoie des messages d’encouragement aux uns et aux autres à travers la page du forum Jamal Atassi, qui n’existe plus que sur Facebook. «Elle trouve même le moyen de remonter le moral de ses amis à l’étranger», assure l’opposant Burhan Ghalioun, qui a été son professeur de maîtrise à l’université Paris-III, en 2007, soulignant que «Suheir, comme Razan, incarnent le courant démocratique et laïc auprès de toutes les composantes de la société syrienne».

 

Peuple. La popularité de ces deux figures charismatiques vient aussi de leur proximité avec leur peuple. «Ce qui m’a retenu parfois de tout lâcher dans les moments de déprime, raconte dans un article Razan Zaitouneh, c’est que je ne pouvais abandonner à son sort oum Mohamad [la mère de Mohamad, ndlr] quand elle se tape les cuisses et me demande en pleurant si son fils est mort ou vivant ou qu’abou [le père de] Bassel me pose la même question au téléphone. Je n’ai plus de nouvelles de l’un ni de l’autre depuis le début de la révolution, mais je pense à eux tous les jours», ajoute l’avocate entrée dans la clandestinité. «C’est tellement frustrant de ne pouvoir rejoindre les manifestations pour scander avec tout le monde : "Par notre volonté, nous allons te renverser Bachar !" ou "Le traître est celui qui tue son peuple !"» confirme Suheir, qui continue de signer tous ses messages par un «Rendez-vous à la liberté !»

 

Source : LIBERATION.FR

 

Publié dans Monde arabe - Israël

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Keruzien 16/08/2011 23:12



 Rassurant de voir des chercheurs dire "on ralentit", on a moins l'impression d'être des passéistes, des opposants au progrès quand on dit que tout va trop vite.



dan29000 17/08/2011 09:37



Bien d'accord avec toi, même si cela n'a pas de rapport avec la Syrie, mais je suppose avec l'article sur Slow science....!!!!!