The We and the I, un film de Michel Gondry, en salles

Publié le par dan29000


40 ados du Bronx dans un bus pendant près de deux ans, c'est de cette façon que Mchel Gondry est arrivé au bout de son dernier film: The We and the I. Le réalisateur nous parle des conditions d'un casting hors du commun, de la manière dont il a réalisé cette fiction comme un documentaire et de la bande originale de Young MC, du rap US des années 80/90.


Des lyçéens rentrent chez eux en bus, le soir de leur dernier jour de classe. S’appuyant sur un dispositif ingénieux et faussement superficiel, Michel Gondry fait tomber les masques.

 

A l’ombre d’une filmographie prestigieuse, entamée sous les arabesques scénaristiques de Charlie Kaufman (

Human Nature, Eternal Sunshine of theSpotless Mind), puis continuée sous les dorures des studios hollywoodiens (The Green Hornet) ou français (son Écume des jours, attendu pour 2013), Michel Gondry trace parallèlement une ligne plus discrète, plus ténue, peut-être la plus stimulante.

Une ligne qui passe par le documentaire (Block Party en 2005, L’Épine dansle cœur en 2009), se fraie un passage dans une drôle de brousse pédagogico-ludique (L’Usine de films amateurs, atelier de cinéma itinérant) et trouve aujourd’hui, dans la roue d’un bus lancé à travers le Bronx, une forme d’aboutissement, une synthèse parfaite entre tous les styles de son brillant dessinateur.

On retrouve ainsi, dans The We and the I, tout ce qui fait la “marque” Gondry, sans avoir pour autant la moindre impression de déjà-vu. Plutôt que de marque, il serait plus juste de parler de “république” Gondry, tant les signes n’y sont jamais figés dans un geste publicitaire, mais perpétuellement remis en chantier, objets de débats qu’on imagine intenses, entre ses jeunes acteurs (amateurs) et lui-même, entre ce “nous” et ce “je” qu’on retrouve dans le titre.

The We and the I donc, c’est d’abord un bus chargé de ramener chez eux quelques lycéens du Bronx, pour la dernière fois avant la prochaine rentrée. L’heure des vacances a sonné, la belle Laidychen prépare une liste d’invités pour sa soirée d’anniversaire, la moins gracile Teresa se fait chambrer sur ses bourrelets et sa nouvelle coupe Lady Gaga, les dragueurs draguent, les portables sonnent et les bullies (les petits durs) font régner leur loi martiale à l’arrière de ce véhicule qu’on ne quittera pas deux heures durant.

On est donc à la fois dans un teen et dans un road-movie, retrouvant tantôt la grâce de la chronique badine à la Dazed and Confused (Richard Linklater, 1993), tantôt la ferveur de l’épopée miniature à la WassupRockers (Larry Clark, 2005).

 

Organisé en trois actes (“The Bullies”, “The Chaos”, “The I”), le film avance cahin-caha, sans dramaturgie surplombante, sans scénario surécrit – qu’il est loin le temps où Charlie Kaufman tenait la barre ! –, simplement avec l’envie de donner à chacun des kids présents dans ce petit théâtre en mouvement son quart d’heure de fiction.

Ce pourrait être mineur, sympathique tout au plus, comme peut l’être un assemblage d’historiettes autonomes filmées par l’as du papier mâché. On le craint d’ailleurs, au début, lorsqu’une petite maquette du bus nous promène au son du Bust a Move des Young MC – la BO, superbe, fait la part belle à ce groupe old school du Bronx, ainsi qu’aux élégies electro de Boards Of Canada.

 

 

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