Tokyo : No Nukes Festival, le premier concert antinucléaire, à l'initiative de Ryuichi Sakamoto

Publié le par dan29000

Japon : rendez-vous avec le mouvement anti-nucléaire


Dans un hall d’exposition immense, un couple mesure la radioactivité d’une motte de terre. Au loin, on entend un guitariste s'écrier : « N'aie pas confiance ! La sécurité est juste un mot qui sonne creux ». Nous sommes au No Nukes Festival, le premier concert antinucléaire organisé à Tokyo. Créé à l’initiative de Ryuichi Sakamoto (Yellow Magic Orchestra), musicien, acteur et pionnier de la musique électronique au Japon, le festival intervient en plein milieu d’un mouvement contestataire sur le redémarrage des centrales nucléaires. Et appelle pour la première fois une vingtaine d’artistes japonais à afficher sur scène leur couleur antinucléaire. « Je suis venu pour écouter le groupe Asian Kung Fu Generation. Le chanteur a déclaré qu’il participait aux manifestations contre le redémarrage. Je trouve qu’il rocke ! », s’exclame Yoshiharu Matsui en tripotant un masque à gaz mis en exposition. 

 
 
Seize mois après la catastrophe nucléaire de Fukushima Daiichi, les Japonais ont choisi de réagir contre l’inertie de leur gouvernement. Contrairement à la France, où des personnalités du show business auraient pris la parole depuis longtemps, au Japon art et politique ne se mélange jamais. Et le nucléaire, présenté pendant un quart de siècle comme une « énergie propre et sûre » par les médias japonais, demeure un tabou à la vie longue. 

 
« Le public était un peu décontenancé au début mais maintenant ça a l’air d’aller mieux ! », sourit Ryuichi Sakamoto en regardant la retransmission live d’un groupe de punk. On y voit le public se jeter sur les barrières tandis que la sécurité court de droite à gauche. Akihiro Namba, le leader aux cheveux jaunes, prend la parole : « J’ai dit à mon père, mais pourquoi t’as laissé faire ça ? Alors maintenant c’est à nous de changer. Tous ensemble, imaginons notre futur ! ». Il porte un t-shirt frappé de l’inscription « Stop the 54 », les 54 réacteurs nucléaires construits sur l’archipel, l'un des plus sismiques au monde. 
 
 
 
« Ca fait 40 ans que les Japonais n’ont pas manifesté. Moi, je fais partie de l’ancienne génération et j’ai participé aux manifs dans les années 60 contre les bases américaines à Okinawa. A l’époque, on jetait des pavés, c’était pas comme les manifs de maintenant ! », se remémore Sakamoto. Depuis, la société s’est assagie dans un confort économique et le mot « politique » a disparu des discussions de comptoir. « C’est vrai qu’on n’est pas habitués du tout à des concerts militants, encore moins à des rassemblements antinucléaires. Le public ne sait plus trop comment réagir mais finalement la musique reprend le dessus », estime Takeo Uzawa en s’essuyant le front après un pogo. Ce trentenaire qui participe aux manifestations est très conscient du manque de réactivité de la majorité des Japonais après un problème aussi grave que Fukushima : « Les gens s’expriment sur Twitter mais n’osent pas encore parler dans les cafés ou les bars, car ça ne se fait pas d’aborder des sujets graves ». Un mutisme ambiant que les musiciens rock ont décidé de briser. « Le festival intervient 16 mois après la tragédie. Je sais que c’est tard mais franchement, c’est pas évident de se positionner en figure de proue d’un festival No Nukes. Tout le monde risque sa carrière », avoue Sakamoto. En avril 2011, Taro Yamamoto, idole du petit écran et acteur dans le film culte Battle Royale, a pris la tête du mouvement antinucléaire. Il en a recueilli un flot d’insultes sur la Toile et a dû démissionner. Un an plus tard, la décision du gouvernement de redémarrer les réacteurs de la centrale d’Oi, située sur la mer du Japon, a déclenché un regain du mouvement antinucléaire qu’on croyait éteint. Forts des 60% d’opinions en faveur de la sortie du nucléaire, les manifestants ont décuplé en quelques mois, se rassemblant tous les vendredis devant la résidence du Premier ministre. Un mouvement spontané né sur Twitter et possédant la particularité de n’inviter aucun parti politique. 
 
 
Sur la scène, Masafumi Goto, leader du groupe de rock Asian Kung Fu Generation, ouvre le festival par plusieurs chansons composées après le 11/3, symbole de l’après-Fukushima. Derrière lui, un écran géant affiche « Think », thème privilégié de cet intellectuel qui s’est improvisé rédacteur en chef d’un journal, le Future Times. Comme toute la population, Goto s’est creusé la tête pendant des mois suivant la triple catastrophe. Au soutien moral et à l’aide matérielle qu’ont apporté tous les Japonais aux régions sinistrées du tsunami, s’est ajoutée rapidement une problématique que personne n’avait jamais envisagé. Comment aider à reconstruire une région contaminée par la radioactivité ? Comment protéger les 2 millions habitants d’une préfecture, Fukushima, grenier alimentaire et énergétique de Tokyo ? Dans son journal, distribué gratuitement dans tout le Japon, Goto rapporte des témoignages collectés autour de la zone du périmètre interdit des 20 km. D’un ton neutre, ces articles appellent non pas à être antinucléaire mais à réfléchir à une solution. « Mon public est très jeune et il ne faut pas le brusquer. Comme le festival No Nukes, qui n’apporte en soi aucune solution au problème de Fukushima, il s’agit d’encourager les jeunes à penser par eux-mêmes », pose Goto. Sur le fil Ustream du No Nukes Festival, une interview en direct du maire de Futaba attire des milliers de commentaires. La ville de Futaba jouxte la centrale accidentée de Fukushima Daiichi et est devenue un no man’s land, d’où les habitants ont été évacués près de Tokyo. « Pourquoi avoir accepté les subventions du nucléaire si vous en connaissiez les risques ? », interroge un internaute. « Je ne savais pas que les habitants de Futaba n’avaient pas été tout de suite alertés par les autorités sur les dangers de la radioactivité. Je me sens profondément triste », poste une lycéenne. Après une explosion presque simultanée dans 4 réacteurs, la centrale de Fukushima Daiichi continue à libérer des particules radioactives sans qu’on puisse même y pénétrer pour faire les réparations.
SOURCE, SUITE ET FIN  MONDOMIX

Publié dans environnement

Commenter cet article

garlo 30/10/2012 16:53


les professionnels du nucléaire, les politiques et certains médias s’efforcent toujours de nous endormir. Alors on a fait une petite berceuse… http://youtu.be/xylYFdqkn6U


Here a version with english subtitles :http://youtu.be/dKOACjyOthU

dan29000 30/10/2012 17:43



c 'est certain côté endormissement ils sont forts...Merci nous allons aller voir cela et publication éventuelle dans les jours prochains...