Toulouse : des SDF en action de rue, occupent le château de Lardenne

Publié le par dan29000

« Ce sont des SDF qui ont trouvé la force de se mobiliser »

Sans-abris Action de Rue : « On a pris le château de Lardenne ! »


Après le palais des Congrès, les bureaux de Monnet-Decroix ou le gymnase de la fac du Mirail, le collectif de sans-abris Action de Rue s’est installé depuis deux semaines au château des Vitarelles dans le quartier de Lardenne. Loin de vouloir jouer à cache-cache avec les forces de l’ordre, les « réquisitionneurs » organisaient il y a une semaine une journée porte-ouverte et entendent au contraire mettre les pouvoirs publics face à leurs responsabilités.

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La château de Vitarelles, occupé par un collectif de sans-abris

Des SDF châtelains, dans un quartier très cosy

L’odeur de saucisses grillées et les notes de musique guident tout droit vers cette étonnante bâtisse marquant l’entrée du très cosy quartier de Lardenne. À l’intérieur du petit parc qui donne directement sur l’avenue de Lardenne, une cinquantaine de personnes est rassemblée pour un joyeux barbecue. Malgré les traits tirés par un mouvement qui dure maintenant depuis près d’un mois, Tarek est au four et au moulin. Et ce sans-abri de 37 ans met directement les points sur les i ; « ce qui se passe ici est un mouvement initié par les sans-abris pour les sans-abris. Plusieurs associations et structures nous soutiennent, d’ailleurs la Mairie a essayé de faire croire qu’on était manipulé, mais on s’appelle Action de Rue et c’est nous qui prenons toutes les décisions. »

Après plusieurs expulsions jugées illégales, le collectif a trouvé là un lieu symbolique dont les murs appartiennent à la Mairie. « C’était censé être la résidence de la directrice de la maison de retraite d’à côté, mais ça servait surtout d’entrepôt », explique Tarek qui considère cette « prise » comme une bataille gagnée. Le collectif a en effet de quoi prouver qu’il est là depuis plus de 48h et n’imagine pas qu’une Mairie socialiste puisse prendre la décision de les expulser de force.

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Concert dans la cour du château

Des travaux de réhabilitation ont déjà été entrepris et il est prévu qu’en plus de loger huit personnes de manière permanente, le château serve d’accueil pour les démarches administratives des sans-abris : « on veut faire un lieu de vie avec des ateliers de couture ou de peinture, on a établi des règles. Le but c’est que les gens ne s’enferment pas dans la misère ». Selon Tarek, la directrice de la maison de retraite, les pensionnaires ainsi que leurs familles soutiennent la démarche, « ça fait vraiment plaisir de voir revivre ce château, je passe tout le temps devant et je me suis toujours dit que c’était dommage que rien ne s’y passe » confirme un voisin venu par curiosité.

« Pour une fois dans ma vie, je suis sûr de ne pas me tromper »

En contact avec la Mairie, le collectif a mis par écrit le projet et espère l’obtention d’un bail précaire.  « Si on l’a, c’est le début d’une vague qui va envahir le pays, annonce Tarek. On est là pour assumer ce que l’État n’assume pas et on ne s’arrêtera pas, on pourrait squatter un pavillon avec piscine, en profiter et se faire virer mais on ne joue pas, ce qu’on veut, c’est un toit sur les sans-abris. » Et pour celui qui avoue avoir passé sa vie entre la rue et la prison, dormant longtemps dans une voiture après que sa femme se soit fait expulser en pleine trêve hivernale, pas question de voir le mouvement récupéré ; « beaucoup parlent à notre place, le DAL dit qu’il nous loge, c’est faux et ici ce n’est pas le Créa non plus, tout le monde doit prendre conscience que ce sont des SDF qui ont trouvé la force de se mobiliser. Plein de gens nous aident, mais eux ils peuvent aller en boîte de nuit le soir. »

Convaincu de faire de la politique au sens noble du terme, Tarek estime connaître les pièges à éviter : « j’ai observé et analysé des mouvements précédents, des associations nous ont fait poireauter, elles se battent depuis des années et elles n’y arrivent pas. Pourquoi ? Nous on fait les réunions et on décide entre nous, on parle de choses sérieuses, entre sans-abris, il n’y a pas de questions de pouvoir. » En prenant leur sort en main, en mettant les politiciens face à leurs responsabilités et en leur demandant simplement d’appliquer la loi en réquisitionnant les 16’000 logements vacants à Toulouse, les militants sans-abris sont fiers d’avoir inversé la tendance. « Pour une fois dans ma vie, je suis sûr de ne pas me tromper, je suis motivé du fond du cœur par une conviction ; et des ressources, j’en ai !» prévient Tarek.

Nicolas Mathé – Carré d’info, 26 mars 2012

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