Toulouse : Eva Joly met en cause, à juste titre, le rôle de Guéant

Publié le par dan29000

Eva Joly critique le rôle de Claude Guéant à Toulouse

Interviewée par Radio Orient, Eva Joly réagit pour la première fois à l’assaut contre Mohamed Merah

 

 


«Je veux ici revendiquer un peu mon ancien métier. J’ai été magistrate pendant plus de vingt ans et j’ai passé la moitié de mon temps au Parquet. J’étais responsable de l’action publique pendant des années à Evry, responsable en direct de l’action de la police. J’ai eu à faire face à des prises d’otage. Et j’ai appelé le Raid ou le GIGN. Je connais leur pertinence, je sais qu’on peut leur faire confiance mais c’était moi qui dirigeais les opérations et non pas le ministre.

Et nous sommes aujourd’hui dans une situation absurde en France car nous avons des magistrats indépendants, compétents. Nous avons un instrument d’excellence qui est le Raid, qui était en opération en Toulouse pour interpeller un tueur dangereux. Cherchez l’erreur !

Qu’a fait le ministre sur place en commentant en permanence, heure par heure, ce qui se passait ? Il a créé de la confusion. Quel est son rôle ? Ce n’est pas lui qui dirige les opérations ! C’est une violation du code de procédure pénale ! Ces opérations auraient dû être dirigées par un juge, à l’extrême limite par le Parquet.

Vous savez bien qu’en matière criminelle, l’instruction est obligatoire. Le premier meurtre remonte au 11 mars. Le délai raisonnable pour ouvrir l’instruction est déjà fini. En tout état de cause, le ministre n’y a pas sa place. Or, que voyons-nous ? Nous voyons Claude Guéant, les traits tirés. On a l’impression que c’est lui qui donne les ordres au Raid. Et ça, vraiment, c’est anormal. Et je voudrais dire à nos concitoyens que c’est dangereux parce que ça créée la suspicion sur le mode d’interpellation choisie. Les citoyens peuvent se demander pourquoi est-ce qu’ils n’ont pas choisi d’interpeller Mohamed Merah lorsqu’il sortait de son immeuble et qu’il prenait son scooter ? On aurait peut-être pu le faire avec beaucoup moins de déploiement de moyens. Est-ce qu’il n’y avait pas là une arrière-pensée politique ?

Vous pensez que c’est une opération spectacle ?

Ce que je vous dis, c’est que le fait que le ministre était présent et a donné l’impression de commander les opérations, ce qui est illégal, crée cette confusion et cette suspicion. Si aujourd’hui les citoyens peuvent se demander : « Est-ce que ça n’est pas fait pour le spectacle ? » c’est parce que le ministre était là. S’il était resté Place Beauveau, on aurait laissé le Procureur de Paris, M. Molins agir ou le juge en charge de l’enquête et ce serait judiciaire. Parce que le ministre était là, on peut se dire peut-être qu’il y a eu une forme de mise en scène. Cette situation est anormale et a fait prendre des risques aux forces d’excellence que nous avons et qui n’ont pas besoin de Claude Guéant qui, à mon avis, ne connaît pas les opérations comme les dirigeants du Raid. 

Le 22 mars 2012

 

Source : L'humanité

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françoise2 23/03/2012 11:17


bon article, on sent bien l'ex-juge d'instruction, tout cela est aberrant, et le RAID pas foutu de neutraliser un type seul dans un immeuble vide en une trentaine d'heures, pas top les supers
guerriers...Il est vrai que cela évite un futur procès, surtout avec toutes ces choses bizarres qui tombent à point pour le président...Cla sent pas vraiment bon cette pseudo démocratie de fin de
règne

dan29000 23/03/2012 11:20



pas mieux, certains demandent une enquête parlementaire, ils ont raison, une zone d'ombre cela va, mais plein de zones d'ombre, cela fait beaucoup, surtout quand on connait un peu
l'instrumentalisation de la DCRI par le président...Lire notre article sur le livre de 3 journalistes : L ESPION DU PRESIDENT, sortie en janvier dernier...