Tribunal de Cherbourg : solidarité avec les inculpés de la presqu'île du nucléaire

Publié le par dan29000

RENDEZ-VOUS DEVANT LE TRIBUNAL DE CHERBOURG LE 9 OCTOBRE A 10 H



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LA JUSTICE ATOMISE
Solidarité avec les inculpés de la presqu’île du nucléaire

 


 

En novembre 2011, un appel lancé par le collectif Valognes-Stop-Castor
invitait à venir s’opposer au régime ordinaire de l’industrie nucléaire.
Ce texte annonçait un campement pour perturber le passage d’un train
CASTOR (transport de déchets nucléaires hautement radioactifs) en
provenance de l’usine de la Hague et à destination du site de stockage de
déchets de Gorleben, en Allemagne, où l’attendaient des dizaines de
milliers de contestataires, comme chaque année à la même période depuis
une vingtaine d’années. Au même titre que les trois personnes qui seront
jugées à Cherbourg le 9 octobre 2012, nous sommes plusieurs centaines à
avoir répondu à cette proposition et à nous être rendus dans le Cotentin,
cette presqu’île du nucléaire, pour vivre une opposition concrète au
nucléaire. La lutte antinucléaire semblait en effet à beaucoup coincée
dans une impasse. A coups de slogans simplificateurs, de manifestations
ritualisées jusqu’à l’ennui, de contre-expertises sans conséquences et
d’alternatives dérisoires, elle s’est vue réduite au fil des ans à un
simple marketing. Le désastre de Fukushima nous a brusquement rappelé que le nucléaire est d’abord terrible en ce qu’il nous dépossède durablement
de nos conditions d’existence et étouffe toute aspiration à la liberté.
Quelle vie reste-il à mener un dosimètre autour du cou ?
En visibilisant la banalité des transports de matières radioactives,
l’action de Valognes a voulu rappeler qu’en France nous vivons tous à bout
portant du nucléaire, notamment dans le Cotentin1. Et qu’il est encore
possible de renouer avec des actions directes collectives et publiques
comme le mouvement antinucléaire en menait lors des luttes contre
l’installation des centrales (Plogoff, Chooz, Golfech, SuperPhénix,
Flamanville, Le Carnet pour n’en citer que quelques-unes). Le campement de
Valognes s’est donc accompagné d’un effort d’explicitation afin de
désamorcer une figure médiatique et policière -le casseur masqué- et afin
de rendre le plus largement public ce type d’action. Mais pris au jeu d’un
coup d’éclat spectaculaire, on est passé de la réunion publique au
communiqué de presse, de la presse locale aux caméras du « 20heures » et,
en chemin, de l’explicitation à la publicité. Ce glissement a amené à
désigner des porte-parole. Trois personnes durent endosser ce rôle
inconfortable au cœur d’un dispositif simpliste et abêtissant où
l’efficacité de l’action politique et l’existence d’un mouvement se
mesurent à l’aune de la couverture médiatique.
Cette exposition médiatique a offert les images dont la justice s’empare à
présent pour fabriquer des chefs. Le raisonnement du parquet est le
suivant : le rôle qu’ont joué les inculpés dans les médias prouverait leur
implication dans le collectif Valognes-Stop-Castor et les rendrait
responsables de l’organisation du campement, de la coordination des
actions sur le terrain et, par là-même, des dégradations. La justice
achève ici de faire disparaître le caractère collectif d’actes dont le
code pénal fait des délits. Pour instruire cette affaire et fabriquer ces
trois coupables, elle atomise et attribue des responsabilités
individuelles comme elle le fait jour après jour dans tous les tribunaux
de France. Il s’agit moins de criminaliser une parole publique que de
protéger la propriété privée et les intérêts de l’Etat. Rien de nouveau
sous le soleil vert d’une société entre autre nucléarisée. Dans cette
histoire, c’est la SNCF qui veut se voir rembourser 163 000 euros de
dégâts sur une ligne. Et c’est l’Etat français – producteur et exportateur
d’énergie nucléaire à l’échelle mondiale – qui voudrait retrouver le calme
et la soumission qui accompagnent d’ordinaire son florissant commerce.
Tentant de fissurer cette chape de plomb, Valognes se voulait un début.
Quelques mois plus tard, un rassemblement s’organise au Chefresnes, dans
la Manche. Il invite les opposants au nucléaire à rejoindre la résistance
à la construction de la ligne électrique à très haute tension
Cotentin-Maine. Cette fois l’action est brutalement réprimée, faisant des
blessés graves et une arrestation entraînant une condamnation à trois mois
ferme. Dans le même temps, les membres de l’assemblée du Chefresnes sont inculpés les uns après les autres ; inculpations répondant manifestement
aux multiples perturbations qu’ont connu les chantiers durant des mois et
tout particulièrement depuis Valognes… Ces tentatives d’organisation
collective n’ont pas ralenti le rouleau-compresseur de l’industrie
nucléaire et le nouveau gouvernement français n’a d’ailleurs rien perdu de
son arrogance2. Elles ont néanmoins jeté quelques bases pour recomposer
une opposition antinucléaire en France. D’une part, l’expression d’un
mouvement excluant toute illusion citoyenne et refusant toute
reconnaissance à l’Etat pour négocier une quelconque sortie du nucléaire.
D’autre part, le souci d’horizontalité et l’absence de hiérarchie dans la
prise de décisions qui ont offert la possibilité d’une action directe
collective.
Le petit théâtre judiciaire et son rythme usant ne nous feront pas oublier
les raisons du rassemblement de Valognes, dans cette région rongée par les
cancers et le silence où plus qu’ailleurs encore, le nucléaire, on en vit
et on en crève.
Solidarité avec les inculpés de la presqu’île du nucléaire et rendez-vous
au tribunal de Cherbourg avec les inculpés de Valognes, pour que ce procès
ne reste pas enfermé dans le huis clos judiciaire.

Collectif de soutien aux inculpés de la presqu’île du nucléaire
lajusticeatomise@yahoo.fr

1 Le Cotentin est une des régions les plus nucléarisées du monde : à La
Hague, une usine de retraitement des catastrophes quotidiennes qui stocke
le combustible d’une soixantaine de réacteurs ; à Flamanville, un EPR,
étendard mondial et déjà mité des centrales nucléaires françaises ; à
Cherbourg, un arsenal militaire consacré à la terreur atomique mondiale ;
à Digulleville, un centre de stockage de déchets radioactifs qui
contaminent la nappe phréatique ; partout autour, ces territoires
quadrillés, assujettis et balafrés par ces lignes « très haute tension »
(THT) destinées à alimenter le marché concurrentiel et international de
l’énergie.
2 En quelques mois, il aura nommé comme porte-parole du gouvernement
Cazeneuve -député Cogema dans la Manche depuis des lustres-, relancé la
recherche sur le surgénérateur Astrid de quatrième génération, acté le
maintien du parc nucléaire actuel, annoncé l’ouverture de la plus grande
mine d’uranium du monde à Imuraren au Niger, validé le développement de
l’EPR en France et à l’international, poursuivi la construction de la
ligne THT Cotentin-Maine etc.
Les trois inculpés sont convoqués le 9 octobre 2012 à 10 heures au
tribunal de Cherbourg pour les chefs d’inculpations suivants :

    Complicité de destruction de biens d’autrui par l’effet d’un moyen
dangereux pour les personnes.
    Incitations directes ayant provoqué un attroupement de plusieurs
centaines de personnes dont certaines étaient armées.
    Organisation d’une manifestation sur la voie publique ayant été
interdite.

Coordonnées pour envoyer les soutiens financiers :
Chèque à l’ordre de APSAJ – 6 cours des Alliés – 35000 Rennes
ou IBAN : FR76 4255 9000 5541 0200 1473 207 Code BIC : CCOPFRPPXXX
Contacts : legalteamvalognes@riseup.net


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UN TRAIN VAUT MIEUX QUE DEUX TU L’AURAS

Le 23 novembre dernier, aux alentours de Valognes dans la Manche, 800
personnes se mettaient en tête de retarder un train CASTOR de déchets
radioactifs et y réussirent. Pour la première fois depuis longtemps en
France, le mouvement anti-nucléaire reprenait le chemin de l’action
directe de masse. Il faisait entendre une voix qui ne tremble pas. Il
répondait aux dizaines de milliers d’allemands qui bloquent ce même train
chaque année depuis vingt ans. Dans la région la plus nucléarisée du pays
le plus nucléarisé du monde, ce n’était pas chose acceptable. Et puisqu’on
a coutume de passer sous silence les incidents qui ponctuent l’existence
des centrales et des installations dites de retraitement, on voudrait
aussi faire taire les opposants.

Ainsi, sur le terrain et six mois plus tard, on a lâché toute bride à la
police et le camp anti-THT de Montabot se terminait avec vingt-cinq
blessés dont trois graves. Ensuite, c’est une véritable déferlante de
procédures judiciaires qui s’abat sur tous ceux qui résistent au nucléaire
dans la région : neuf inculpés pour Valognes ; le maire du Chefresne gardé
à vue qui démissionnait en même temps que son conseil municipal ;
plusieurs procès et condamnations, dont une de prison ferme, pour
participation à la lutte contre la THT Cotentin-Maine ; pléthore de
convocations intimidantes. Cet acharnement judiciaire n’est autre que le
masque d’une attaque politique contre les ennemis du nucléaire.

Un nouveau procès aura lieu le 9 octobre 2012 à Cherbourg, contre trois
des personnes qui ont pris sur elles d’expliquer aux médias le sens de
l’initiative du camp de Valognes. Ce serait un précédent pour toutes les
luttes politiques que le simple fait de répondre à des journalistes soit
condamné sous de tels chefs d’inculpations : provocation directe suivie
d’effet à un attroupement armé, organisation d’une manifestation interdite
et complicité de destruction du bien d’autrui. Et quelles preuves pour
étayer un tant soit peu de si lourdes accusations ? Deux ou trois
interviews à BFM TV, Le Figaro ou France Soir, qui suffiraient à les
désigner comme des sortes de leaders auto-proclamés ordonnant à une armée
d’obéissants moutons.

L’opération est donc grossière. On voudrait faire en sorte que des
événements comme celui de Valognes ne puissent pas être accompagnés d’un
discours assumé publiquement. On voudrait que ceux qui y participent
soient des criminels sans phrase ou des fous irresponsables. On voudrait
absolument qu’il y ait des chefs pour nier la possibilité qu’il existe des
manières de s’organiser qui ne soient pas hiérarchiques. Ce qui est
recherché, c’est d’empêcher toute formulation intelligible d’un engagement
collectif et offensif. Ce que nous recherchons, c’est à rendre possible
l’insolente coïncidence entre des gestes et des pensées.
Ce procès ne pourra jamais paraître vraisemblable ailleurs que dans le
huis-clos ronronnant d’une salle de tribunal. C’est pourquoi nous
appellons à le déborder par le plus large soutien des trois personnes
inculpées et vous invitons à vous rendre devant le tribunal lors du procès
:

RENDEZ-VOUS DEVANT LE TRIBUNAL DE CHERBOURG
LE 9 OCTOBRE A 10 H



Collectifs de soutien aux inculpés de Valognes
legalteamvalognes@riseup.net.



Pour du soutien financier :


chèque à l’ordre de APSAJ – 6 cours des Alliés – 35000 Rennes – France
IBAN : FR76 4255 9000 5541 0200 1473 207 Code BIC : CCOPFRPPXXX

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