Trois raisons d'assassiner Troy Davis : noir, pauvre et innocent

Publié le par dan29000

 

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Manifestation de soutien à Troy Davis le 20 septembre 2011 à Atlanta (J.McGowan/AFP)

 

 

 

Noir, pauvre, innocent : trois raisons pour assassiner Troy Davis

 

 


LE PLUS. Un homme Noir condamné à mort, accusé d'avoir tué un policier blanc. Des doutes qui planent toujours sur sa culpabilité : Troy Davis est devenu un symbole. La mobilisation, dans les rues ou sur le web, permettra-t-elle d'obtenir un miracle ?

 


Paul Tian

> Par Paul Tian Fait diversier

Edité par Aude Baron   Auteur parrainé par Benoît Raphaël


 


Quand ce billet sera publié, Troy Davis sera sur le point d'être exécuté.


 

 

 

La justice a refusé sa grâce. Il sera assassiné "légalement" par une injection mortelle, mercredi, à 19h, à la prison de Jackson.

 

Alors que le monde entier imaginait que sa peine sera commuée en prison à perpétuité, le comité des grâces de Géorgie vient de décider de son exécution.

 

L’exécution, demain, de Troy Davis est tout un symbole, trente ans après l’abolition de la peine de mort en France.

 

Troy Davis vient de passer vingt-deux ans dans le couloir de la mort, après avoir été condamné pour le meurtre d’un policier blanc.

 

Un meurtre qu’il a toujours nié.

 

Troy Davis a été condamné sur la seule foi de témoins oculaires. Des témoins qui se sont pour la plupart rétractés. Ainsi sur les dix témoins qui avaient identifié Troy Davis comme le tireur, sept sont revenus sur leurs déclarations. Ces sept témoins ont évoqué les pressions policières.

 

L’arme n’a jamais été retrouvée.

 

Aucune preuve matérielle n’implique Troy Davis dans ce meurtre.

 

C’est Sylvester Coles qui se trouvait avec Troy Davis qui s’est empressé de le dénoncer à la police. Mais la police n’a jamais enquête sur lui, alors qu’il se trouvait sur les lieux du crime.

 

Oui, mais voilà aux Etats-Unis, quand on est pauvre et noir, on ne peut surtout pas avoir la possibilité d’un procès équitable.

 

Une justice à deux vitesses ?

 

C’est peine perdue ! Tout le monde n’a pas la chance d’être riche, célèbre et blanc (suivez mon regard!). L’actualité de ces derniers jours ne me contredira certainement pas…

 

La mobilisation internationale n’aura pas eu raison de la décision de la justice de l’Etat de Géorgie. Depuis quatre ans, les avocats de Troy Davis n’ont eu de cesse de démontrer les failles incroyables du dossier d’accusation.

 

Rien n’y aura fait.

 

Même pas l’adhésion de personnalités à la cause de Troy Davis comme l’ancien président américain Jimmy Carter, le pape Benoît XVI, le prix Nobel de la Paix Desmond Tutu ou encore l’ancien garde des Sceaux et père de l’abolition de la peine de mort en France, Robert Badinter.

 

Le comité des grâces de Géorgie est resté aveugle à ces appels, à cette pétition d’Amnesty International forte de 660.000 signatures.

 

Non, les membres du comité des grâces sont restés intraitables, aveugles.

 

Surtout ne me dites pas qu’on les nomme "les sages".

 

Ce sont à mes yeux des "assassins".

 

Il ne faut pas oublier que depuis 1973, plus de 140 condamnés à mort ont été innocentés. Et au moins quatre de ces innocents ont été exécutés.

 

Et ne pas oublier non plus que selon Amnesty International, le "risque d’être condamné à mort est quatre fois plus grand lorsque la victime est blanche que lorsqu’elle est noire et jusqu’à onze fois plus grand quand l’auteur du crime est un Noir et la victime blanche".

 

Si les Etats-Unis peuvent s’enorgueillir d’avoir un président Noir, certains Etats n’en non pas fini avec une justice raciste et de classe. Troy Davis ne sera certainement pas, hélas, le dernier noir, pauvre et peut-être innocent à être exécuté.

 

La justice de Géorgie en refusant la grâce de Troy Davis est honteuse et révoltante.

 

Demain, les membres du comité des grâces auront les mains sales, celles des assassins.

 

Troy Davis rejoindra peut-être dans l’Histoire Sacco et Vanzetti, ces deux anarchistes qui furent exécutés sur une chaise électrique dans la nuit du 22 au 23 août 1927, à la prison de Charlestown, dans la banlieue de Boston, malgré une mobilisation internationale et le report à plusieurs reprises de leur exécution.

 

Sacco et Vanzetti avaient toujours clamé leur innocence. Comme Troy Davis.

 

Cinquante après cette exécution, le 23 août 1977, Michael Dukakis, le gouverneur du Massachusetts devait les absoudre de leurs prétendus crimes et déclarait que "tous les déshonneurs devaient être enlevés de leurs noms pour toujours"…

 

L’Histoire se répètera-t-elle mercredi, à 19 heures, dans la prison de Jackson ?

 

Source : Nouvel obs

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