Tunisie : A quelque chose malheur est bon, par Dorra Harrar

Publié le par dan29000

Dorra Harrar

Blogueuse tunisienne. Blogue sur perception de femme.

 

Tunisie : A quelque chose malheur est bon

Je tiens tout d’abord à préciser que je suis une inconditionnelle des droits de l’homme et des libertés dans leur sens le plus large. Je ne soutiendrai dans aucun cas le projet islamiste.Toutefois, certains raisonnements me laissent perplexe. Je voudrais poser quelques questions aux artistes qui expriment leurs inquiétudes quand à la régression de la liberté d’expression avec l’avènement des islamistes au pouvoir.

Est-ce qu’il existait une liberté d’expression sous Ben Ali ? et même sous Bourguiba ? Est-ce que les cinémas n’ont pas fermé ? EsT ce que la lecture n’a pas pratiquement disparu du pays ? Est-ce que le régime Ben Ali a crée une atmosphère propice pour la création littéraire et culturelle ? L’art et la culture ne peuvent s’épanouir que dans une atmosphère de liberté et c’est certain. Alors comment se fait-il que nos artistes se sont plus ou moins accommodés avec le système Ben Ali ? A ma connaissance, nos artistes n’ont jamais mené un mouvement d’envergure pour la liberté d’expression sous le régime Ben Ali. D’une manière plus générale je me demande ce qu’on veut dire par élite dans ce pays.

J’ai toujours su « qu’élite désigne un ensemble de personnes ou un groupe d’individus considéré comme supérieur et qui exerce une influence sur la société toute entière en raison de son éminence dans tel ou tel domaine d’activité ». L’éminence pose problème, tant qu’elle reste relative et dans une atmosphère où on réprime les compétences.

Par exemple, ce qui m’a gêné personnellement dans le film de Nedia El Fani ce n’est pas le fait qu’elle remette en cause le sacré, mais la banalité de ce film dont elle a fait une affaire nationale et internationale : le titre, s’inspire du mouvement anarchiste elle a remplacé Dieu, par Allah. Côté scénario, esthétique et technique cinématographique, ce n’est pas extraordinaire, on a vu mieux : Où es la création là dedans ? Dans un pays, comme la France, où elle est allée médiatiser son « cas », les documentaires réalisés par des jeunes dans des structures de quartier, ont plus de valeur artistique. Tout est relatif c’est un fait.

Il est vrai qu’on peut pardonner tout à ses génies, mais il faut commencer par en être, un. Personne n’a jamais rien reproché à Ali Riahi, pourtant tout le monde insulte Lotfi El Bahri…Les préjugés n’expliqueraient pas à eux seuls les réactions rétrogrades. Les magouilles, les petits calculs et la médiocrité des œuvres y contribuent dans une large mesure.

Cela étant dit, je ne légitime en rien, les violences commises contre cette artiste. Mais pour la beauté, et l’efficacité du combat contre l’obscurantisme, j’aurais aimé que ce conflit, que Nadia El Fani médiatise aujourd’hui même, sur France 2, se soit fait autour d’un chef d’œuvre… Ce sont les forces obscures françaises qui médiatisent ce type d’œuvre pour des raisons électorales : l’image du musulman violent non intégrable a servi et servira la droite de Sarko qui a récupéré les champs de bataille de l’extrême droite française.

Drôle de paradoxe en prétendant lutter contre l’obscurantisme religieux, on sert l’aveuglement de la finance internationale.

Peut être, que l’avènement des islamistes au pouvoir aurait des conséquences positives : Les dangers qu’ils représentent obligeraient notre « élite » de sortir de son inertie, réagir et dépasser réellement le complexe du prince qu’on ne touche pas et qui se charge de nous biberonner à coup de subventions. Sa police se chargeant du reste. Sous Bouguiba tout comme sous Ben Ali, «l’élite» a vécu confortablement sans la liberté, elle s’est limitée aux simulacres du modernisme sans vraiment définir un vrai projet moderniste. Le peuple a identifié la liberté à ces simulacres. Pour ceux qui disent que le peuple est ignorant, je dirais heureusement pour vous, vous ne serez pas une « élite » sinon ! On ne peut pas être bête et intelligent à la fois ! Attention ne touchez pas au prince mais laissez nous critiquer le bon dieu, m’a toujours fait tristement rire.

Une élite est porteuse d’idées et de rêves sinon elle ne peut vivre que grâce au vide et aux largesses du prince. Ce prince dont l’essentiel des ressources sont des crédits qu’il a dilapidés et que le peuple paiera. Je ne sais plus qui disait « les aides aux pays sous développés c’est de l’argent qu’on prend aux pauvres des pays riches pour les donner aux riches des pays pauvres ».

L’image de l’élite s’est réduite à une bande d’arrogants pilleurs dans la mémoire collective du peuple …artistes, promoteurs et dirigeants politiques confondus.

Vous blessez le peuple et vous désespérez ceux qui croient au projet moderniste. Frustrés, ces derniers votent comme même, pour vous. Trop tard, la défaillance est structurelle…Une autre « élite » pointe le nez, le jeu devient sérieux et frontal. Le prince n’a que trop bien préparé le terrain…Les pétro dollars ont fait le reste.

La Tunisie a réussi la gageure de ses premières élections libres depuis l’indépendance. Restons positive, continuons le combat, imposons une véritable démocratie, un vrai contre pouvoir une société civile pensons à la cohésion sociale par un meilleur partage des richesses , renforçons les acquis de la république, luttons contre la corruption et banissons les courtisons et les kafafa.

Publié dans Monde arabe - Israël

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