Tunisie-Algérie-Maroc, la colère des peuples, un livre de Martine Gozlan

Publié le par dan29000

 

 

 

 

 

Tunisie algérieDans le long processus des révolutions dans le monde arabe, s'il y a des pays qui nous sont vraiment proches, ce sont bien ceux du Maghreb, et c'est pourquoi, ce choix de l'auteur nous interpelle particulièrement, au moment où plusieurs livres et films sont proposés sur ce sujet passionnant.

 

Martine Gozlan, rédactrice en chef à l'hebdomadaire Marianne, est grand reporter au Maghreb et au Moyen-Orient depuis vingt ans, auteur par le passé de "Pour comprendre l'intégrisme islamiste" en 1995 et "Sunnites contre Chiites" en 2008.

Trois pays que l'auteur de cet article connaît, trois pays très différents les uns des autres. Trois pays, et donc trois grands chapitres dans ce livre qui débute, logiquement par la Tunisie, là où le processus révolutionnaire commença.

La révolution du jasmin fut une révolution-éclair qui réussit à faire tomber une vieille dictature en moins d'un mois, entre le 17 décembre 2010 et le 14 janvier 2011. Bel exploit pour un petit pays de dix millions d'habitants. L'auteur a vécu ce soulèvement populaire que rien ni personne ne put stopper après la mort par le feu de Mohamed Bouazizi, pauvre marchand de fruits de Sidi Bouzid. Ni la répression, ni les manœuvres du RCD ou les honteuses propositions d'aide répressive d'une ministre de Sarkozy ne purent alors éteindre le feu qui emporta un pouvoir corrompu depuis vingt-trois ans. Dans les pages de cet essai, on voit disparaître la dictature paradisiaque des MAM ou Mitterrand, où sable chaud et villas de rêve faisaient les beaux jours de la jet set franchouillarde.

Sans doute, la meilleure partie du livre.

 

Suit le chapitre consacré à l'Algérie où Martine Gozlan nous rappelle à juste titre (voir la vidéo) que le peuple algérien, très jeune, est depuis longtemps un peuple contestaire où la situation politique bloquée depuis des décennies, est marquée par le recours inéluctable aux émeutes. Le pays est riche, très riche, mais la longue guerre civile dévastatrice a laissé de nombreuses et durables traces. Certes la guerre civile est finie, certes Bouteflika fit approuver par deux fois la réconciliation nationale avec les assassins de masse. La double terreur des groupes intégristes armés et de l'armée officielle demeura sans procès. Une Algérie nouvelle n'arrive pas à surgir et les "dinosaures" sont toujours bien là, en pleine fossilisation éternelle. Les Algériens, lors des derniers scrutins, votent de moins en moins, et le RCD (rassemblement pour la culture et la démocratie) de Saïd Sadi est un peu seul. Le pays est toujours de plus en plus riche et les habitants de plus en plus pauvres.

Kamel Daoud, journaliste au Quotidien d'Oran, en février 2011 :

"Nous souffrons à la fois de la fatalité religieuses, l'islamisme, et de la fatalité laïque : l'incapacité des démocrates à s'unir pour construire !"

 

Enfin le Maroc, où Mohamed VI décida en 2003 de promulguer la réforme de la Moudawana, nouveau code du statut personnel. La polygamie est impossible, la femme a le droit d'épouser qui elle veut, idem pour le divorce et conserver leur logement. L'âge du mariage fut fixé à dix-huit ans. Une vraie révolution, même si on continue à marier les très jeunes filles. Le roi demeure intouchable, tout comme ses douze palais dont l'entretien nécessite un million de dollars par jour ! On croit rêver ! Celui qui tente de passer pour le "roi des pauvres" sait formidablement gérer l'héritage d'Hassan II, avec entre autres, le fameux Omnium nord-africain (ONA). Mines de phosphate, agro-industrie, communications, assurances et grande distribution...Le budget de fonctionnement de la maison royale a augmenté de 40% en dix ans ! Sans parler de l'asphyxie de la presse et une répression toujours sanglante. La marche pacifique du 20 février 2011 dans les grandes villes du pays se solda par cinq morts.  Gageons tout de même que le Maroc ne pourra sans doute pas échapper à la vague de révoltes des pays arabes qui ne saurait se stopper bientôt.

En conclusion, le livre de Martine Gozlan est une réussite car il offre des éléments d'analyse politique et dans le même temps, des rencontres sur le terrain, celles d'un grand reporter, le mélange des deux fonctionnant parfaitement, et la lecture est aisée, permettant d'envisager un large public.

 

Dan29000

 

Tunisie-Algérie-Maroc, la colère des peuples

Martine Gozlan

Editions L'archipel

2011 / 192 p / 17,95 euros

 

Pour voir le site de l'éditeur, c'est ICI

 

Lire aussi notre article sur "La régente de Carthage" ICI

Et aussi "Dictateurs en sursis" de Moncef Marzouki LA


Enfin en juin 2011, notre site proposera une lecture de :

"Tunisie une révolution arabe" de Pierre Puchot...

 

 

 

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