Tunisie : isoler le gouvernement Ghannouchi rejeté par le peuple

Publié le par dan29000

 

 

Tunisie : Isoler le gouvernement Ghannouchi et proclamer un gouvernement provisoire

Le gouvernement Ghannouchi-Mbazaa est un gouvernement rejeté par le peuple

Depuis la chute du dictateur Ben Ali le 14 janvier 2011, son régime dictatorial se maintient à travers un processus d’intégration des rôles entre ses divers appareils, le parti du Rassemblement constitutionnel, l’appareil de police, le gouvernement Ghannouchi-Mbazaa, en coordination avec les Américains et les Français, qui œuvrent par tous les moyens à contourner la révolution et à stopper son cours à la date du 14 janvier.

 

 

 

 

Cette tentative de contournement consiste à œuvrer à garantir la pérennité du régime

Ben Ali sans Ben Ali : la première tentative de Ghannouchi a consisté à prendre la présidence en tant que vice dictateur à titre provisoire, mais elle n’a pas duré longtemps et s’est effondrée […]. La seconde tentative perdure jusqu’à aujourd’hui, qui consiste à prendre la constitution de 59 pour base de la période transitoire : c’est une tentative d’asseoir la légitimité de Foued Mbazaa dans l’appareil de la présidence et celle de Ghannouchi comme chef du gouvernement. En réalité, c’est une légitimité illusoire du fait de la perte de légitimité constitutionnelle sur laquelle elle est fondée puisque la Constitution considérée comme base du régime post Ben Ali est la même qui a perdu sa légitimité avec la chute de Ben Ali. Ce dernier l’a modifiée, à l’instar du dictateur Bourguiba avant lui, pour en faire un document établissant un pouvoir individuel policier niant toute démocratie et elle n’est plus légitime car le peuple refuse désormais refuse la présence au gouvernement d’émanations de la dictature.

L’insistance du gouvernement Ghannouchi-Mbazaa à apparaître comme le sauveur du pays et le gardien des acquis de la période de transition répondant aux revendications des masses populaires après la chute de Ben Ali s’avère une tentative de faussaire et elle est mise à nu chaque jour d’avantage pour se heurter à une opposition populaire radicale.

Les masses ne sont pas dupes de ce que le gouvernement dit de lui–même ni de ce que répètent ceux qui le soutiennent, libéraux, réformistes, opportunistes, bureaucrates syndicaux corrompus ou médias à la solde de débris du régime car la nature du gouvernement, constitué de restes du RCD, et dictée par les Américains et les Français, n’est pas un secret pour les masses qui sont déterminées à dissoudre le Rassemblement et tous les appareils de l’ancien régime.

Le refus des masses des débris de la dictature et leur foi en leur mission n’a pas pris fin avec la chute du dictateur et a contribué à isoler le gouvernement, un isolement croissant du fait du refus des masses de toutes les décisions annoncées par ce régime et des commissions qu’il a créées. Ce refus s’est révélé à l’occasion de la mise à la porte des gouverneurs RCD qui avait été désignés, lors des campagnes permanentes organisées pour chasser les responsables RCD des différentes administrations que ce soit localement, régionalement et centralement, ainsi que des ministères. De telles campagnes, même si elles ne sont pas encore généralisées pour englober tous les services de l’administration et des ministères et s’il n’en émerge pas une ligne générale méthodique et centralisée mettant en pratique de tels actes et présentant des alternatives (élection par les masses elles mêmes des gouverneurs ou des délégués par exemple ou la constitution de conseils d’auto gestion dans les municipalités), restent un indicateur précieux de la détermination des masses à achever le nettoyage du régime de Ben Ali et de ses appareils, y compris au sein du gouvernement actuel.

L’isolement croissant du gouvernement illégitime indique de toute évidence que la situation est encore révolutionnaire en dépit de l’état de latence relative de l’activité des masses comparativement aux premiers jours qui ont entraîné la chute du dictateur Ben Ali ou aux effets produits par le sit-in place de la Kasbah.

Cette latence n’est que provisoire et les masses reprendront leur activité quand elles découvriront le mensonge que sont les promesses faites par le gouvernement et l’incapacité de ce dernier à répondre à leurs revendications.

Les signes d’une impétuosité populaire de masse sont nombreux et aisément discernables en réalité. C’est la persistance des manifestations, -particulièrement dans le secteur de la jeunesse, des lycéens, étudiants et chômeurs-, des sit-in et des protestations devant les ministères et les administrations régionales, malgré leur apparence sporadique, du mouvement de grèves qui se développe jour après jour pour des revendications professionnelles et dont la majorité sont encadrées par des structures syndicales de bases ou intermédiaires et concomitantes de la dénonciation de la bureaucratie syndicale voire qui la débordent.

Nombre d’indices révèlent que la révolution est permanente, que la situation est toujours révolutionnaire et que la conscience des masses ne s’est pas résignée à accepter les débris de la dictature. La volonté des masses est solide et forte et elle dépassera à travers son expérience propre la question de son auto organisation, élément qui semble aujourd’hui la clé de tout progrès vers la réalisation de ses exigences.

Les masses découvriront par elles-mêmes et par leur expérience propre, face à l’impuissance du gouvernement Ghannouchi-Mbazaa qui n’a en réalité rien à réaliser ou a proposer sinon la répression-, que la situation des libertés arrachées sera accompagnée du développement ininterrompu de l’auto organisation ouvrière et populaire ou sectorielle sur une plate forme de revendications politiques, économiques et sociales qui ne seront pas inférieures à celles auxquelles ont appelé les masses en révolution. Par ce moyen seulement, la bourgeoisie dépendante et son appareil qu’est le gouvernement Ghannouchi Mbazaa, ou gouvernement « Feltman », se révélera incapable de satisfaire aux revendications des masses qui seront alors déterminées à l’abattre et ériger un pouvoir ouvrier populaire qui dépassera l’horizon bourgeois et couplera le politique au social et à l’économique, dépassant toutes les thèses réformistes et petite-bourgeoises […]

Le gouvernement Ghannouchi et de ses supporters a peur, de l’intérieur ou de l’extérieur, que la situation ne se transforme en une situation de double pouvoir, le pouvoir des masses de la base ouvrière et populaire légitime qui veulent voir se réaliser les revendications de la révolution et le pouvoir de la bourgeoisie dépendante qui repose sur une socle constitutionnel déchu, sur les bases du régime de Ben Ali, de l’appareil de la police et sur leurs alliés impérialistes. C’est pour cette raison que nous voyons ce gouvernement illégitime, ses alliés et ceux qui y participent, lancer manœuvres et traquenards pour stopper cette marche et la démanteler […]. La dernière initiative de la bureaucratie de l’UGTT consistant en un accord avec le gouvernement illégitime pour organiser des consultations avec tous les partis, organisations politiques, associations et structures opposées au régime de Ben Ali en vue de présenter un projet de conseil de protection de la révolution est peut-être à mettre au rang des manœuvres que nous avons citées. C’est une étape dont le but n’est autre que de pousser toutes les composantes du mouvement politique à se rendre, par la collaboration avec ce gouvernement illégitime, et à tirer ensuite le tapis sous les pieds de la composante politique la plus à gauche et la seule à avoir annoncé une initiative politique complète exprimant les revendications de la révolution, à savoir le front du 14 janvier pour casser son initiative de ce dernier.

Les composantes du front du 14 janvier se devaient, parce qu’elles considèrent le gouvernement Ghannouchi illégitime en tant que prolongement du régime de Ben Ali, et parce que leur plate forme était totalement opposée à toute invitation reconnaissant la légitimité du gouvernement, de ne pas s’inscrire dans une telle initiative et de la combattre, -c’était bien la moindre des choses-, […]

Malheureusement, toutes les composantes du Front se sont empressées de participer aux séances préliminaires convoquées par la bureaucratie de l’UGTT, l’Ordre des avocats, et la Ligue Tunisienne pour la défense des Droits de l’Homme et elles ont toutes signé un communiqué contraignant sur une position ambigue par rapport au gouvernement. Ce communiqué énonçait les tâches du Conseil proposé ainsi que sa composition, dont étaient exclus les comités populaires citoyens. En dépit de l’antagonisme flagrant entre la proposition et les revendications des masses aspirant à la chute du gouvernement Ghannouchi-Mbazaa et le soutien de la majorité des signataires au gouvernement, ce dernier ne l’a pas acceptée, -Néjib Chebbi et Ahmed Brahim s’empressant de la rejeter et de considérer que ce projet était attentatoire à la volonté des masses.

Le refus de la proposition confirme que le gouvernement manœuvre pour arriver à d’avantage de concessions et je ne crois pas que son refus du projet ne soit pas concomitant de propositions pour l’amender et le vider encore d’avantage de tout contenu […]

Accentuer l’isolement du gouvernement Ghannouchi

Pour la proclamation d’un gouvernement provisoire

L’hésitation de diverses composantes du mouvement démocratique et progressiste,– y compris de ses composantes de gauche au début de la révolution et avant la chute du dictateur Ben Ali –, à rejoindre le mouvement populaire, eu égard à leur absence d’ancrage dans les rangs du peuple et leur faiblesse structurelle aux causes multiples, […] est toujours de mise jusqu’à aujourd’hui. Ce front d’opposition large n’a pas été en mesure de tirer les leçons de la révolution, est resté éloigné des masses et il n’a pas su s’ancrer en leur sein ni lutter avec elles sur une même base.

La constitution du Front du 14 janvier était une étape importante dans la voie de la révolution car il s’agissait de l’union d’un Front de gauche progressiste sur un programme politique alternatif au gouvernement de la dictature, mais ce qui a été accompli jusqu’à aujourd’hui dans le cadre de ce front n’a pas été à la hauteur des espoirs. Ce front est resté depuis sa fondation loin de son incarnation dans ses tâches, imposées par la situation réelle en lien avec le programme qu’elle s’est assigné.

Le front du 14 janvier s’est donné pour tache de faire tomber le gouvernement Ghannouchi, de former un conseil national de protection de la révolution désignant un gouvernement provisoire jouissant de la confiance du peuple et préparant l’élection d’une assemblée constituante dont serait issu un gouvernement reflétant le pouvoir du peuple ; il a appelé à la dissolution du Parti du Rassemblement et à la confiscation de ses biens, de ses locaux, de ses avoirs financiers et de toutes les structures illégales en place et du conseil suprême de la magistrature, il a appelé à briser la structure politique de l’ancien régime, à dissoudre l’assemblée des députés et des conseillers ainsi que l’appareil de la police politique et de traduire en justice tous ceux dont il est établi qu’ils ont pillé les biens du peuple et ont commis des crimes à son endroit, de saisir les biens de l’ex famille au pouvoir, de leurs proches et de ceux qui lui sont liés par opportunistes ; or ce front est aujourd’hui incapable de traduire son programme par la pratique et de se transformer […] pour poursuivre et diriger la révolution.

Aujourd’hui, le font du 14 janvier doit en tirer les leçons, abandonner son cours hésitant, négociateur, faire redémarrer la mobilisation et en revenir à une pratique de pression des masses sur le gouvernement, de coordination avec les comités populaires et les conseils de protection de la révolution, les syndicats et l’organisation des chômeurs et pousser dans le sens d’une maturation des circonstances pour la réalisation de ses tâches dont la première est de faire tomber le gouvernement illégitime Ghannouchi-Mbazaa.

Aujourd’hui, le Front du 14 janvier doit rejoindre le mouvement populaire, affirmer à nouveau ses exigences et les réorganiser pour parvenir à réaliser le congrès national de protection de la révolution, proclamer le gouvernement provisoire et commencer les préparatifs de l’élection de l’Assemblée constituante.

L’avenir de ce front dépendra de sa capacité à dépasser le stade de l’effet d’annonces. On en attend la réalisation des tâches qu’il s’est assignées et qui ne sont que la révolution menée à son terme. C’est par cette voie qu’il acquerra une crédibilité et regroupera autour de lui les masses sans lesquelles il se transformera en une alliance politique hésitante impuissante, incapable d’agir et d’influer sur la réalité.

Béchir Hamdi

Tunis, 18 février 2011



* Traduction d’extraits ni revue ni corrigée par l’auteur de la version en arabe, Luiza Toscane.

 

Source : ESSF

Publié dans Monde arabe - Israël

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