Tunisie : le RCD doit être dissout, par Hamma Hammami (PCOT)

Publié le par dan29000

 

«Le parti de Ben Ali doit être dissous», estime le communiste Hammami

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Pierre Puchot / MEDIAPART

De notre envoyé spécial en Tunisie

 


Le gouvernement provisoire annoncé lundi 17 janvier aura tenu moins de 24 heures. Mardi, trois ministres ont annoncé officiellement leur décision de quitter le gouvernement. Trois autres envisageaient de le faire. La faute, notamment, aux quatre postes clés accordés à des cadres du Rassemblement constitutionnel démocratique, le parti de l'ancien président Ben Ali.

Alors que les Tunisiens manifestaient encore mardi matin pour la dissolution du RCD, l'une des revendications de l'Union générale des travailleurs tunisiens (UGTT, unique centrale syndicale), à laquelle sont affiliés les trois ministres démissionnaires, demeure l'élargissement des concertations à l'ensemble des forces démocrates, de gauche comme celles issues de l'islam politique. Opposant historique, plusieurs fois emprisonné sous le régime de Ben Ali, encore arrêté le 14 janvier dernier et relâché le jour de la fuite du président, Hamma Hammami, le dirigeant et porte-parole du parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT, toujours interdit officiellement), appelle, comme l'UGTT, à la dissolution du RCD et à l'élection d'une assemblée représentant tous les partis et acteurs associatifs, pour élaborer une nouvelle constitution. 

 

 

Comment accueillez-vous l'annonce de la démission de plusieurs ministres, moins de vingt-quatre heures après la formation du gouvernement tunisien ?

Lundi déjà, le PCOT a exprimé son refus de ce nouveau gouvernement, parce qu'il ne répond pas aux aspirations du peuple tunisien. Les manifestations avaient d'ailleurs commencé lundi avant même l'annonce de la composition du gouvernement, pour dire qu'on ne voulait pas du RCD, ni d'un gouvernement qui poursuive le «benalisme» sans Ben Ali. Outre le PCOT, de nombreuses forces démocratiques, syndicales, de gauche et des militants des droits humains, les jeunes qui ont été si actifs sur Facebook..., tous ont été tenus à l'écart des discussions pour constituer ce gouvernement. Nous ne voulons pas de cette confiscation de cette révolte populaire.

C'est la rue qui a fait pression sur les ministres, par le biais notamment de l'Union générale des travailleurs tunisiens. Car c'est la direction de l'UGTT qui a pris la décision de se joindre à ce gouvernement d'union nationale, sans consulter les bases syndicales, qui, du coup, ont fait savoir leur mécontentement. Ce matin, c'est donc sous la pression considérable de sa base que l'UGTT a décidé son retrait du gouvernement.

Le parti islamiste historique d'opposition, Nahda, a, comme le PCOT, été tenu à l'écart des tractations gouvernementales. Quelles conclusions en tirez-vous ?

Avant Nahda, avant le PCOT, c'est le peuple tunisien qui a été marginalisé. Les médias du RCD et certains milieux essaient de faire croire qu'il n'y a que le PCOT et Nahda qui ont été mis de côté, pour dire : «On a simplement tenu à l'écart l'extrémisme religieux et l'extrême gauche.»  Encore une fois, ce sont toutes les forces politiques et associatives non reconnues qui sont aujourd'hui en dehors du processus. La vérité, c'est que le peuple tunisien ne veut plus du RCD, car il ne veut pas seulement le départ du dictateur, mais aussi de la dictature. Dans les manifestations, les gens scandent d'ailleurs ce slogan : «Ben Ali est en Arabie saoudite, et ici, c'est toujours la même bande.»

Que demandez-vous concrètement aujourd'hui ?

Une nouvelle assemblée constituante, et la dissolution des piliers fondamentaux de la dictature, qui sont toujours en place. C'est bien sûr le RCD, qui doit être dissous, car il est responsable de nombreux crimes économiques, racket, chômage de masse dus à l'abandon des politiques sociales, et bien sûr politiques, avec la torture et les massacres qu'il a commis tout long de ces dernières années. Le Parlement est une chambre fantoche, et les grands représentants de l'administration, de l'appareil judiciaire, doivent aussi payer le prix de leur participation à la répression, tout comme la police politique et celle de l'information. On ne pourra pas avancer tous ensemble vers la démocratie si on ne place pas ces problèmes au cœur des discussions et si on ne juge pas ceux qui en sont responsables, dans le cadre d'un Etat de droit. Il y a un passif qui doit être discuté, et l'on ne peut pas simplement décider de tourner la page. Sans ça, aucune réconciliation nationale ne sera possible.

De même, la constitution actuelle n'est plus qu'un chiffon de papier, que le pouvoir de Ben Ali a maintes et maintes fois amendé à son profit. Il nous faut donc un nouveau texte. Pour préparer l'assemblée constituante, nous avons besoin d'un gouvernement formé d'hommes et de femmes sans liens avec l'ancien régime, qui jouissent véritablement du respect et de la confiance des forces démocratiques qui n'ont jamais cessé d'agir dans le pays. Ces femmes et ces hommes existent aujourd'hui. C'est grâce à eux que nous pourrons espérer jeter les bases d'une démocratie en Tunisie, dans un délai de trois à six mois, si le climat politique le permet. 

 

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