Tunisie : Nous sommes tous des Egyptiens, un article du New York Times

Publié le par dan29000

 

 

 

Un point de vue intéressant sur l’Égypte dans leur presse

 

Hey,

 

Il y a quelques jours, le New York Times a laissé passer une description enthousiaste de ce qui se passe Place Tahrir. Nous en avons fait une traduction en français, ci-dessous.

 

Au même moment, de l’autre côté de l’Atlantique, un journaleux du Figa-rot éprouvait quelques difficultés à contenir son admiration pour ce qu’il qualifiait de «république autonome» de la Place Tahrir. Doit-on en conclure que de fourbes anarcho-autonomes ont infiltré les rangs de l’honorable presse policière bourgeoise ?! 

 

Salutations révolutionnaires,

 

Mercredi 9 février 2011.


 

Nous sommes tous des Égyptiens

 


 

Place Tahrir, jeudi, j’ai rencontré un charpentier nommé Mahmoud dont le bras gauche était en écharpe, dont la jambe était dans le plâtre et qui était en train de se faire mettre un bandage dans un petit hôpital de campagne installé par le mouvement pro-démocratie. C'était la septième fois en 24 heures qu’il avait besoin d’être soigné pour des blessures infligées par les hommes de main du gouvernement. Mais dès que Mahmoud a fini d’être bandé, il a boitillé de nouveau vers la ligne de front.

 

«Je combattrais aussi longtemps que je pourrais», m’a-t-il dit. J’étais impressionné. Cela semblait être un exemple de détermination qui ne pourrait jamais être dépassé mais, alors que je prenais Mahmoud en photo, je me suis cogné au fauteuil roulant de Amr. Il s’est avéré que Amr avait perdu ses jambes il y a de nombreuses années dans un accident de train, mais il est venu Place Tahrir pour montrer son soutien à la démocratie, renvoyant les pierres sur les voyous que le président Hosni Moubarak a apparemment envoyés pour assiéger la place.

 

 

 

Amr (je n’utilise pas certains noms de famille pour diminuer les risques pour les gens que je cite) était soigné pour une blessure suite à un jet de pierre. Je lui ai demandé le plus poliment possible qu’est-ce qu’un double amputé dans un fauteuil roulant faisait dans une bataille rangée avec cocktails Molotov, matraques, machettes, briques et lames de rasoir.

 

«J’ai toujours mes mains», dit-il fermement. «Si Dieu veut, je continuerais à me battre.»

 

C’était la Place Tahrir ce jeudi : une pure détermination, un cran stupéfiant et, parfois, une souffrance poignante.

 

M. Moubarak a déshonoré les dernières années de sa présidence. Son gouvernement a lâché la bride à une brutale répression — chassant les défenseurs des droits de l’Homme, les journalistes et, bien sûr, les manifestants eux-mêmes, tout en essayant d’empêcher les citoyens d’accéder à la Place Tahrir. Alors que j’arrivais près de la place dans la matinée, j’ai rencontré une ligne de voyous à la solde de Moubarak portant des bâtons en bois garnis de clous. Ça ne semblait pas l’endroit idéal pour descendre du taxi, j’ai donc trouvé une autre entrée.

 

Beaucoup, beaucoup d’autres, en ont fait autant. Dans l’hôpital de campagne de la Place Tahrir (une mosquée en temps normal), 150 docteurs se sont portés volontaires en dépit des risques pour eux. Majid, un docteur de 64 ans qui marche avec une canne, m’a dit qu’il n’avait jamais été impliqué auparavant dans les manifestations, mais qu’il a eu un déclic quand il a entendu parler de l’attaque du gouvernement sur de pacifiques manifestants pro-démocratie.

 

Tôt ce matin, il a écrit son testament et il a conduit 125 miles jusqu’à la Place Tahrir pour soigner bénévolement les blessés. «Peu m’importe si je ne reviens pas», m’a-t-il dit. «J’ai décidé que je devais en être.»

 

«Si je meurs, a-t-il ajouté, c’est pour mon pays.»

 

Au centre de la Place Tahrir, également nommée Place de la Libération, je suis tombé nez à nez avec unes de mes héroïnes, Docteur Nawal El Saadawi, une des leaders du mouvement féministe arabe qui combat les mutilations sexuelles féminines depuis des décennies. Docteur Saadawi, 80 ans cette année, est fragile, a les cheveux blancs et est pleine d’une passion ardente.

 


 

 

«C’est comme si je renaissais», m’a-t-elle dit, ajoutant qu’elle comptait dormir avec les contestataires sur la Place Tahrir. Elle a aussi suggéré qu’au lieu d’être envoyé dans un exil confortable, M. Moubarak devrait être jugé comme un criminel ; c’est une idée que j’ai entendu de plus en plus souvent parmi les manifestants pro-démocratie.

 

Il y a une petite prison Place Tahrir pour les pro-Moubarak qui sont capturés, et leurs cartes d’identité indiquent que la plupart travaillent pour la police ou pour le parti au pouvoir. M. Moubarak peut prétendre qu’il n’est pas heureux des violences au Caire, c’est lui qui les a causées — et le seul moyen de restaurer l’ordre en Égypte et de faire repartir l’économie est qu’il se retire immédiatement. Je suis conforté d’apprendre que, selon certaines sources, l’administration Obama discute avec des officiels égyptiens des moyens d’atteindre ce résultat.
 

 

Un nombre incalculable d’Égyptiens ici m’ont dit qu’ils étaient prêts à sacrifier leur vie pour la démocratie. Ils sont sérieux. Mais j’ai entendu la même chose dans de nombreux autres pays aux prises avec des mouvements de démocratisation. Malheureusement, ce qui détermine habituellement l’issue de tels mouvements n’est pas le courage des militants pro-démocratie, mais la volonté du gouvernement de massacrer ses citoyens. Dans ce cas, couramment, les survivants battent en retraite dans un silence maussade, et le mouvement est fini pour un temps.

 

Quoi que Moubarak prépare, c’est comme si quelque chose avait changé, comme si le peuple égyptien s’était réveillé. Quand j’ai eu besoin de quitter la Place Tahrir aujourd’hui, plusieurs Égyptiens m’ont guidé pendant presque une heure à travers une route spéciale de façon à ce que je ne sois pas arrêté ou agressé — malgré les risques considérables pour eux. Un de mes guides était une jeune femme, Leila, qui m’a dit : «Nous avons tous peur au fond de nous. Mais maintenant, nous nous sommes libérés de cette peur.»

 

Les valeureux Égyptiens que j’ai rencontrés sur la Place Tahrir risquent leurs vies pour défendre la démocratie et la liberté, et ils méritent notre plus fort soutien — et, franchement, nous devrions nous inspirer d’eux. Une brève leçon d’arabe dialectal égyptien : Innaharda, ehna kullina Misryeen ! Aujourd’hui, nous sommes tous des Égyptiens !

 

Traduit de l’anglais (Nicholas D. Kristof,
The New York Times), 3 février 2011.

Source : jura libertaire

 

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SuperNana 10/02/2011 01:43


Douce nuit à toi, cher Da, La conscience politique entre dans toute la population de l'Egypte et c'est une bonne chose, enfin j'espère ... Ce sont des gens intelligents, ils sont courageux et même
si remettre l'Egypte en marche, ils sauront le faire car ils sont loin d'être fainéants ... et tout cela va leur servir pour réhausser l'Egypte ... Ca prendra du temps mais je leur souhaite
vraiment d'y arriver, il le mérite bien ... Bonne et douce nuit à toi, Dan. A bientôt. Bizzzzzzzzzzz ... SuperNana


dan29000 10/02/2011 09:32



oui, espérons, mais cela sera long, une dictature aussi longue, laisse des traces profondes un peu partout, et surtout , contrairement à la Tunisie, la dictature n'est pas encore tombée, Moubarak
est encore là, et le nouvel homme fort est le chef des services secrets, donc rien encore de fait, c'est un bras de fer qui peut durer. Bonne journée et merci pour tes coms. bises, dan