Tunisie, Tataouine : la lutte du petit peuple pour la démocratie

Publié le par dan29000

[Révolution tunisienne] La lutte du petit peuple pour la démocratie à Tataouine


Tataouine ou la démocratie improvisée



(…) Les locaux de l’ex-RCD servent désormais de base à la Ligue de soutien de la révolution, rassemblement citoyen apolitique et attentif. Dans les grands canapés de cuir des privilégiés de l’ancien régime, ses membres décrivent la Tunisie aujourd’hui.


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Le problème, au milieu du désert comme ailleurs, c’est la corruption, toujours présente 16 mois après la révolution. Une entente tacite entre l’administratif et l’économique. Un « mariage contre le pouvoir du peuple » pour Kalif, étudiant en master de biologie. Dans ces relations exclusives et excluantes entre deux acteurs, le peuple tunisien perd tout. L’argent qu’il verse à l’État, et son pouvoir de décision.

Heureusement, pour faire changer les choses, les membres de la Ligue ont à leur disposition les archives de l’ex-RCD, que personne n’a eu le temps de faire disparaître. La preuve concrète de l’implication de beaucoup dans les magouilles de l’ancien régime. Au moindre écart, un dossier compromettant peut être sorti. Les habitudes changent petit à petit.

Solution bricolée de citoyens marginalisés. L’État tunisien commence néanmoins à mesurer le poids de ces collectifs, qui pourraient être la base d’un pouvoir réaliste.

La clôture du budget 2012 a provoqué une vague de protestation dans différents gouvernorats. Les Tunisiens actifs se sont mobilisés pour réclamer le départ de leurs gouverneurs respectifs. Des manifestations suffisamment importantes pour que le gouvernement choisisse de consulter ces citoyens mécontents.

Le 31 mai, des représentants de tous les ministères ont été envoyés dans différentes villes pour la journée. Quatre ministres étaient à Tataouine, presque étonnés que le petit, le tunisien lambda puisse savoir ce qui est bien pour lui.

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Quatre ministres face au peuple

Moment de débat fascinant. Pendant plusieurs heures, chacun pouvait adresser ses doléances au gouvernement placé sur une estrade.

Un vieil homme avec son chèche peine à obtenir le micro pour réclamer de vrais prêts communautaires, plus efficaces, selon lui, pour développer l’agriculture. Une jeune femme dénonce d’une petite voix la corruption dans l’administration. Un homme adresse une tirade virulente au ministre de l’enseignement supérieur, pour demander la création de filières scientifiques à Tataouine. (Seules les lettres et les beaux-arts y sont aujourd’hui représentés, d’où le départ définitif de nombreux jeunes vers d’autres régions.) Réponses courtes et biaisées de ministres qui devront prendre l’habitude d’écouter la société civile.

Dans la Tunisie des régions, cette société civile, personne ne l’écoute encore. Gouvernements successifs ou partis politiques la regardent de haut, depuis les terrasses de la Marsa. À Tataouine, comme à Kasserine et même à Sfax, pas d’opposition pour organiser débats et manifestations. Mais ces fameux collectifs locaux, la société civile auto-organisée. (…)


(Julien Giry, Fihmt.com, 3 juillet 2012)

 

Publié dans Monde arabe - Israël

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