Tunisie : une nouvelle de Taoufik Ben Brik, "autopsie d'un régime de renseignement"

Publié le par dan29000

 

 

 

Ben-Brik-203x300.jpgUne nouvelle de Taoufik Ben Brik, journaliste, écrivain et opposant tunisien.

 

« Une seule fois je restai muet.

Ce fut quand un homme me demanda : « Qui es-tu ? » »

Gibran Khalil Gibran

 

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puceinvite.jpgRaconte-moi une histoire. N'importe quelle histoire. Même une histoire à ne pas lire la nuit et surtout pas le jour. Une histoire qui raconte une rencontre redoutable qui te glace le sang. C'est tout bon, je t'écoute.

 Léger et frais, je me sens apaisé. Dans ma caboche, il y une pluie qui fait monter l'odeur de la terre, un parfum de blé et de mer, l'odeur des aisselles de ma mère. Un automne anglais, un ciel lumineux d'une lumière d'abat-jour, une mélancolie ailée. Une ballade à travers les ruelles de ton enfance, une tristesse sécurisante, une nonchalance enveloppée d'un gilet en laine bleu féminin. Comme dans ces villes, tout en escaliers, perchées entre ciel et terre et où les rayons du soleil te font larmoyer. Comme une chemise blanche, amidonnée, repassée, qui tombe éclatante, comme le sourire d'un nouveau-né. Les Anciens disent: « (...) et à ce moment là, c'est venu... quelque chose d'unique... qui ne reviendra plus jamais de cette façon, une sensation d'une telle violence qu'encore maintenant, après tant de temps écoulé, quand amoindrie, en partie effacée elle me revient, j'éprouve... mais quoi ? quel mot peut s'en saisir ? pas le mot à tout dire : « bonheur », qui se présente le premier, non, pas lui... « félicité », « exaltation », sont trop laids, qu'ils n'y touchent pas... et « extase »... comme devant ce mot ce qui est là se rétracte... « Joie », oui, peut-être... ce petit mot modeste, tout simple, peut effleurer sans grand danger... mais il n'est pas capable de recueillir ce qui m'emplit, me déborde, s'épand, va se perdre, se fondre dans les briques roses, les espaliers en fleurs, la pelouse, les pétales blancs et roses, l'air qui vibre parcouru de tremblements à peine perceptibles, d'ondes... des ondes de vie, de vie tout court, quel autre mot ?... de vie à l'état pur, aucune menace sur elle, (...)» (1)

Se sentir chez soi, boire un thé, s'affaisser sur un canapé, laisser ses cheveux mouillés... La paix qui s'installe après la mise à l'épreuve ? Non, c'est l'apaisement de celui qui jette l'éponge avant même d'avoir relevé le pari. C'est un garnement pour qui l'école est une galère, et qui un matin parvient à convaincre ses parents qu'il est mal en point et qui finalement reste au lit. Une sensation de soulagement. Elle sera brève. Très vite on est envahi par ses démons, l'angoisse de celui qui se débine. Il faut tout rattraper, remonter la pente. Pour ce moment de relâchement, on ne te lâchera pas, toi non plus.

Tu provoques ton propre « Ouf » pour ne pas partir dans tous les sens. Quand tout s'entremêle, quand tu n'as pas les moyens de dénouer la corde, quand c'est un embouteillage de questions sans réponses et de réponses sans questions, tu te neutralises. Alors la machine se débranche d'elle-même. Tu te court-circuites pour éviter de disjoncter. Le sommeil survient pour ordonner une halte aux tourments, pour reléguer ton vigile au fin fond de ta chambre bleue.

Ils m'ont refilé un dossier, ça va faire plus d'un an : 120 boîtes d'archives, 3224 livres, 543 heures d'écoutes téléphoniques, des kilomètres de télécopies, des cartons de coupures de presse, 77 cassettes vidéo, et un amoncellement de rapports rédigés par les voisins, les cousins, l'épicier, le cafetier, le vendeur de journaux à la criée, le cireur, la femme de ménage, le gardien de l'immeuble, le jardinier, le chauffeur de taxi et une prostituée qui s'est rappelée, il y a longtemps, lui avoir filé la syphilis. Je connais tout de cet homme, la marque de sa brosse à dent, le jour de sa circoncision, ses plats préférés, les jours qu'il a fêtés, le nombre de ses souliers, le cercle de ses amis, son dossier médical et ses caries, ses bulletins scolaires, ses factures d'eau et de gaz, les souches de ses chéquiers, ses itinéraires, son arbre généalogique qui remonte jusqu'à son aïeul, un bédouin du Yémen, chiqueur de quat et adorateur de Houbal, le dieu d'avant dieu. J'ai 7000 photos de ses 2 enfants, de sa femme légitime et de ses concubines, de ses 12 frères et sœurs, de ses 99 cousins et cousines, jusqu'aux 101 dalmatiens qui un jour ou l'autre l'ont salué par mégarde.

Je l'ai poursuivi à travers ses hobbies, ses odeurs, ses prophètes et ses maudits, l'amas et le fatras de sa vie, j'ai imité ses gestes, ses manières, j'ai volé ses goûts. Je vois ce qu'il voit, j'entends ce qu'il entend, je parle comme il parle, je n'ai plus de vie hors sa vie. Une parfaite doublure. La poursuite d'un sosie, une cible mouvante en plein pèlerinage autour de la Ka'ba à La Mecque que Dieu le Miséricordieux plein de miséricorde a placé « sur un site difficile, pierreux, au plus bas, dans une terre dure, au fond d'une vallée étroite, entre des montagnes arides, secouée par les vents de sable, près des sources avares, isolée là où nul troupeau ne peut s'épanouir» (2). Tu es pris dans un tournoiement mystique. Une danse de Derviche Tourneur. Tu es happé par le trou noir. Dans mon ciel, il y a un torrent, dans mes terres, une course de bisons fous. C'est la perdition, l'errance dans le Sahara, le labyrinthe arabe. Dès que je m'approche, il s'évanouit. C'est comme un mot que tu as sur le bout de la langue et que tu ne peux pas proférer, une sensation volatile que tu ne peux pas nommer, un air que tu ne peux pas fredonner. Je suis épuisé. L'Exil et le Royaume.

Je suis l'agent Ben M'barek, officier des Services Spéciaux. J'appartiens à un corps qui surveille, épie les errements des âmes. Il y a un département poésie, un département cinéma, un département littérature, un département arts traditionnels et folkloriques, un département mass-média, un département arts plastiques, un département musique et danse. La Direction Générale des Services Spéciaux (la DGSS) se trouve au troisième étage  de la Dakhilia, le sinistre ministère de l'Intérieur. Cette bâtisse au cœur de la principale artère occupe plus de trois hectares, dix-sept kilomètres de couloirs, mille deux cents marches d'escaliers, deux mille bureaux et geôles. La DGSS est juste au-dessus des bureaux administratifs, l'épicentre de la Sécurité, de la Direction Générale des Frontières et des Etrangers et de la Direction Générale de la Garde Nationale. Les locaux des Services Spéciaux, là où se fait concrètement le travail de renseignement, d'analyse, de recoupement, de traitement et de montage, sont installés dans trois immeubles aux alentours de la rue Houcine Bouzaïenne, de la rue 18 janvier, et aux abords du cimetière El Jellaz. C'est là, au septième étage d'un immeuble anonyme, que la division Çad a ses quartiers. Çad est la quatorzième lettre de l'alphabet arabe, une consonne qui ressemble à un scorpion affublé d'une carapace bombée et au dard arqué. C'est le sigle du mot çila qui signifie « liaison ». C'est la division la plus redoutée, la clé de voûte du pouvoir de Renseignement. Personne n'y échappe, pas même les patrons de la Dakhilia ou nos omnipotents vizirs. Elle a un pouvoir au-delà du Tout Pouvoir.

Son champ d'intervention est sans limites : la béliomachie, l'élevage des autruches, la surveillance des Barbus, des Rouges et des Chiffes molles. Cette division n'a de compte à rendre qu'au Résident de Carthage. Chaque jour elle prépare la revue de presse, un aperçu de ce qui se passe dans le pays, de ce qui s'y trame. Elle informe le Palais, lui rend compte des dessous d'une émeute ou d'une grève, lui rapporte ce qui se dit dans les universités et les meetings, le renseigne sur tous les foyers de troubles : cafés, bars, clubs, hauts lieux de papotage des enfoirés et des têtes brûlées.

Le principal service de Çad est le Bureau des Sciences de l'Information. C'est un service créateur. Ses équipes sont spécialisées dans l'invention de blagues qui moquent ouvertement le Locataire de Carthage, la fabrication d'albums photos et de cassettes pornographiques qui font et défont les réputations, la confection des éditoriaux de nos quotidiens de caniveau, la falsification des documents. Des scénaristes, des fabulateurs créent des histoires fantasmagoriques et divertissantes pour faire diversion, lancer de mauvaises pistes et détourner l'attention d'une hausse du prix du pain, d'une augmentation des impôts, de licenciements massifs. Pour désamorcer la colère qui gronde, elle distille de faux espoirs. Il se dit alors qu'une libéralisation est dans l'air, qu'un remaniement ministériel est imminent. Lorsqu'il y a un regain de vitalité de la rue, elle insuffle le désespoir. Elle fomente des coups fourrés, pousse à la trahison, compose et recompose le microcosme, crée des dissensions et alimente la guerre des clans.

Mon premier et mon plus beau coup, celui qui m'a valu une ascension fulgurante au sein de Çad et la reconnaissance de mes pairs, c'est d'avoir lancé la vraie fausse nouvelle : avec 1 policier pour 70 habitants nous vivons dans un régime policier. Derrière l'énormité de ce chiffre, j'ai préservé la Raison d'Etat. Vous avez affaire à un régime de Renseignement. Il neutralise la parole. Il n'y a plus ni cris ni chuchotements, plus rien que des grognements. Nous sommes au-delà de «1984» de George Orwell (3). A nos yeux, une Novlangue serait suspecte. Articuler des mots est hors loi, la loi de Carthage.

La police et l'armée sont des corps compacts qui avancent comme des bourrasques. Elles dispersent les émeutes, encerclent des villages, exécutent des hommes, anéantissent et détruisent en paquets. Ce sont des machines aveugles qui marchent au pas, sans se soucier des terres qu'elles ont brûlées. Leur monopole de la violence s'impose comme une catastrophe naturelle. Le régime de Renseignement, en revanche, est sournois. Il feinte, il dribble, il s'insinue. Il combat sans règle, sans honneur, sans parole donnée. Il se cramponne dans les corps et les esprits. Il gouverne par l'auto surveillance, l'auto dénonciation, la veulerie, les coups bas, le faux-semblant. Les Anciens disent : « C'était une patrouille qui venait mettre le nez aux fenêtres des gens. Mais les patrouilles n'avaient pas d'importance. Seule comptait la Police de Pensée. » (4) Une clique qui, chaque jour, déploie des trésors d'ingéniosités pour créer le malaise et acculer les Irrécupérables à tourner en rond. Diaboliquement habiles, jamais à court d'astuces, de procédés nouveaux, obstinément à l'œuvre. Çad accroît son efficacité chaque jour en propageant son venin à petites doses de telle sorte que la lenteur de cet empoisonnement prend en défaut la vigilance de la poignée de farfelus qui croient nous tenir tête. C'est le directoire du complot. On propage des informations qui paraissent authentiques et trompeusement vraies. Le BAba de notre métier est de retourner comme un gant un insoumis, d'en faire un renégat, un traître à la nation car « aucune opération de désinformation ne peut se dérouler sans diabolisation de l'adversaire. (...) La morale de la morale, c'est que la réalité n'a aucune importance, et qu'il suffit de bien pointer les canons de la diabolisation pour transformer en Belzébuth un coquin assez ordinaire» (5). Et à ce jeu, on gagne à tous les coups. C'est la nomenclature du Renseignement. C'est la caste des seigneurs, celle qui accapare et dispense honneurs et privilèges.

Vanité, non ! Sentiment de supériorité, si l'on veut. C'est ce que j'éprouve à l'égard de mes voisins, tous fonctionnaires ou petits commerçants. Tous les jours, quand je rentre à la maison dans ma Peugeot dernier modèle, les enfants s'arrêtent de jouer pour me laisser le passage. Et, tandis que je monte les escaliers, les femmes cessent de causer et baissent la tête. Tout l'immeuble ne prononce mon nom que précédé du nom de Si, titre qui indique la supériorité du rang. Je ne paye rien de ma poche. L'épicier, le boulanger, le boucher me donnent tout gratuitement. Bien sûr, j'ai toujours un gros billet de 30 dinars que les commerçants ne veulent pas monnayer. Et lorsque je suis à court de liquidité, je fais sortir mon fils à qui tout le monde glisse des billets de 5 ou 10 dinars sachant que c'est le père qui dévalisera la tirelire. A force de manger des bonbons et des gâteaux, mes enfants sont devenus obèses. Ma femme a grossi des fesses. Elle teint ses cheveux. Elle porte des lentilles colorées pour avoir les yeux les plus bleus. Ma femme gère et revend les présents. Elle reçoit les gens qui viennent solliciter un permis de conduire, une autorisation de construire, un passeport... Tout a un prix.

Comme je n'ai aucune envie de faire l'autopsie des grenouilles et de disséquer des souris blanches, j'ai répondu à une annonce de recrutement de bacheliers ayant des prétentions d'écriture et de lecture. Elle a été passée par la Dakhilia, sous le couvert d'une compagnie d'assurances. Je n'avais aucune idée du poste que je briguais : agent spécial des officines de surveillance.

J'ai bluffé mes examinateurs. Je crois que les deux bières que j'avais bu à jeun m'ont fait décoller la langue du palais. Et peut-être parce que d'emblée je partais perdant, vu mon C.V., j'étais libéré. Comme dans un récit de Mark Twain, « par un étrange accident de la chance, un accident qui n'arrive pas deux fois dans le siècle, il ne me fut posé aucune question qui dépassât les limites étroites du rabâchage» (6). J'étais, m'ont-ils dit, éloquent, impertinent... Excellent même, si j'ai bien entendu. Je me suis débrouillé avec des miettes qu'on me fournissait par ouï-dire et que je n'éprouvais aucun besoin d'approfondir. Je ne connais au fond aucune œuvre, ni aucun courant de pensée.

Devant le jury, cinq hommes et deux femmes, sorti tout droit d'un passé Mac Carthy, je citais Tahar Haddad, Ibn abi Dhiaf, des sources autorisées. Toutefois, je n'ai jamais entendu parler de Ibn Khaldoun ou de Ibn Roched. J'enchaînais mensonge sur mensonge. Lorsqu'ils m'ont demandé ce qui m'intéressait dans ces Ulémas que j'évoquais, j'ai répondu, laconique, par cette parade : « la sobriété, l'austérité de leur style sont portées jusqu‘au lyrisme et la précision engendre la poésie. » Lorsqu'ils m'ont demandé « quel est le personnage qui te fascine le plus ? », là j'étais dans le vrai, j'ai répondu sans hésitation Gouha, le Guignol de l'Orient. Je les ai eus sur toute la ligne lorsqu'ils m'ont demandé de raconter ma vie avec les mots, en reprenant à mon compte le mieux-dire des Anciens : «(...) ces mots qui vivent ailleurs... j'ai été les chercher loin de chez moi et je les ai ramenés ici, mais je ne sais pas ce qui est bon pour eux, je ne connais pas leurs habitudes... Les mots de chez moi, des mots solides que je connais bien, que j'ai disposé, ici et là, parmi ces étrangers, ont un air gauche, emprunté, un peu ridicule... on dirait des gens transportés dans un pays inconnu, dans une société dont ils n'ont pas appris les usages, ils ne savent pas comment se comporter, ils ne savent plus très bien qui ils sont... (...)» (7). Dernière épreuve : le débat-combat, une joute verbale, disputation entre les candidats. Mes alter-ego faisaient étalage de tout ce qu'ils avaient ingurgité sur les bancs. Ils maîtrisaient toutes les nuances du dialogue, de la rhétorique. Tels des joueurs d'échecs, ils raisonnaient avec méthode et combinaisons. Ils avaient une condition mentale d'athlètes, au top niveau. Et alors que mes challengeurs étaient aux aguets, et usaient de tout leur arsenal de connaissances, je ne savais pas qu'en répondant toujours à côté, usant d'un humour assassin, d'esquives et d'un silence trompeur, j'allais plaire, égayer la galerie. Pour le jury, j'étais de ceux qui utilisent la force de l'autre pour le plaquer sur le tapis. Ils m'ont dit : « Tu as fait de l'art martial. » J'ai dit : « Pourquoi, j'en ai l'air ? » Ils m'ont dit : « Tu te comportes en Yakusa. » « Ah bon. » J'ai réussi. Je correspondais aux exigences. J'étais roublard, plein de filouteries, médisant, mythomane, culotté et doué d'une nonchalance requise. Tout ce qu'il faut pour faire un flic du tonnerre.

A l'annonce de mon succès, je me rappelle bien, ma mère a lancé des youyous à faire réveiller les morts et mon père, habituellement réservé, a dansé le Fezani, lançant à gorge déployée des Douy ! Douy ! , imitant la salve des 21 fusils. J'ai caché mon émotion jusqu'au moment où les voisins, les amis, la famille se sont lassés de fêter l'incursion d'un des leurs dans le monde clos des gens non basanés. Et seul, sous un bigaradier, j'ai alors laissé échapper : « Hashit Houlhoum », « Je les ai eus ! » Le cri de celui qui vient de marquer avec la main de Dieu.

Je n'ai pas fait, comme je le prévoyais, l'Ecole Supérieure de Police. On m'a tout de suite incrusté dans le monde opaque de Çad. On m'a initié sur le tas : filer, recruter une taupe, intoxiquer, rédiger des notes de synthèse, surveiller et prévenir les mouvements contestataires, empiler les tracts, obtenir et vérifier un renseignement, détourner le courrier, sonoriser un appartement, visiter la nuit par effraction les demeures, parler le langage des Barbus, des Rouges et des Chiffes molles. On étudie ce monde comme un ethnologue observe et étudie les mouches. Je n'en avais ni la patience ni la passion. J'ai amené toute une tribu, un voisin chômeur, un frère insomniaque, pour qu'elle dévore, me mâche toute cette prose indigeste, à te faire haïr le jour de ta naissance, et me fournisse un background pour meubler les étagères en jachère de ma cervelle de mammifère.

Au crépuscule, l'avenue Bourguiba, les trottoirs et les places adjacentes que les ficus bordaient naguère, ont foutu le camp. Il n'en persiste, comme un lointain souvenir, que le tournoiement en spirale des oiseaux qui n'ont plus d'arbres où accoster, et la Dakhilia, laide comme une verrue en bas d'un nez poilu. C'est un lieu qui suinte la guigne. Les agents se tournent les pouces et chassent les mouches. Ils se parlent une drôle de langue, un mélange entre les dialectes des différentes régions et le jargon policier. Qu'un suspect pointe son nez, il est aussitôt pris en filature, cuisiné. « Je m'appelle Lahmar » lance un agent, chasseur de Rouges. Les initiés entendent : « Laissez-le moi ! Je m'en charge. Je lui ferai avouer qu'il a forniqué dans les toilettes publiques avec sa mère. Et sa grand-mère s'il le faut. »  Ils font croire qu'ils ont tout le monde à l'œil, personne n'est à l'abri. Ils se surveillent entre eux. Dans le pays de la suspicion totale, tout le monde est louche. Petit à petit, ils s'éloignent de leurs habitudes. Ils ne sortent plus, ils ne reçoivent plus. Ils n'ont plus d'amis. Ils ne font plus balader leurs enfants. Ils entrent dans un mutisme mortel. Chaque parole peut être rapportée, chaque geste, chaque déplacement signalés. C'est une vie d'abstinence, de jeûne. Peu à peu, ils deviennent des ascètes, des hommes des cavernes. Ils vivent une condition d'étranger, de clandestin sans laquelle ils ne peuvent plus accomplir leur mission, leur travail souterrain, leur condition d'existence, l'unique voie même pour se perpétuer. Ils vivent une vie sans vie. Pour ma part, je trouve ma consolation dans les dires des Anciens: « (...) cette condition première et vitale, la solitude, la profonde tranquillité, la distance, cette condition d'étranger sans laquelle je ne puis descendre jusque dans mes problèmes (car, soit dit entre nous, je suis en un sens proprement effrayant, un homme de la profondeur ; et sans ce travail souterrain, je ne supporte plus la vie.) (...) cette clandestinité paisible qui est pour moi une condition d'existence, (...). » (8). Cette classe moyenne de l'humanité me sert d'écran. Je me vois aussi con avec ma petite taille, mon triple menton, mes yeux exorbitants et ma barbe mandchoue.

Je suis tombé dans le panneau comme un novice. Je ne jette rien, je lis tout, je tamise les textes et les rapports, passe des nuits blanches à annoter les écrits, cherchant à questionner les kilomètres de phrases tentaculaires, à établir des indices, des preuves compromettantes. Les Anciens disent : « On envoyait toujours des nouveaux nettoyer la merde de pigeon, et quand tu nettoyais leur merde, les pigeons se ramenaient et t'en larguaient de la fraîche sur les cheveux, le nez et les fringues. On ne te filait pas de savon, juste de l'eau avec une brosse, et la merde partait mal. Après on t'envoyait à l'atelier, pour 3 cents l'heure, mais tous les nouveaux commençaient par la merde de pigeon. » (9). Passée une année à Çad, j'ai compris qu'il existe des raccourcis, des pistes non goudronnées, des escaliers dérobés. J'ai découvert par hasard que les rapports qui nous parviennent s'amoncellent dans un hangar appelé dépotoir. Tous viennent périr ici. Personne ne les feuillète. On les entasse dans des sacs de chanvres. On se croirait dans un labyrinthe obscur, alambiqué, fait de dossiers, de courriers, de livres et dans lequel, avant de s'enfoncer, il serait indiqué de porter une lampe de mineur.  C'est le cimetière du Renseignement. On le vide chaque semaine. Des camions-bennes récupèrent ces cadavres de papier. Les vieux routards de Çad t'enseignent : « Si on se mettait à déchiffrer toute cette paperasse, à ce jeu, nos nuits seraient toutes blanches. Qu'apprendrait-on que l'on ne sait déjà ? »

Pour que le rapportmania ne s'éteigne pas, ne s'étiole pas et demeure un outil même dérisoire dans le dispositif de l'Agence de Renseignement, Çad recrute le maximum d'informateurs, non pour s'informer mais pour son bon plaisir de voir des hommes qu'on croyait cuirassés d'une rectitude morale sans faille, tomber sans grande peine dans la pratique de la délation.

L'attente, l'interrogatoire dans nos locaux, les regards obliques expliquent la facilité avec laquelle on parvient à ce résultat. On les mouille pour les incorporer dans la caste d'El Haoula, les Innommables. On veut juste les salir, les délester de leur dignité, une manière de les sodomiser pour qu'ils ne soutiennent plus nos regards. On leur fait vendre leur ombre à bon prix, contre rien, que dalle, juste la promesse qu'il ne leur arrivera rien s'ils se défroquent. On en fait des collabos bénévoles. La honte les amoindrit et fait d'eux des sous-hommes, des souris. Ils ne se regardent plus en face, ils se sentent cassés, pourris, n'élèvent plus la voix, ne redressent plus la tête. Leurs femmes les cocufient et leurs enfants les humilient. Voilà ce que peut se dire alors un El Haoula lorsqu'il croise ou s'attarde avec un ami, un voisin, un parent : « Tais-toi lorsque tu parles. Si tu me parles, tu m'enfonces dans la indignité. Ne me pousse pas à te trahir et à me salir. » Rarement l'Agence intervient et signifie à un El Haoula, qui nous submerge de dénonciations sur tous et n'importe qui, de ralentir la cadence.

On fonctionne au jour le jour. S'il y a une émeute ou une grève estudiantine et qu'on n'a rien sur les meneurs, on fait appel en catastrophe à notre taupe, mais pas n'importe laquelle, une taupe de haut vol, un maître mouchard capable de nous refiler en un temps record l'analyse nécessaire, le regard brûlant, instantané, sur le fait du jour. Seule l'actu nous intéresse, le pain à peine sorti du four. On ne s'embarrasse pas de pain rassis.  Les Anciens disent : « (on) sait fort bien que les détectives n'existent pas ; que la police ne relève ni de la psychologie ni de la perspicacité, mais bien de la délation ; et que ce n'est point Moustachu ni Tapinois, modestes penseurs du Quai de Orfèvres, qui font prendre le meurtrier en fuite, mais la police de garnis ; car il suffit de lire les mémoires de chefs de police pour voir que l'illumination psychologique n'est pas le fort de ces personnes, et qu'une « bonne police » est une police qui a su mieux qu'une autre organiser ses indicateurs. » (10)

Çad a fait main basse sur la ville. Tous les matins on refait le monde et son tour pour garder le cap. C'est la Pax Carthagina. Sept enfoirés et têtes brûlées refusent de s'y soumettre. Ils font l'objet de toute notre attention. Toute la boîte tourne pour eux. On en prend soin, on les bichonne à coup de coups fourrés. Ça les rend chèvres, ils font braire la terre entière. Dès qu'on croit tenir le bon bout, ils brûlent la corde. Ils gâchent le paysage, ils polluent notre quotidien, ils hantent nos nuits. Des fellaghas, ils frappent un coup et filent dans la nuit. Impossible de les suivre à la trace, trop mobiles, trop insaisissables. Des Maveriks, ces chevaux sauvages qui s'écartent du troupeau. Des Su'lûk, ces poètes brigands de la Jahilia, ces samouraïs sans maître. Le guerrier japonais est un vassal, le Su'lûk, un paria qui n'a d'attaches que ses vers qui chevauchent les étendues de la désolation. Mais quels sont ces hommes qui, faute de mieux, se trouvent là quand il ne faut pas ? Les Anciens disent : « (...) Tous ces hommes étaient, d'une manière ou d'une autre, des non-conformistes, des personnages de maniement difficile, parfois des « mauvais coucheurs », parfois des « farfelus » ; aucun ne correspondait à l'image habituelle du bon citoyen respectueux du qu'en dira-t-on et de l'ordre établi. (...) » (11). C'est avec eux qu'on fait un derby, qu'on s'en raconte, qu'on se frotte les mécaniques. Nous sommes des chasseurs en quête des Sept.

Cela fait une année que je course l'As des sept, le joker de cette fournée de bâtards. On ne l'a pas vu venir celui-là. On le prendrait bien pour un mufle, un gueux, un moins que rien. Il a l'apparence d'un majordome mais le cœur d'un roi. Il fait tout pour qu'on ne le distingue pas. Un homme comme les autres, moins que les autres. Il est initié à camoufler ses atours, ses goûts. Il avance affublé d'un faux nez. Un prédateur qui ricane. C'est Kamel Le Tambourin, mendiant au lever du jour, brigand à la tombée de la nuit. Cet homme est un mutant, une menace pour notre race, un anthropophage sans remord. C'est un Don Quichotte déguisé en Sancho Pança. Il fait toujours des diversions pour qu'on ne s'attarde pas sur lui, pour que les regards glissent à côté. Le comédien est là, le personnage juste à côté. Les Anciens disent : « Si vous atteignez trop rapidement la gloire, les gens deviendront vos ennemis, et vous ne serez d'aucune utilité. Si vous vous élevez progressivement dans le monde, les gens seront vos alliés et vous serez heureux. » (12)

Il se suffit à lui-même, telle une cellule qui s'engendre d'elle-même. Il a sur le visage ce détachement d'un homme venu de nulle part et qui partira après avoir rengainé sans crier gare. Sans Salem, peut-on désirer une égérie dansant la danse du ventre ? On dirait que tous les plaisirs, les joies d'une vie ont le goût de l'acier dans sa bouche : la bouffe, le vin, le lin, la soie et le parfum, les femmes, la rencontre des hommes, l'argent et la gloire. Comme les premiers compagnons du Prophète dont Dieu a anoblit le visage, il se contente d'une miche et d'une cruche, façon de parler. C'est son passe-montagne. Son monde est à mille bornes au-dessus de nos têtes et à vingt mille lieues sous la mer, un Atlantide, un sixième lieu où on ne fait que des rencontres du troisième type. Un autiste qui ne partage rien avec nous, peut-être l'ennui. Il fait des bulles, pas des mots qui retentissent, qui nous assourdissent, des bulles à la face des gestes ignobles, lâches et irréparables, des bulles à la face de celui qui se renie, de celui qui consent, le délire de l'écorché contre la diarrhée du perfide égorgé. Il est abreuvé de mots d'antan : l'amitié, la fraternité, l'amour et la liberté, une liberté pathologique qu'il vit jusqu'à la démolition. Il vit dans un monde antique où l'épée croise l'épée et croit à « la parole inviolable une fois donnée, la fidélité au frère de la tribu « qu'il soit victime ou l'auteur de l'acte injuste », la protection, enfin et quoiqu'il en coûte, de celui qui vous a fait l'honneur de vous reconnaître le statut de recours, ce fameux don du jiwâr qui explique à lui seul le maintien des arabes dans l'être. » (13). Ses prophètes sont des poètes. Un Pouchkine ne vaut-il pas un Lénine ?

On ne l'a pas vu venir. Pendant qu'on guettait l'horizon, il farfouillait dans nos affaires. Péril en la demeure. Des armes nouvelles, inconnues, c'est ce qui nous a dérouté. Comme Hannibal lorsqu'il a introduit l‘éléphant, l'As a déployé un bouclier de mots flambants neufs. Il a fait marcher comme des fantassins le conte, la poésie, l'imagerie et la musique. C'étaient des équipes mobiles, faciles à parachuter sur monts et vaux. On n'avait rien contre ces diables de mots. Notre langue était blindée, cadenassée sur des chenilles, immobile comme des soldats planqués dans des tranchées. On croyait que notre ligne Bar lev était infranchissable. Des phrases ludiques, des phrases mystiques, religieuses, des phrases chantantes qui font danser les filles et nous avec, embrasent notre ciel. Le délire contre le silence du Palais. Le rêve contre le figé. L'irrespect, l'impertinence, la caricature et la satire pour séduire et épater. C'est dans un livre comme L'interprétation des Rêves de Muhammad Ibn Sirîn, « tout comme dans Les Milles et Une Nuits, que va être tentée la revanche de l'imaginaire sur la censure, du ludique sur l'esprit de sérieux, de l'humain pathétique sur la sacralité (...). » (14). Une fête foraine où tout scintille : des jarres de diamants, des corbeilles de zéphyrs, des agneaux farcis et des sorbets à gogo.

 Chaque fois qu'on essaye de le faire tomber, on essuie un camouflet. Chaque fois qu'on essaye de l'escalader, nous sommes refoulés. Cherche-on à le salir, à le confondre ? Que ses enfants ne sont pas de lui, qu'il vide les poches de ses hôtes, qu'il plagie ses compères, qu'il fait honte à sa mère, il t'emplit des brouettes et t'en sort des vertes et des pas mûres : qu'il est un dépravé antique, disciple des Anciens qui disent : « Mes amis, l'héritage et les économies ne sont pas faits pour nous, dépensez donc tout ce que vous avez. Les pauvres n'ont qu'à emprunter l'argent aux riches sans pour autant le rendre. Mangez bien et buvez les boissons interdites. Ecoutez la musique et les belles chanteuses. Forniquez avec elles. Forniquez debout et priez assis. Forniquez avec les femmes libres et ne laissez point tranquilles les ima'. Forniquez en cachette et en plein jour, avec les femmes chastes aussi bien qu'avec les femmes adultères, les petites et les grandes, de tous les âges et de tous les pays. N'insistez pas sur leur beauté et n'oubliez pas les garçons. Votre véritable ami est le libertin qui n'a pas de limites dans son dévergondage et qui lie ses nuits avec ses journées de jouissance. » (15)

Cherche-ton à l'isoler de sa société, à faire circuler qu'il caricature les bons en sales, affreux et méchants et que son rire éclabousse amis, ennemis et lui-même. Ce saltimbanque plaide : « C'est pour tester l'amitié et pour draguer et faire rire le liseur, cette belle gamine de mon quartier entichée de boules puantes et de gags tordus. » Il emprunte, ici et là, dans Guerre et Paix, Mendiants et Orgueilleux ou Le Cirque, des ingrédients de personnages bien campés pour mijoter avec affection ses humiliés et offensés. Il se goure, le pitre ! Il ne sait pas qu'il écrit pour une Uma qui a répudié depuis belle lurette livres et lectures.

Cherche-t-on à semer le doute autour de lui ? Un faux-monnayeur qui fait parler des gens qu'il n'a jamais rencontrés. Un menteur effronté qui fait monter des reportages sur des bourgades qu'il n'a jamais visitées. Il pervertit la réalité et te fait prendre la fiction pour réalité. Un illusionniste, un prestidigitateur, quoi. D'autres, catégoriques, diront un surréaliste. En tout et pour tout. Un de ces petits envoûtés contre lesquels Dieu le Miséricordieux plein de miséricorde décrète « Quand aux poètes, seuls les égarés les suivent. Ne vois-tu pas qu'en tout val ils dérivent et qu'ils disent ce que point ils ne réalisent. » (16) L'As est dans son élément, là ! Il ne se débat même pas. Ce fieffé culotté dit : « On ne transgresse jamais assez la vérité. Dans Le Livre des Premiers ne s'est-on pas interrogé sur cette ligne factice qui sépare l'eau douce de l'eau salée ? Toutes les légendes sont des histoires vraies puisque je te le dis, tu m'écoutes et tu me lis. Les faits, les dires des personnages rapportés dans mes écrits, puisque je les ai écrits, ne sont pas vraisemblables mais véridiques. Les personnes ont bien existé et les scènes de la vie quotidienne se sont bien déroulées, quoique inventées. Seule la phrase est un artifice ou inventée. Je force parfois le trait, j'accentue, ici ou là, la forme du nez, et on ne sait pas avec moi où est le bon grain de l'ivraie. Je suis toujours dans ma réalité. » Sa terre est peuplée d'abeilles qui discutent, d'anges en enfer et de lettres de l'alphabet enragées.

 

Approche toi de lui. Ne te retourne pas. Tu vas être embarqué dans un monde dépouillé de toute quotidienneté. Le mot poursuit le mot, et la phrase n'est qu'une sonorité. Il est de ceux qui décident de parler avec la vipère et le loup, loin des siens qui sont muets. Il répond à l'appel du Maître qui « l'arrêta à la mort. Il vit que toutes les actions sont méfaits. Il vit la peur gouverner l'espérance ; le riche devenir feu ou rejoindre le feu et il vit la pauvreté devenir un adversaire pugnace. Il vit l'empire vanité et  l'univers trompeur. Il cria : « O Savoir ! » et nulle réponse ne lui vint. Il cria : « O connaissance ! » et nulle réponse ne lui vint. Il vit toute chose l'abandonner et toute créature le fuir ; il resta seul. L'acte vint à lui et il vit l'illusion celée et le celé éphémère. Seule la clémence de son Dieu lui fut salutaire. Il lui dit : « Où est ta connaissance ? » et il vit le feu. Il lui dévoila Ses propres connaissances et le feu s'éteignit. Il lui dit : « Je suis ton Féal ». Il s'affermit. Il lui dit : « Je suis ta Connaissance ». Il parla. Il lui dit : « Je te veux ». Il sortit. » (17)

Tu ne pourras compter sur rien. Ne cherche pas. Entre ses bouquins et son brodequin, il n'y a rien. Je me penche, un abyme monte en moi. Je m'agrippe à ses lambeaux. En vain. Dégringolade. Je reprends l'escalade et je m'efforce de dénicher une prise dans ses fêlures. Je perds pieds. J'ai cru l'avoir couvé, j'attendais l'éclosion, dans ma hâte, j'ai bousillé la chrysalide. Je tapotais ses plis et ses lobes enfouis, je n'ai rencontré que son enveloppe violée. Ne cognez pas à ma porte, il n'y a plus personne  pour vous ouvrir, je suis parti. Ma quête est sans cors, un accordéon rempli de vent, de faux-fuyants. Je ne parviens pas à fixer son visage, son image. Les Anciens disent : « A mesure que la vision s'étale, l'expression rétrécit. (18) (...) Gardez-vous de dire que vous avez compris, car pour autant que vous avez compris et enregistré, vous êtres pourtant loin de comprendre. La compréhension est de ne pas comprendre. Tes calamités, ton malheur et ta privation proviennent de cette compréhension : elle est pour toi une entrave. Il lui faut échapper pour être. » (19)

Un vent chaud balaye le 18 janvier, une rue mal éclairée qui traverse la ville en damier, à l'Est de Çad, non loin de Bab Bhar, la porte de la mer. Un kilo de semoule coûte deux mille millimes. Les gens ont perdu la parole et le Nord. Il y a dans l'air la peur, et dans la peur, la fureur. Les gens ont peur jusqu'à en devenir défigurés. Tous les gentils petits fonctionnaires, leurs gentilles épouses et leur marmaille gloutonne, toutes les infirmières qui arpentent les couloirs des hôpitaux et soupirent après le temps infect, tous les fellahs qui ne gagnent pas tripette avec leurs olives, tous les instituteurs qui ne croient plus à leur table des matières. J'entends l'As, sardonique, me susurrer : « Et la peur se transformera en furie. Tu veux le voir ce jour-là mon petit M'barek, non ? Lorsque la peur grisée se transformera en bras d'honneur. »

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(1) Enfance, Nathalie Sarraute, Œuvres Complètes, Bibliothèque de La Pléiade, Editions Gallimard, 1996, pages 1024-1025.

(2) Dits de l'Imam ‘Ali, collection Sindbad, Actes Sud, 2000, pages 30 et 31.

(3) 1984 George Orwell, Appendice, Collection Folio, Gallimard, 1950.

(4) 1984 George Orwell, Collection Folio, Gallimard, 1950.

(5) Désinformation, flagrant délit, Vladimir Volkoff, chapitre 8 « La diabolisation », page 76-80, Édition du Rocher, Monaco, 1999.

(6) Chance, The American Claimant, Mark Twain.

(7) Enfance, Nathalie Sarraute, pages 1036-1037, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard 1996.

(8) Dernières Lettres, Friedrich Nietzsche, page 24, Petite Bibliothèque Rivages, Paris, 1987.

(9) Charles Bukowski, Les Contes de la Folie Ordinaire, « Comme au bon vieux temps. », page 175, Le Sagittaire, Paris, 1977.

(10) André Malraux, préface de Sanctuaire, William Faulkner, Collection Folio, Gallimard, 1995, page 7.

(11) L'Aventure Incertaine, Claude Bourdet, Éditions du Félin, collection Résistance Liberté Mémoire, Paris, 1998. page 35.

(12) Hagakure, Le livre secret des samouraïs, Jocho Yamamoto, Guy Tédaniel Editeur, Paris 1984, 1999.

(13) Présentation des Dits de l'Imam ‘Ali, page 11, collection Sindbad, Actes Sud, 2000.

(14)  Présentation du Grand Livre de L'Interprétation Des Rêves de Muhammad Ibn Sîrîn, page 11, Editions Albouraq, 1993

(15) L'Epître de Bagdad, Abou Hayan Ettawahidi, Carl Winter's Universitätsbuchhandlung, Heidelberg, 1902 , pages 18-19.

(16) Le Coran, Les Poètes, Sourate XXVI.

(17) L'Arrêt à la Mort, Le Livre des Arrêts, Mohammad Ibn Abdel-Jabbar Ibn al-Hassan, dit an-Niffari, traduction inédite de Youssef Seddick.

(18) Arrêt à « Que ferais-tu de la question », Le Livre des Arrêts, Mohammad Ibn Abdel-Jabbar Ibn al-Hassan, dit an-Niffari, traduction inédite de Youssef Seddick.

(19) Le Livre du Dedans, Rûmi, La petite bibliothèque de Sindbad, Paris 1989, page 151.

Source : MEDIAPART

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