TVA sur les livres : et si on taxait les produits de luxe ?

Publié le par dan29000

TVA sur les livres: pourquoi ne pas taxer plutôt les produits de luxe? Le livre, un produit de première et d’urgente nécessité

par Librairie de la Renaissance, lundi 9 avril 2012

Ce lundi, la TVA sur le livre est passée de 5,5 à 7%. Une mesure injuste et inefficace, à contre-courant d’une démarche qui devrait faire du livre un élément essentiel de toute politique culturelle. Venant d’un président qui s’illustra en balayant d’un revers du menton la Princesse de Clèves –considéré comme le premier roman moderne de notre littérature– plus rien n’étonne…

Mesure injuste pénalisant lecteurs et bibliothèques, qui devront payer les livres plus cher, à cause d’une hausse mécanique pratiquée par les éditeurs, supérieure au +1,5% annoncé. Mesure injuste pour les libraires qui se voient imposer le réétiquetage de dizaines de milliers de livres et une dépréciation du stock des ouvrages de leur fonds de 1,5%. Cette charge financière supplémentaire –supportée essentiellement par les librairies indépendantes dont la spécificité est d’avoir un fonds important– s’ajoute à la concurrence des sites de vente en ligne basés au Luxembourg qui, eux, sont taxés à 3% au lieu de 7%. Mesure inefficace, car elle n’aura que très peu d’effet sur le déficit abyssal qu’elle est censée combler.

Il faut s’attaquer à l’inégalité qui perdure devant l’accès au livre et à la lecture et qui est un des premiers facteurs de la reproduction de l’inégalité sociale. Le livre est au croisement de toutes les activités humaines. Il est au cœur de la construction des individus, de leur imaginaire, de leur formation, de la transmission des connaissances et de la découverte des autres. Le livre doit être considéré comme un produit de première et d’urgente nécessité, dont il faut faciliter de manière audacieuse l’accès au plus grand nombre.

La suppression de la TVA, à ce titre-là, pourrait être une des pistes, sachant que 21pays au monde ont exempté l’édition de toutes les taxes. Ne serait-il pas possible de taxer davantage les produits de luxe, un secteur qui ne connaît pas la crise et qui accumule de fantastiques profits ? La loi d’août1981 sur le prix unique du livre permet à la France d’être l’un des rares pays au monde à disposer d’un réseau de 3 000librairies indépendantes, qui participe de l’exception culturelle française. Mais cette économie de la librairie est gravement menacée. Nous ne mesurons pas assez combien ce qui est aujourd’hui encore un atout contre la standardisation culturelle et la pensée unique peut disparaître au profit des marchands, des chaînes dites culturelles, des grandes surfaces et des commerces franchisés.

Voulons-nous un monde uniformisé et aseptisé ou voulons-nous un monde ouvert sur la création, l’inventivité, la diversité des livres et des idées ? Tel est l’enjeu : il ne s’agit pas de sauver un «commerce de détail» mais la «bibliodiversité». Les librairies sont les lieux qui font souvent la vitalité culturelle et sociale des villes, des lieux d’échange, de vie, de relation humaine autour des livres. Sans la librairie indépendante, ses découvertes et ses conseils, ses prises de risques, combien de textes exigeants, d’œuvres nouvelles, d’auteurs, d’éditeurs n’auraient pu rencontrer leur public ? Cette qualité a un coût : la librairie génère proportionnellement deux fois plus d’emplois que les grandes surfaces dites culturelles, trois fois plus que la grande distribution et quatorze fois plus que le commerce électronique. Avec une rentabilité net divisée par trois en moins de dix ans pour s’établir aujourd’hui à 0,3% du chiffre d’affaires, la librairie est le secteur le moins rentable de tous les commerces. Chacun peut comprendre que les dégâts collatéraux provoqués par la hausse de la TVA peuvent conduire, dans les mois qui viennent, à la disparition de nombreuses librairies.

Des mesures urgentes s’imposent. En privilégiant la librairie indépendante, le lecteur citoyen participe à la défense de la diversité culturelle et à l’émergence d’une société qui place l’humain d’abord.

 

Roselyne Gutierrez et Émile Ochando, Librairie de la Renaissance, à Toulouse.

Publié dans la tribune libre de l'Humanité du 6 Avril

 

Publié dans lectures

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florentb 17/04/2012 16:01


Bonjour à vous,


En lien indirect, je vous signale ce post sur le même sujet :
 
http://you.leparisien.fr/actu/2012/04/17/la-taxe-sur-le-luxe-une-idee-pas-si-nouvelle-14533.html 
 
Cordialement.

dan29000 18/04/2012 09:40



merci pour cet info