Underworld USA, roman de feu de James Ellroy

Publié le par dan29000

9782743620370 [50%]Plus besoin de présenter James Ellroy, surtout en France, où il est depuis de longues années très populaire. Depuis longtemps nous attendions avec impatience son nouveau roman, d'autant plus d'impatience qu'il s'agit de la conclusion de sa grande trilogie américaine.

Certes nous sommes bien dans un polar, un grand polar comme lui seul peut en écrire. Mais au-delà du roman noir, le propos est directement politique puisqu'il concerne les grandes heures de cette Amérique tourmentée des années soixante.

Le roman s'ouvre à LA, le 24 février 1964 avec une scène d'anthologie, d'une vitesse et d'une violence rare. Et aussi d'une précision littéraire incroyable.

Avec son style habituel si personnel, Ellroy nous fait vivre "en direct" un braquage...

 

Extrait :

"Ils s'agenouillèrent près du chauffeur du camion laitier. Le type suffoquait, secoué de convulsions. Le choc contre le tableau de bord lui avait entamé le front. Du sang lui coulait des yeux.

Notez bien l'heure.

7h17 du matin. Un ciel plombé d'hiver. Une rue calme. Pas de passants sur les trottoirs. Pas encore de brouhaha causé par l'accident.

Le camion laitier eut un hoquet. Son radiateur explosa. La vapeur d'eau siffla et se répandit largement. Les convoyeurs toussèrent et s'essuyèrent les yeux. Trois hommes sortirent d'une Ford 1962 garée derrière eux à deux longueurs."

 

Rien à jeter, pas un mot de trop, et c'est comme cela durant 841 pages ! 

Les chapitres sont brefs, 131, pour une action qui s'ébroue de 1964 à 1972, avec un foisonnement surprenant de personnages, de villes, de pays, d'extraits d'un journal intime ou d'un article de presse ou d'une transcription mot pour mot d'une communication téléphonique du FBI... 

Une fois débutée, la lecture de ce grand roman est difficile à stopper tant elle est prenante et intense. Ellroy, écrivain aux déclarations pas toujours franchement sympathiques, demeure un des plus grands écrivains actuels aux Etats-Unis.

Bien entendu si ce roman est l'ultime épisode d'une trilogie, l'on peut la lire sans avoir lu les deux volumes précédents. Néanmoins, l'été approchant, si vous avez un peu de temps à ce moment là, lisez d'abord American tabloïd et American death trip et vous aurez ainsi une bonne vision de ce que furent les USA durant ces années-là.

Thriller d'une efficacité redoutable avec des dialogues ultra-réalistes, des dizaines de personnages peu recommandables se mettent alors à vivre sous la plume d'Ellroy. Des personnages inquiétants, un peu comme Ellroy lui-même dans ses interviews, même si cette année, lors de ses passages à la télévision, il semblait un peu plus apaisé, ayant sans nul doute dompter, en partie, ses vieux démons...

Il ne faut pas hésiter à s'immerger dans la prose luxuriante et  rapide de ce type surnommé "Dog" tellement il peut être désagréable, avec sa vieille étiquette de conservateur tendance "réac" tendance "white"...L'homme a su nous offrir une histoire des USA sur la période des années 1958 à 1973 et personne d'autre n'a réussi un tel parcours.

 

Il faut avouer que cet auteur est un habitué du "long" :

 

D'abord  la "Trilogie Lloyd Hopkins"


1984 : Lune sanglante (Blood on the Moon)
1984 : À cause de la nuit (Because the Night)
1986 : La Colline aux suicidés (Suicide Hill)


Puis le splendide et funèbre : "Quatuor de Los Angeles"


1987 : Le Dahlia noir (The Black Dahlia)
1988 : Le Grand Nulle part (The Big Nowhere)
1990 : L.A. Confidential
1992 : White Jazz

 

Et enfin : 

 

La Trilogie Underworld USA


1995 : American Tabloïd 
2001 : American Death Trip (The Cold Six Thousand)
2010 : Underworld USA (Blood's a Rover)


S'il fallait choisir, nous aurions une préférence pour l'incroyable quatuor de LA, avec, au moins deux romans exceptionnels, LE DAHLIA NOIR et L.A. CONFIDENTIAL...

 Et si vous devenez aussi à ce moment là un adepte de Mister Ellroy, vous aurez besoin de lire :

MA PART D'OMBRE, récit autobiographique passionnant, autour de l'assassinat de sa mère, où il nous raconte sa jeunesse solitaire, délaissé par son père, zonant dans les rues de L.A., ce qui débouchera sur des addictions à la drogue, à l'alcool et sur une consternante dérive nazie. Ellroy n'est pas tendre avec lui-même, ni avec la société américaine qui l'a produit. 

Pour lui le monde est corrompu, absolument corrompu et son pessimisme est lui aussi absolu, d'une noirceur qui cadre particulièrement bien avec le roman noir.

Alors évitons les procès d'intention que certains tentèrent de lui faire. Ellroy ne donne pas dans le polar social, c'est certain. Mais après avoir lu "Ma part d'ombre" on comprend  que perdre sa mère, assassinée, quand on a dix ans, ne peut que donner une vision "particulière" de notre monde, d'ailleurs réellement corrompu !

Mais ce qui caractérise surtout Ellroy, c'est son talent littéraire, immense, sans appel. Un style "près de l'os" qui percute et découpe... 

 

Dan29000 

 

UNDERWORLD USA

James Ellroy

RIVAGES / thriller

Collection dirigée par F. Guérif

840 pages / 24, 50 euros / 2010

Editions Payot & Rivages 

 

Et pour voir leur site :

http://www.payot-rivages.net/

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