Une autre vie est possible : campagne, potager, rénovation, autonomie

Publié le par dan29000

 

Un coin de campagne, un potager et des envies d’une autre vie


Quand Fabien Habauzit est venu s'installer à Mézères, dans le hameau du Fau, il y a à peine un an, son idée était avant tout de "trouver un toit pour pas trop cher". L'immense ferme en pierre qu'il a achetée, bien que partiellement démolie, lui a beaucoup plu et il a décidé de s'y installer. Murailler, spécialiste des constructions en pierre sèche depuis environ quatre ans, ce choix d'une ferme à rénover lui paraissait évident.


 "Cette maison, elle me plaît, explique-t-il. Elle a 200 ans, et elle est encore là. J'admire beaucoup le maçon, ou plutôt les maçons, car il ne pouvait pas être seul, qui ont construit cette ferme. Quand je l'ai vue, je me suis dit que j'allais essayer de lui donner une nouvelle vie... une énième vie car elle en a déjà eu beaucoup."

A l'heure actuelle, seule une toute petite pièce est habitable. Elle sert à la fois de chambre, de salon et de cuisine. S'y entasse un joyeux désordre d'assiettes et de couverts, de vêtements, un gros tas de livres et de bandes dessinées et un ordinateur. Les autres pièces sont comme un défi pour le jeune homme, mais elles ne lui font pas plus peur que le fait de s'installer seul dans un village où il ne connaissait personne.


Un réseau associatif actif


Alors que le hameau du Fau ne compte qu'une grosse douzaine d'habitants, il dit ne pas se sentir seul : "Non je n'ai pas eu l'impression d'arriver dans un lieu isolé, affirme-t-il. C'est pas non plus ce que je cherchais. En fait c'est un peu entre les deux. Ça peut paraître un peu sauvage et isolé comme coin, mais pas très loin d'ici, tu trouves tout un réseau de gens actifs et des associations, tout un monde paysan intéressant." Des gens qui, comme lui, sont arrivés dans ces coins de campagne sans forcément y être nés mais désireux d'y construire une nouvelle vie.

Plusieurs bâtiments de la ferme de Fabien sont inhabitables.

Antonin Sabot / LeMonde.fr

 


Dans sa bouche, les mots "réseau" et "actif" sonnent comme les clés un peu magiques ouvrant la voie à des rencontres et à des discussions, à un mode de vie isolé de la société de consommation. Il suffit de rester quelques jours avec lui, d'attendre le soir et la fin de ses travaux sur sa maison, pour rencontrer ses fameux "réseaux" : ici un astronome cherchant la nuit la plus noire possible, loin des lampadaires que font installer de plus en plus de villages, là un couple accueillant quiconque veut bien passer, échangeant nourriture contre travail à la ferme, là encore un apiculteur ou un guide de randonnée, avec lesquels, en moins d'un an, il a su tisser des relations amicales. "Je trouve cet endroit plus actif que le Puy-en-Velay, la préfecture du département, avance-t-il. Ici, il y a une vie, c'est sûr. Avec des gens qui ne sont plus intéressés par les grandes villes et qui pensent qu'ici c'est peut-être plus simple."


A la recherche d'autonomie


Cette "simplicité" est avant tout une question d'argent. "Aujourd'hui, c'est peut-être plus facile de vivre à la campagne qu'en ville, les loyers ne sont pas les mêmes. Les gens n'ont plus d'argent et ici c'est encore pas trop cher. Tu peux vivre avec pas beaucoup de thunes, avec pas grand chose. Et puis le cadre de vie est sympa quand même."

Lui qui gagne sa vie en partant parfois bien loin de ce bout de campagne pour chercher des chantiers de construction en pierre sèche, qui s'arrêtent en hiver, explique comment il s'en sort : "Ici j'ai un voisin maraîcher, je peux avoir une salade pas cher, il m'en donne des fois. Parfois, je peux trouver des œufs gratuitement. En ville, on peut pas trouver ça. Ici, c'est possible. On peut faire un potager, y'a un bout de terrain."

Son idée au départ était d'élever quelques moutons ou des chèvres, mais il ne possède pas suffisamment de terrain et les allusions qu'il a faites en arrivant à la possibilité d'emprunter des terres laissées en friche n'a pas été bien reçue. "J'aimerais bien être autonome en eau, en nourriture, me faire un potager, ou alors échanger avec les voisins des choses que je n'ai pas", poursuit-il, pas découragé. Des envies d'autarcie ? "Non, répond-il, d'autonomie plutôt. Je ne suis pas un ermite. Je suis actif dans des associations, j'ai envie de rencontrer des gens, je continue à bouger, à me déplacer."

En venant ici, c'est tout un mode de vie qu'il a décidé de se construire lui même. Un avenir aussi : "En fait, c'est ma retraite cette maison. Je ne compte pas sur l'Etat pour me verser des sous quand je serai vieux, donc il faudra bien que je me débrouille. Ici, j'aurais un toit sur la tête et de quoi manger."

Quand on lui demande s'il ne se sent pas un peu marginal ou original au milieu des autres habitants de Mézères, dont la plupart habite ici depuis des générations ou ont grandi au village avant de revenir s'y installer pour leurs vieux jours, il sourit. "Original ? Je ne sais pas, peut-être que certains disent ça, mais dans ce cas, j'aime l'originalité."

 

 

Source : LE MONDE.FR / la récolte d'après, le blog d'Antonin Sabot

Publié dans environnement

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