Une bien étrange attraction, un roman hilarant de Tom Robbins

Publié le par dan29000

Une-bien-etrange-attraction---couvb.jpgC'est la rentrée.

Donc c'est la rentrée littéraire.

Donc c'est l'avalanche habituelle de romans.

Donc cette année, c'est le chiffre de 700 romans qu'il nous faudrait lire.

Donc nous allons faire des choix. Enfin le premier choix est d'abord fait par les éditeurs, ceux qui ne saisissent pas encore bien l'importance du web et s'abstiennent de nous envoyer les romans demandés...

Donc nous allons dans les prochaines semaines vous parler de nos coups de coeur pour une vingtaine de romans, en glissant tout de même quelques essais.

Donc cette rentrée littéraire est contrastée. Frilosité éditoriale d'abord avec un nombre de premiers romans en forte baisse (Pas assez rentable les premiers romans coco, sauf si c'est un premier roman d'une actrice ou d'un animateur TV). Frilosité éditoriale et aussi moins de romans étrangers.

Alors on va ici chroniquer des premiers romans, des auteurs étrangers, et en prime, on va éviter de vous parler du nouveau Houellebecq. Une partie de la promo est en relation avec la polémique "Aura-t-il le Goncourt en 2010 ?". Le Goncourt on s'en fout...

Donc on va débuter cette nouvelle année littéraire avec un roman étranger paru en 1971 !

Et alors !? Pour nos lecteurs qui ne jurent que par les nouveautés, la traduction française est sortie depuis la semaine dernière !

Car si Tom Robbins est une légende aux States, chez nous il est surtout connu pour son roman-culte :

Même les cow-girls ont du vague à l'âme", "Even cowgirls get the blues" paru en 1976 et traduit deux ans plus tard aux Editions Gallmeister.

Je me souviens avoir lu ce roman-ovni au tout début des années 80 et que cela avait été un choc. Plus tard Gus Van Sant l'adapta au cinéma avec Uma Thurman qui interprétait la fameuse fille aux pouces gigantesques qui devient la reine de l'auto-stop. A lire absolument...

Pour ce nouveau roman, impossible d'écrire un résumé de l'histoire, et puis on s'en fout un peu des résumés, on n'est plus à l'école.

Alors disons qu'il y a une vraie voyante, nommée Amanda.

Et puis son mari, nommé John Ziller, qui est magicien.

Il y aussi un babouin, très présent. Et puis un zoo improbable, avec un stand de "chiens chauds", juste au bord de l'autoroute. Il y a aussi des puces, savantes. Et arrive un dénommé Purcell, qui aurait pu être musicien, mais non, il est juste dealer. Cet homme va infiltrer une armée très secrète du Vatican...Et y faire une étrange découverte qui se traduit alors par un étrange vol...D'ailleurs beaucoup de faits et d'actions sont étranges ici. Et encore le FBI, et le Christ, plus deux couleuvres...

Vous l'avez sans nul doute compris, Tom Robbins a une imagination sans aucune limite pour notre plus grand plaisir. Une imagination totalement débridée, hors du commun,mais qui, pour notre plus grand plaisir, restitue parfaitement les sixties.

Au service de cet esprit virevoltant, d'une loufoquerie sans borne, un style d'écriture en adéquation.

Exemple page 125 : 

"C'est pas un rire, c'est un éboulement de rochers." 

Il y a quelques années, le Corriere della Sierra parlait de Robbins comme étant "L'écrivain le plus dangereux du monde"...De prime abord cela semblait difficile à comprendre. Mais quand on lit "Une bien étrange attraction", on saisit mieux. Cet auteur est imprévisible, et c'est une immense qualité ! D'abord dans l'absolu, car rares sont les écrivains qui la possèdent. Mais il suffit de lire les nombreux extraits littéraires de cette rentrée pour réaliser que la plupart des écrivains en "tête de gondoles" sont totalement prévisibles.

Mais non, on ne citera pas de noms... 

Au delà d'un humour corrosif sans pareil, Robbins nous surprend presque à chaque page. Et des pages il y en a plus de 400 !

C'est sans doute pourquoi le livre est difficile à reposer une fois sa lecture débutée.

 

EXTRAIT / P 129

 

"La production électrique totale du corps humain est d'environ un deux-millième de volt.

Ce qui ne fait pas assez de jus pour illuminer Broadway, pas vrai, les gars ?

Ce n'est même pas assez pour faire frire une saucisse de Francfort.

Pas étonnant que Dieu ne nous envoie jamais la facture d'électricité. Ca ne lui rapporterait même pas de quoi payer le timbre."

 

 

L'auteur le déclara lui-même, "Une bien étrange attraction" peu nous faire penser à Alfred Jarry, si celui-ci était américain. Mais en réalité, la grande originalité de ce roman décapant est justement qu'il ne ressemble à rien d'autre publié avant.

Ce qui, disons-le, est très très rare.

 

En conclusion, sans doute, un des romans les plus importants de la rentrée 2010. Espérons qu'il trouvera ses lecteurs et donnera aussi une nouvelle vie à "Even cowgirls get the blues"...

A peine plus jeune que Godard, Robbins qui habite près de Seattle, devait participer au Festival América, fin septembre à Paris (On vous en parle dans les jours prochains), hélas il ne fera pas, lui non plus, le voyage...Dommage...

On pourra se consoler en lisant ou relisant une interview-fleuve de notre homme dans CHRONIC'ART de septembre 2009 :

ICI

 

Dan29000

 

Petite revue de presse 

 

Un livre foisonnant et fantasque autour des péripéties d'un cirque itinérant sur la côte ouest du Pacifique, qui nous entraîne au cœur des sixties.
LE PROGRÈS

Avec seulement dix livres parus en quarante ans,Tom Robbins a conquis plus de dix millions de lecteurs inconditionnels et a été traduit en une quinzaine de langues. Référence incontournable pour toute une nouvelle génération d’écrivains – de Rick Moody à Christopher Moore –, il est une véritable icône de la contre-culture.
Le livre de Robbins est magnifique.
GRAHAM GREENE


Un pur produit des sixties, à mi-chemin entre un Thomas Pynchon qui aurait renoncé à faire vœu d'opacité et un Richard Brautigan né sous une étoile rieuse.
LES INROCKUPTIBLES

L'écrivain le plus dangereux du monde.
CORRIERE DELLA SIERRA
 

 

UNE BIEN ETRANGE ATTRACTION

Tom Robbins

Traduit de l'américain par François Happe 

Editions Gallmeister

2010 / 408 p / 24,50 euros

 

  

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