Une éducation américaine, un livre de Barry Gifford, chez 13e note éditions

Publié le par dan29000

 

 

 

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Dans notre hexagone, Barry Gifford fut célèbre assez vite, tirant le gros lot avec son roman intitulé "Sailor et Lula", un pur chef d'oeuvre, qui en donna un autre, le film éponyme de David Lynch qui remporta à la fois la Palme d'or à Cannes en 1990, et un beau succès critique et public.

 

 

 

Tout cela était mérité, très mérité, car ces deux types sont bourrés de talent, un talent vraiment original qui permet au spectateur ou au lecteur de dépister dès les premières lignes ou dès les premiers plans, une oeuvre de Gifford ou de Lynch.

Barry Gifford est donc romancier, et aussi poète, et enfin scénariste. Il écrivit un peu plus tard l'envoutant "Lost highway" de David Lynch. On pourrait d'ailleurs trouver quelques points communs entre ces deux légendes américaines.

Notre homme qui vit près de Frisco connut donc assez vite un succès international puisqu'il fut traduit en 28 langues, reçut plusieurs prix aux States et en Italie.

 

Ainsi que nous l'annonce généreusement la traductrice Jeannine Hayat dans une note au lecteur français, ceci n'est pas un roman.

Certes, et alors a-t-on envie de dire. Nous sommes donc face à une belle succession de 68 petits récits, divisés en deux parties. D'abord des "souvenirs d'un naufrage" et ensuite des "histoires tristes sur la mort des rois". Chaque bref récit portant un titre, souvent évocateur :

Aux origines de la vérité

L'homme qui voulait se débarrasser du mauvais goût du monde dans sa bouche

Le secret de Petite Colombe blanche

Quand les coups de bâton pleuvent

ou encore

Embarqué sur une mer rouge, il avise un bateau noir à l'horizon

Ceci pour la première partie...

Ce livre nous brosse un double portrait. D'abord celui de Roy, un enfant de parents divorcés ayant une double existence, d'abord celle d'un écolier sage mais aussi celle d'un jeune adolescent qui bosse le samedi afin de se faire un peu d'argent de poche et parfois d'aider sa mère. Laquelle, au début du livre, l'emmène, à cinq ans, à Chicago, pour le laisser à la garde de sa grand-mère.

Nous sommes à l'époque des fifties et sixties, alors Roy va découvrir la vie peu à peu, à pied, en vélo, en bagnole ou  en métro, tout est bon pour découvrir et découvrir encore.

Si nous étions dans un roman, on pourrait parler de roman d'apprentissage...Au fil des pages l'on perçoit les interrogations de Roy sur les lois totalement absurdes du monde, et souvent l'on partage ses interrogations sur la mafia, et oui, nous sommes à Chicago, ou encore sur la mort...

Mais parallèlement au portrait attachant de Roy, Barry Gifford nous livre un subtile portrait d'une grande ville, Chicago, ville mythique autant que Los Angeles  ou San Francisco. Il y a la réalité de la ville, mais aussi la ville que l'on ressent, la ville que l'on rêve, même si parfois les rêves ne sont que des cauchemars, climatisés, les cauchemars...Une Amérique dont il ne faut rien espérer.

S'il faut quelques pages pour bien entrer dans ce récit fractionné, ensuite on peut y plonger avec délice, se laisser aller avec plaisir  à toutes les histoires de Roy, et voir alors se concrétiser sa vie quotidienne.

La magie et le style Gifford font le reste.

Disons-le tranquillement, Barry Gifford est un grand écrivain, certes moins adulé en France que Jim Harrison ou James Ellroy ou encore dans un registre différent Philip Roth (dont on va vous parler en janvier). Et pourtant...Alors  juste un petit conseil, si vous avez déjà lu Gifford, ne loupez pas celui-ci, et si vous ne l'avez pas encore lu, commencez donc par celui-ci aussi et ensuite vous pourrez attaquez la saga "Sailor et Lula".

Lire un seul bouquin de Gifford, c'est l'adopter.

Et vous savez quoi ?

Les éditions 13e note vont publier en 2011 le prochain Gifford : "Vera Cruz sous les étoiles". Rien que le titre, déjà tout un programme...

Et puis dernière information primordiale, Lula, c'est le nom de ma chatte !

Passez donc un bon hiver avec Barry Gifford !

 

 

Dan29000

 

A noter, quelques dessins de l'auteur sont proposés dans le livre.

Pour découvrir le site de Barry Gifford, c'est ICI 

On lira aussi de lui, chez le même éditeur : American falls 

Les autres : Editions Rivages

Et pour les amateurs de Jack Kerouac, le vagabond solitaire indémodable :

Les vies parallèles de Jack Kerouac (Jack's Book: An Oral Biography of Jack Kerouac 1993) vraiment excellent...Un très bon document sur la mythique "Beat generation".

 

Une éducation américaine

Barry Gifford

Editions 13e note

2010 / 336 p / 19 euros 

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ENTRETIEN / FLUCTUAT.NET

 

Poète, scénariste génial pour David Lynch (Sailor et Lula, Lost Highway), et narrateur de l'Amérique des parias depuis plus de trente ans, l'écrivain Barry Gifford nous délivre quelques uns de ses secrets, à l'occasion de la sortie de son recueil de nouvelles American Falls (éditions 13e note) : ses passions pour Kerouac et le film noir, son attrait pour le clair-obscur et le dialogue à tiroirs, sa mystérieuse boîte à idées... Entretien.


Fluctuat : Un journaliste américain (Patrick Beach) a dit de votre littérature, que c'était "comme si John Updike avait eu un jumeau diabolique qui aurait grandi du mauvais côté de la route et écrit bizarrement"... Qu'en pensez vous ?
Barry Gifford : En réalité, John Updike a lui-même été élevé du "mauvais côté de la route" ("wrong side of the tracks"). Sa mère était enseignante et il a grandi assez pauvrement dans une ferme de Pennsylvanie. Certains de mes personnages peuvent être mauvais mais je ne pense pas que je le suis moi-même, et il y a l'humour dans mes romans, bien sûr. Je ne peux pas être responsable de ce que les gens disent de moi : les livres disent ce qu'il y a à dire.

Vous êtes un cinéphile, d'ailleurs vous avez écrit un livre sur le film noir (Pendez-moi haut et court, et autres chroniques sur le film noir). Pourquoi ce genre vous plait-il tant ?
Par définition, le film noir parle de personnages désespérés qui sont toujours intéressants, même quand ils marchent dans votre salon. Ensuite vous avez simplement envie de les évacuer de chez vous aussi vite que possible. Les films RKO des années 1940, en particulier, racontaient de grandes histoires, rapides et pleines d'ombres. La plupart des films dont je parle dans ce livre ont influencé ma façon d'écrire, aussi bien dans la structure du récit que dans le dialogue. L'évidente créativité de En quatrième vitesse (Robert Aldrich, 1955) et Pendez-moi haut et court (Jacques Tourneur, 1947) m'inspirent particulièrement.


Dans les nouvelles de votre recueil American Falls, il y a souvent une histoire dans l'histoire, inscrite au sein du dialogue. Pourquoi ce procédé narratif ?
Il y a toujours une histoire derrière les histoires que racontent les gens. Souvent plusieurs même, cela dépend de combien de personnes participant à la conversation, et donc au nombre de perspectives. Aucun de mes personnages n'est jamais simple. Certains d'entres eux sont idiots, certainement. D'autre sont futés. Mais chacun a sa propre idée du bien et du mal, et choisit le camp où il se sent chez lui.

Votre style est très dialogué, assez cinématographique dans son aspect direct...
Si c'est le cas, c'est involontaire, bien que mon roman Wyoming soit constitué à 98 pour cent de dialogues, qui comprennent aussi la partie descriptive. C'est quelque chose que j'avais toujours voulu faire et je suis finalement parvenu au point où j'en suis capable. Je suppose que c'est ce que vous entendez par « cinématographique ».

 

Vous avez participé à un projet de film de Gus Van Sant, « On the road », adapté de Sur la route de Kerouac. Pourquoi le film ne s'est-il pas fait ?
Kerouac m'a beaucoup inspiré à mes débuts. Très sous-estimé de son vivant, il était certainement le meilleur auteur de son époque. Nos styles d'écriture, bien sûr, sont très différents, car lui est un auteur uniquement autobiographique. Je suis heureux qu'il ait finalement reçu la reconnaissance il lui était due. La tragédie, c'est qu'elle est arrivée à titre posthume. Le projet de film produit par Coppola en 1995 et adapté de Sur la Route ne s'est pas concrétisé à cause des finances du studio. Gus Van Sant devait réaliser. J'ai même écrit le scénario. Cet échec n'est ni la faute de Gus, ni la mienne. On a tous les deux été très déçus.

 

Suite et fin sur leur site, ICI 

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