USA : des conditions de détention inhumaines pour Mumia Abu-Jamal

Publié le par dan29000

Mumia Abu-Jamal «Des conditions de détention pires que celles du couloir de la mort»


Johanna Fernandez est la porte-parole de Mumia pour le réseau étranger de ses soutiens. Écrivaine et réalisatrice, elle enseigne l’histoire des mouvements sociaux et l’histoire afro-américaine au Baruch College de New York.  Rencontre.

L e 7 décembre dernier, 
la justice de Pennsylvanie (États-Unis) a renoncé à exécuter Mumia Abu-Jamal, commuant ainsi sa sentence en peine de prison à vie. Depuis sa sortie du couloir de la mort, quelles sont ses conditions de détention ?

 

 


Johanna Fernandez. L’État de Pennsylvanie punit Mumia pour sa victoire contre la peine de mort : en mesure de rétorsion, il est confiné à l’isolement. Dans son mitard, les lampes restent allumées jour et nuit. Il n’a accès ni à la radio ni à la télévision. Il n’a pas non plus sa machine à écrire. Ce qui pour un journaliste est une forme de torture. Il n’a le droit qu’à huit enveloppes timbrées et huit feuilles de papier par semaine. Il ne bénéficie que d’une visite d’une heure par semaine et d’un seul coup de téléphone de dix minutes. Durant les visites, les contacts physiques lui sont interdits. Lorsqu’il sort de sa cellule, il est constamment enchaîné et ce, même pour prendre sa douche ! Ses conditions de détention sont donc pires que celles qu’il a connues dans le couloir de la mort. Désormais, les autorités exercent un chantage : s’il veut rejoindre les autres prisonniers, il doit couper ses dreadlocks. Or, ses dreadlocks sont le symbole de son combat, et plus généralement le symbole de la lutte contre le racisme aux États-Unis. En exigeant qu’il coupe ses cheveux, l’État veut lui prendre son identité. Les prisons sont historiquement connues pour déshumaniser les détenus, comme le prouvent Guantanamo et Abu Ghraïb.

Pourquoi un tel acharnement ?

Johanna Fernandez. Parce qu’ils n’ont pas pu le faire taire ! Lorsque les prisonniers refusent de s’avouer coupables, l’État cherche alors à se venger. Dans le cas de Mumia, il a non seulement toujours crié son innocence mais qui plus est, il a défié les autorités, en faisant éclater l’injustice dont il est victime. Il dénonce, à travers ses chroniques à la radio, la guerre, l’impérialisme américain, et le règne de l’argent. D’où son surnom : la voix des sans-voix. Il ne faut jamais oublier qu’il a été condamné pour avoir soi-disant tué un policier blanc, Daniel Faulkner. Aux États-Unis, cela relève du péché originel. Mumia est perçu comme un Afro-Américain qui défie l’autorité des Blancs.

"Les autorités exercent un chantage : s'il veut rejoindre les autres prisonniers, Mumia doit couper ses dreadlocks. Or, ses dreadlocks sont le symbole de son comabt, et plus généralement le symbole de la lutte contre le racisme aux États-Unis"

Y a-t-il une chance que Mumia puisse sortir de prison ?

Johanna Fernandez. La seule voie à un nouveau procès serait d’obtenir des faits nouveaux et flagrants à même de prouver son innocence. Ce qui est très difficile. Mais, compte tenu de l’émoi suscité par l’exécution de Troy Davis, de l’importance du mouvement Occupy Wall Street, et du fait que l’on incarcère de manière massive, nous pensons que les conditions existent pour demander sa libération. La pensée politique est en train de bouger aux États-Unis, et nous voulons profiter de ce nouveau contexte plus favorable.

La Cour suprême des États-Unis n’a-t-elle pas affirmé que la condamnation de Mumia était anticonstitutionnelle ?

Johanna Fernandez. Tout à fait. Si vous prenez les conclusions de la Cour suprême et de la Cour fédérale, vous constaterez que Mumia a été condamné de façon arbitraire. L’opinion publique doit savoir qu’en 1979, le FBI a commandité une enquête sur la corruption de la police à Philadelphie. Les agissements de celle-ci à l’encontre des Afro-Américains et des Latinos étaient si effrayants que le FBI a reconnu que cela «choquait les consciences». Sur les 35 policiers impliqués dans l’enquête sur le meurtre de Daniel Faulkner en 1981, 15 d’entre eux ont été condamnés pour avoir falsifié les preuves. Or, les jurés qui ont prononcé la sentence contre Mumia ne savaient pas que les policiers étaient des corrompus puisque leur condamnation est survenue quinze jours après la condamnation de Mumia. Des faits nous prouvent son innocence mais la Cour n’a jamais voulu les prendre en considération. Le fait, le plus important mais méconnu, est qu’il y avait une quatrième personne – Kenneth Freeman – sur les lieux du crime. Les témoins interrogés l’ont reconnu comme étant le meurtrier. Or, le procureur n’a jamais voulu en tenir compte durant le procès de Mumia. C’est d’autant moins compréhensible, que durant le procès du frère de Mumia, Billy Cook, qui se tenait parallèlement, son procureur a, lui, reconnu la présence de cette quatrième personne sur les lieux du crime.

Qu’est devenu Kenneth Freeman ?

Johanna Fernandez. La même nuit, en 1985, où la communauté Move de Philadelphie a été bombardée, on a retrouvé le corps de Kenneth Freeman, les mains attachées, et bâillonné, dans une voiture de police. Sa mort a été travestie comme d’autres.

Le 24 avril, date d’anniversaire de Mumia, sera un jour de mobilisation. Quelle forme prendra-t-elle ?

Johanna Fernandez. Ce jour-là, nous lancerons une campagne d’occupation du département de la justice qui prendra la forme d’un mouvement civique de désobéissance civile qui pourrait rassembler un millier de personnes dont des personnalités comme Angela Davis. Nous exigerons la libération de Mumia mais également la fin de l’incarcération massive et de la peine de la mort aux États-Unis. La communauté internationale peut nous aider, au titre des conventions internationales relatives à la torture.

Comment agir en faveur de Mumia ?

Johanna Fernandez. Nous aimerions que les citoyens, les syndicats, les journalistes, les élus écrivent aux autorités pénitentiaires de Pennsylvanie pour dénoncer ses conditions de détention. Nous souhaiterions qu’une délégation française vienne nous soutenir, le 24 avril, à Washington, afin de demander une entrevue à Eric Holder, le procureur général des États-Unis, afin qu’il se positionne sur la libération de Mumia. Son agent littéraire, Frances Goldin, qui est une militante extraordinaire, très active dans le mouvement Occupy Wall Street, a déclaré : «De quelle preuve les autorités ont besoin pour libérer Mumia ? C’est leur affaire. Nous disons : libérez-le.»

Entretien réalisé par Cathy Ceïbe

 

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Ecrivez à l’Administration pénitentiaire et au Procureur

  • John Wetzl
    Secretary Department of Corrections

    Email :
    ra-contactdoc@pa.gov 
  •  John Kerestes
    Prison Superintendent (Directeur de la prison)

    SCI Mahanoy

    301 Morea Road

    Frackville, PA 17932

    USA

 

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AM 8335
SCI
Mahanoy
301
Morea Road
Frackville, PA 17932

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Source : L'humanité

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Mitsuko 26/01/2012 11:11


Je suis horrifiée des conditions de détentions pires que celles du couloir de la mort qu'a connues Munia Abu-Jamal. 


Le 07 décembre dernier, la Justice de Pensylvanie a renoncé à exécuter Munia Abu-Jamal commuant ainsi sa sentence en peine de prison à vie.


Reste à savoir comment il est traité depuis sa sortie du couloir de la mort ...


Il me semble ahurissant de le punir pour sa victoire contre la peine de mort et surtout, en mesure de rétorsion, de le confiner à l'isolement
...


Ses conditions de détention sont immorales et inhumaines. Cela ne devrait pas exister et encore moins exercer un chantage par les autorités.


Ils sont en train de lui retirer son identité, personne n'en parle et ça aussi c'est scandaleux et montrueux ...