USA élections : la campagne des Verts dans une dynamique anticapitaliste

Publié le par dan29000

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USA  : «  La campagne des Verts représente une dynamique anticapitaliste  »

 

 

 

 

 

Comment est vue la campagne électorale dans le monde du travail ?  Indifférence, soutien à Obama  ?


Keith Mann, militant de Solidarity (organisation américaine membre de la Quatrième Internationale). Il y a un peu de tout, sauf qu’il y a très peu de passion ou de vrai enthousiasme pour Obama. Il y a plutôt un sentiment de peur par rapport à Romney qui dénonce publiquement les syndicats, plus récemment le syndicat des enseignants de Chicago (CTU) lors de leur grève en septembre. La gauche, qui était très enthousiaste quand Obama a brigué son premier mandat, a été très vite déçue par sa politique. Mais la politique de moindre mal règne toujours parmi la gauche et les milieux noirs et populaires. Selon les sondages, 94 % des noirs et 70 % des latinos voteront Obama.

 

Quelle est l’attitude des organisations syndicales  ?


Les directions syndicales sont plus que jamais impliquées dans la campagne démocrate, un phénomène qui existe depuis les années 1930. Ils y consacrent des ressources financières et militantes importantes. Ça se voit au niveau national comme local. Dans les villes, les centrales syndicales organisent des diffusions de tracts d’Obama quotidiennement. Mêmesi la base syndicale est moins enthousiaste, la politique pro-Obama n’est contestée nulle part au sein du mouvement syndical.

 

Quel est l’impact de la campagne des verts  ? Y-a-t-il eu des tentatives de présenter unE candidatEs anticapitaliste  ?


Je pense, comme mes camarades de Solidarity, que la campagne des Verts représente une dynamique anticapitaliste même si elle ne dénonce pas le capitalisme ni ne défend le socialisme explicitement. C’est pourquoi nous la soutenons. Le tract principal de leur campagne fait le lien entre l’argent gaspillé pour Wall Street, les cadeaux fiscaux aux riches et la guerre, la dette étudiante, la politique de sauvetages des banques, etc.

Ce sont des revendications qui portent une dynamique transitoire.

Leurs candidates Jill Stein et sa colistière Cheri Honkala seront présentes dans 38 des50 États. 85 % de l’électorat aura la possibilité de voter pour elles. Certains sondages leur attribuent plus de 3 % du scrutin. Elles ontle soutien du grand intellectuel de gauche Noam Chomsky, mais peu d’autres personnalités connues.

Les Verts comme les autres candidats des «  troisièmes partis  », comme on dit ici, sont exclus des grands débats télévisés. Quand Stein et Honkala sont arrivées au débat de New York, le 17 octobre, pour demander à y participer, elles ont été arrêtées par le service d’ordre du Président, emmenées dans un dépôt secret, ligotées à leurs chaises et relâchées seulement huit heures plus tard après quele débat fut terminé.

Il y a plusieurs petites campagnes de la gauche anticapitaliste, de groupes d’extrême gauche. Quelques-unes seront présentes dans trois États, d’autres jusque dans dix.

Depuis la grève des fonctionnaires dans le Wisconsin et Occupy Wall Street, où en est le mouvement de contestation  ?

Le mouvement contre le projet de loi abolissant la négociation collective pourle secteur publique dans le Wisconsin étaitle plus grand mouvement de base syndicale depuis les années 1930. Quand la loi est passée malgré six semaines de manifestations (seuls des enseignants avait fait quelques jours de grèves sauvages), le mouvement s’est orienté vers une campagne de révocationdu gouverneur républicain Scott Walker.

La campagne a réussi à obtenir la révocation de Walker mais celui-ci a réussi à gagnerla nouvelle élection en partie grâce au faitque ses soutiens conservateurs ont financésa campagne avec sept fois plus d’argent que son concurrent démocrate n’en a obtenue.

Le mouvement se trouve actuellement à la croisée des chemins et cherche une perspective militante. Mais l’expérience a radicalisé des dizaines de milliers de personnes.

Grâce à Occupy, la responsabilité de Wall Street, du capitalisme dans l’aggravation incessante des inégalités et les ravages sociaux provoqués par la crise, font désormais partie des débats publics. Les mots «  1 %  » et «  99 %  » sont entrés dans le vocabulaire courant. Le mouvement entamé le17 septembre 2011 était centré sur des occupations de lieux publiques. Mais, après quelques mois, l’hiver, la violence policière, la fatigue militante a réduit la participation aux noyaux durs. Comme pour le mouvement de Madison, mesurer l’impact d’Occupy est difficile. Ses effets se manifesteront à plusou moins long terme quand les gens éveillés par ces messages ou formés par leur participation au mouvement joueront un rôle dans des luttes à venir.

Milwaukee, le 27 octobre 2012.


* Publié dans : Hebdo Tout est à nous ! 168 (01/11/12).

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