USA : injection létale mercredi pour Troy Davis !

Publié le par dan29000

 

Pour la quatrième fois, Troy Davis doit être exécuté

Manifestation pour Troy Davis, Paris 2008

Il y a des hommes qui ont frôlé la mort une fois dans leur vie. Quelques-uns l'ont frôlée deux fois. Troy Davis, lui, a failli mourir trois fois. A trois reprises, la date de son exécution a été fixée, mais au dernier moment, sous la pression de l'opinion, elle a été repoussée. Il attend son exécution de nouveau, pour un meurtre qu'il nie depuis toujours. Sauf nouveau coup de théâtre, elle aura lieu mercredi en Géorgie, par injection létale. Pourtant, des éléments découverts après son procès soulèvent bien des doutes sur sa culpabilité.

Troy Davis (DR)Si le sort de Troy Davis a tant mobilisé de personnalités (de Robert Badinter à Jimmy Carter, en passant par Desmond Tutu et Benoît XVI), c'est parce que son cas illustre, jusqu'à la caricature, la difficulté d'avoir un procès équitable quand on est Noir et pauvre aux Etats-Unis.

Le meurtre d'un policier en 1989

Troy Davis avait été condamné en 1991 pour des faits commis deux ans plus tôt. Dans la nuit du 19 août 1989, Mark Allen McPhail, jeune policier de 27 ans, avait été tué de deux balles dans le parking d'un Burger King de Savannah.

Alors qu'il n'était pas en service, il était intervenu pour porter secours à un SDF agressé par quelques hommes, parmi lesquels Troy Davis. Selon les témoignages, trois hommes s'étaient enfuis. L'un d'entre eux, poursuivi par le policier, l'a abattu. Les témoins ont désigné Troy Davis.

Aucune preuve matérielle, des témoignages fragiles

Ce dernier, alors âgé de 20 ans, a été interpellé et écroué. L'arme du crime n'a pas été retrouvée, ni aucune preuve matérielle, à l'exception des balles. L'enquête policière fut focalisée sur le jeune homme, qui a reconnu être sur les lieux.

Les conditions du procès de Troy Davis sont émaillées de zones d'ombres. Ainsi, clament ses défenseurs, sept des dix témoins à charge sont revenus sur leurs dires (ce que contestent toutefois ceux qui considèrent Davis comme coupable). Evoquant des pressions policières, l'un des témoins a déclaré, sous serment, en 2002 :

« J'ai témoigné contre Troy au procès. Ce n'est pas vrai. Je n'ai jamais vu Troy faire quoi que ce soit à cette personne. J'ai dit ça au procès parce que j'avais toujours peur que la police me jette en prison comme complice, si je disais la vérité sur ce qui s'était passé… »

Troy Davis et sa sœur<br /> (DR).

Parmi les trois témoins qui ne sont pas revenus sur leur déposition figure un autre suspect possible, un des trois fuyards.

Tous les recours juridiques de Troy Davis, avant sa condamnation, ont été rejetés, pour des raisons de vice de procédure, le délai de présentation des rétractations des témoins étant jugé trop long…

Deux membres du jury regrettent

Au cours de l'été 2007, deux membres du jury qui l'ont condamné ont fait part, par écrit et sous serment, de leurs doutes. L'un d'eux explique :

« A la lumière des nouveaux éléments, j'ai de sérieux doutes sur l'équité de la condamnation à mort de M. Davis… »

La sœur de Troy Davis, Martina Correia (photo), se bat depuis des années pour que soit reconnue l'innocence de son frère, avec l'aide d'un comité de soutien piloté par Amnesty International et la National Coalition to Abolish the Death Penalty (Coalition nationale pour l'abolition de la peine de mort).

L'homme aux quatre exécutions programmées

A trois reprises, Troy Davis a été informé de la date de son exécution. A chaque fois, la justice ou le bureau des grâces a suspendu l'injection mortelle, au dernier moment, pour permettre un complément d'enquête.

  • Première date programmée : 17 juillet 2007. La veille, un recours en grâce est entendu : l'exécution est repoussée.

  • Deuxième date : 23 septembre 2008. Alors que l'exécution doit survenir à 19 heures, la Cour suprême décide d'une suspension provisoire. Deux heures avant sa mort programmée !

  • Troisième date : 27 octobre 2008. Trois jours avant, la Cour d'appel des États-Unis pour le onzième circuit suspend de nouveau son exécution.

Le 24 août 2010, un juge fédéral de Savannah a admis que les nouveaux éléments apportés par les défenseurs de Davis pouvaient introduire un « doute minimal », mais selon lui, ces éléments ne sont que « fumée et miroirs » : la « vaste majorité des preuves produites au tribunal restent intactes » a statué le juge. Une nouvelle date d'exécution, le 21 septembre 2011, a été fixée.

Lundi, le bureau des grâces de Georgie doit de nouveau se réunir. Ce bureau a déjà statué contre sa grâce, mais trois de ses cinq membres ont été depuis renouvelés. C'est la dernière chance de Troy Davis.

 


La vidéo ci-dessous a été réalisée par Amnesty international.

 

 

 

 

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inhumain! 19/09/2011 20:48