Viol : "sortir les victimes du secret", par Clémentine Autain

Publié le par dan29000

Clémentine Autain « Il faut sortir les victimes du secret »

Clémentine Autain est l’une des rares personnalités politiques à avoir parlé du viol dont elle a été victime. Son livre, Un beau jour, combattre le viol, paraît demain.


Membre de la Fédération pour une alternative sociale et écologique (Fase), Clémentine Autain a choisi il y a plusieurs années déjà d’évoquer publiquement le viol dont elle a été victime. Après l’affaire DSK, elle a voulu revenir sur le sujet dans un livre (1) pour combattre la «tolérance sociale» à l’égard de ce crime.

 

 


Pourquoi, selon vous, la lutte contre 
le viol est-elle un enjeu féministe ?


Clémentine Autain. Le viol est l’expression ultime de la domination masculine. Les violeurs sont quasi exclusivement des hommes, et les victimes, majoritairement des femmes. Et même quand les victimes sont des hommes, il se joue dans cet acte un rapport de domination du masculin sur le féminin. C’est l’aboutissement d’un système d’oppression des femmes dans lequel les hommes sont actifs et les femmes passives, dans lequel les hommes ont le pouvoir et les femmes sont assujetties. Le XXe siècle a bouleversé la donne à la faveur des mobilisations féministes, et c’est heureux. Mais nous sommes encore très loin du compte. Combattre le viol, c’est remettre en cause les modèles imposés aux hommes et aux femmes dans la société, dans la séduction, dans la sexualité. Aujourd’hui, il n’y a pas de symétrie entre les sexes, les hommes peuvent utiliser leur pouvoir symbolique issu du patriarcat pour imposer leur désir. Le viol ne touche pas qu’à la sexualité, c’est la négation de l’autre.


Pourquoi les victimes ont-elles 
tant de mal à parler ?


Clémentine Autain. Le viol fait partie des tabous de notre société. C’est le seul crime dans lequel la victime se sent honteuse et coupable. Et la suspicion n’est jamais loin. Au fond, la société n’est pas prête à nous entendre. On peut dire publiquement que l’on a été victime d’un cambriolage, parler de son cancer, d’un deuil. Mais dire que l’on a été violée, ça ne se fait pas. En parler publiquement, c’est dire, pour reprendre la phrase de Camus : «Je me révolte, donc nous sommes.» C’est un acte politique. Au moment de l’affaire DSK, des personnes m’arrêtaient dans la rue pour me remercier. Avec Marie-George Buffet, nous n’avons pas été si nombreux à avoir une pensée pour la plaignante…


Rompre le silence, c’est aussi aider 
la justice à faire son travail…


Clémentine Autain. Le fait que la majorité des femmes ne parlent pas est un sérieux handicap pour la justice. Sans plaintes, les violeurs peuvent dormir tranquilles. Mais le parcours judiciaire est difficile pour les victimes, et la société n’est pas suffisamment prête à accueillir leur parole. C’est pourquoi il faut permettre aux femmes de parler en brisant le silence et en formant tous les professionnels amenés à les accompagner. D’autre part, le viol laisse en général peu de preuves matérielles irréfutables, ce qui rend difficile le travail de la justice. Il faut davantage adapter la justice aux problèmes spécifiques des violences faites aux femmes, sans pour autant tomber dans une course sécuritaire, que nous combattons par ailleurs.

 

(1) Un beau jour, combattre le viol, 
Indigène Éditions, 34 pages, 3 euros.

Entretien réalisé par A. R.

 

Source : L'humanité

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