Vitry-sur-Seine : solidarité avec le docteur Poupardin

Publié le par dan29000

Solidarité avec le Docteur Poupardin

par Bernard Galin, Gauche anticapitaliste

 

 


vendredi 14 septembre 2012


 

 

 

 

 

Le 26 septembre, Didier Poupardin médecin généraliste de Vitry va comparaître devant le tribunal des affaires sociales de Créteil. Depuis deux ans, la caisse primaire d’assurance maladie du Val-de-Marne le poursuit parce qu’il refuse de considérer les malades en pièces détachées.

 

 

La pratique médicale progressiste, les activités militantes de Danièle et Didier Poupardin médecins dans un quartier populaire de Vitry-sur-Seine ont toujours énervé la caisse primaire d’assurance maladie du Val-de-Marne qui dépense beaucoup d’énergie à contrôler l’activité professionnelle et à faire pression pour diminuer le plus possible de prescriptions remboursées. Cette politique a atteint son apogée avec l’affaire des ordonnances dite « bizones » Les personnes en affection longue durée (ALD) se voient prescrire leurs soins sur des ordonnances spéciales où sont inscrits les traitements correspondant à la pathologie grave remboursés à 100% dans un cadre, et les autres médicaments non remboursés intégralement dans un autre. Les malades sont ainsi « découpés en tranche » comme l’a toujours rappelé le docteur Poupardin et non considérés comme des êtres humains à part entière ; ce sont les plus pauvres, ceux qui n’ont pas de mutuelle qui sont les plus sanctionnés tandis que les médecins sont sommés de se justifier en permanence sur l’emplacement du médicament sur l’ordonnance. Pour ces raisons, Didier Poupardin prescrit tous les traitements dans la zone à 100%. La direction de la CPAM du 94 lui demande de régler les sommes de 2600 euros que les personnes qu’il a soignées n’auraient pas dû recevoir et 4000 euros de pénalités ! Didier Poupardin refusant de payer, la CPAM le traîne devant la justice. La CPAM est beaucoup moins regardante lorsqu’il s’agit de se faire rembourser par les patrons les indemnités qu’elle a versées à des salariéEs atteintEs de maladies reconnues comme professionnelles, ce que la loi permet ! Le procès qui devait avoir lieu en mai 2010 a été reporté une première fois en septembre 2010. En présence d’ une bonne centaine de personnes (élus de gauche, médecins, habitants du quartier, sans-papiers du collectif de Vitry, militantes et militants associatifs et politiques) et après plusieurs manifestations, conférences de presse, le tribunal n’a pas voulu s’engager et a nommé un expert chargé d’étudier les dossiers un par un ! Le travail de l’expert étant maintenant « terminé » et alors qu’il est à la retraite depuis un an, la CPAM 94 n’a pas lâché l’affaire et Didier Poupardin est à nouveau convoqué le 26 septembre.

Le comité de soutien qui s’était mis en place en 2009 se remet donc au travail pour remobiliser toutes celles et tous ceux qui se sont engagéEs contre les « bizones » et pour l’abandon des poursuites contre Didier Poupardin et, au-delà, l’ensemble des médecins qui ont des pratiques semblables. Un large réseau associatif, syndical (médecins et salariés), politique (tous les partis de la gauche et de la gauche radicale), d’élus, de personnalités politiques et d’individus a en effet été très actif à partir de 2009 à Ivry et Vitry. Des convergences de luttes inédites et surprenantes avaient pu s’opérer. La CPAM et la police ont du être très surpris de voir débarquer plusieurs dizaines de sans-papiers résidents du foyer voisin du cabinet médical lors des manifestations de solidarité avec le docteur en butte à la répression (lui aussi !). Le PS et ses partenaires engagés assez fortement avant mai 2012 vont-ils être toujours présents alors que la ministre de la santé et celle de la justice sont interpellées par cette question ?

 


Traitement comptable


Actuellement l’acharnement de la CNAM et des CPAM autour des ordonnances bizones, des prescriptions de soins infirmiers, de kinésithérapies, d’examens divers, cet acharnement n’est pas du tout lié à des préoccupations médicales, à l’utilité de ces prescriptions, à l’intérêt des patients. D’autres mesures perverses vont de pair avec ces contraintes Il ne s’agit que de considérants économiques, ces mesures prises sont d’ailleurs inefficaces puisque le déficit n’est pas résorbé. Mais ce n’est pas suffisant. En juillet 2011, la CNAM (Caisse nationale d’assurance maladie) fait signer aux syndicats médicaux une nouvelle convention contenant la notion de médecine à la performance : plus les médecins limiteront leurs prescriptions remboursées et mieux ils seront récompensés par des primes importantes. Ainsi, le fichage et le contrôle des médecins et des malades s’accentuent.

Le libéralisme n’a vraiment rien à voir avec la liberté dans une profession dite libérale, l’exercice devient de plus en plus contrôlé et l’esprit d’initiative de plus en plus limité, sauf s’il s’agit de marchandiser au maximum en dehors du service public !


Pour la Gauche anticapitaliste, la solution n’est pas de s’en prendre aux médecins qui veulent pratiquer leur métier correctement mais passe par, entre autres, la mise sous contrôle public de la fabrication des médicaments (ce secteur est une aubaine pour les actionnaires – ainsi Sanofi a vu ses profits augmenter de près de 7 milliards d’euros en 2011- et est directement responsable du déficit de la Sécu). Ceci permettrait de revenir aux principes fondateurs de la Sécu à savoir « Chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins » , alors que sous le coup des politiques d’austérité on est passé à « chacun doit payer selon ses besoins et reçoit selon ses moyens ».

Le procès de Didier Poupardin revêt une grande importance politique : si la CPAM 94 perd, ce sera un formidable encouragement pour toutes et tous ceux qui militent pour le droit à la santé et veulent mettre un coup d’arrêt au politiques menées depuis des années !

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